Appel à contributions : Interroger l’histoire du management : ce que le Sud nous apprend - 15 Janvier 2020 - Université Paris-dauphine

Appel à contribution Journées d’études internationales Interroger l’histoire du management : ce que le Sud nous apprend

Les 22 et 23 avril 2020 Université Paris-dauphine

Conférenciers invités : Bill Cooke, University of York et Yannick Lemarchand, Université de Nantes

L’histoire coloniale tout autant que l’histoire de l’esclavage ont été longtemps absentes de l’histoire du Management et des organisations, cette absence a été largement contestée : d’abord par de nombreux historiens qui ont montré que les anciennes colonies et/ou les plantations étaient parmi les premiers sites de l’émergence du capitalisme industriel et l’organisation industrielle qui vont de pair avec une sophistication croissante des méthodes de gestion (cf. Marseille, 1984 ; Coquery, 2001 dans le cas de l’empire français ou Tyson & al., 2004, Fleischmann & al., 2011). Les approches postcoloniales en gestion qui se sont développées fin des années 90, tout en critiquant l’ethnocentrisme de la littérature managériale occidentale, ont mis l’accent sur les empreintes de la colonisation aussi bien sur la production intellectuelle et les pratiques de gestion dans les pays du Nord que dans les coopérations Nord/Sud (Prasad, 2003, 2012 ; Westwood, 2006). Cependant, force est de constater que les travaux en management abordent rarement, ou seulement de façon périphérique, la question des relations entre le développement de l’entreprise au XIXe et au XXe siècle et l’expansion des empires coloniaux (Cornelius & al., 2019 ; Mollan, 2019). De même, les effets de cette histoire sur l’émergence et l’évolution des entreprises dans les pays du Sud (ex-colonies) sont rarement évoqués.

La colonisation remonte à la conquête de l’Amérique et la ruée vers l’or, au XVIe siècle et les nouvelles terres colonisées deviennent un nouvel espace qui permet d’envisager de nouvelles relations commerciales profitables (Daudin 2004 ; McWatters, 2008). Néanmoins, c’est dans la deuxième moitié du XIXe siècle que les différences puissances coloniales, alors en plein essor industriel, se sont partagées le reste du monde. Des nouvelles richesses en sont extraites comme dans le cas des bagnes coloniaux (Fabre et Labardin, 2019). Cette histoire coloniale a un double impact : d’abord, elle permet de développer et d’améliorer l’exercice de l’activité de l’entreprise. A titre d’illustration, la construction de la figure de l’ouvrier docile s’est largement inspirée de la figure de l’esclave et/ou du colonisé (Ajari, 2016). Le « travail forcé » – tâches de construction, transport de marchandises, entretien des routes – qui est imposé aux « indigènes/autochtones » des colonies a nourri considérablement la réflexion autour de l’organisation « optimale » de l’entreprise (Cooke, 2003). Un autre exemple est celui de l’influence de l’entreprise coloniale sur les pratiques managériales et les méthodes de gestion qui se sont sophistiquées au contact des injonctions de rentabilité dans les anciennes colonies (Fernández-de-Pinedo, Castro & Pretel, 2008 ; Alawattage & Wickramasinghe, 2009 ; Verma, 2015 ; Verma & Abdelrehim, 2017). Deuxièmement, et au-delà des différences constatées entre les différentes puissances coloniales, de cette histoire coloniale émergent des trajectoires économiques particulières dans les pays du Sud (ex-colonies) marquées par la superposition de deux structures : une structure de type capitaliste qui prévaut dans le secteur industriel maîtrisé par les colons d’un côté et une structure caractérisée par des rapports de production traditionnels qui prévalent classiquement dans le monde de la paysannerie et l’artisanat d’un autre côté. Ainsi, des rapports sociaux de type capitaliste fondés sur le salariat se sont entremêlés avec des rapports sociaux précapitalistes régulés par l’appartenance communautaire. Cette histoire donne naissance à des modèles de management et des prolétariats bien diversifiés (Yousfi, 2014 ; Frenkel & Shenav, 2003 ; Alcadipani & al., 2012 ; Annisette, 1999).

La manière dont l’histoire coloniale interroge l’histoire du management dans les pays du Nord comme ceux du Sud, telle est la question centrale à laquelle ce workshop souhaite apporter quelques éléments de réponse. Le but de ce workshop est d’initier un dialogue entre les différents courants en management (approches postcoloniales, histoire du management, etc.) et d’autres champs comme l’histoire économique et sociale coloniale, les cultural studies ou les nouveaux courants de l’historiographie anglo-américaine (la new imperial history ou la connected history). L’objectif est d’explorer la manière dont ces différentes perspectives théoriques, qui utilisent des procédés d’analyse et des méthodes d’investigation variées, nous permettent de renouveler la réflexion autour de l’effet de la situation coloniale et impériale sur les pratiques de management dans les pays du Sud et du Nord. Sont encouragées les contributions qui privilégient les analyses qui s’intéressent aux circulations entre le local, le régional, le national, l’impérial/colonial et le trans-impérial. L’enjeu est d’interroger les continuités et les ruptures dans les pratiques managériales inhérentes à « l’entreprise impériale/coloniale » par-delà les différentes formes de colonisations et décolonisations. Les communications portant sur les thématiques suivantes seront particulièrement bienvenues :

1. Histoire des entreprises coloniales : Des monographies qui retracent les trajectoires d’entreprises coloniales dans les pays du Sud de l’époque coloniale jusqu’à l’indépendance.

2. L’impact de l’exploitation des ressources naturelles et de la main d’œuvre « indigène » (le travail forcé) sur le développement de l’entreprise moderne.

3. L’impact de l’entreprise coloniale sur les modèles organisationnels précoloniaux. Quels sont les modèles organisationnels qui sont nés de la rencontre coloniale ?

4. Des analyses comparant les influences des différentes puissances coloniales sur les pratiques managériales dans les colonies et dans les pays d’origine.

Cette liste est non-exhaustive et compte-tenu du thème du workshop, des communications pluridisciplinaires - entre sous-disciplines de la gestion ou avec d’autres disciplines (histoire, économie, anthropologie, sociologie, etc) - seront particulièrement bienvenues.

Dates importantes 

Envoi d’un abstract de 1000 mots décrivant la question centrale et le cadre théorique pour le 15 janvier, 2020.

Réponses aux propositions : le 15 février, 2020. 

Envoi du papier final: le 30 mars 2020

Merci d’envoyer vos propositions (Anglais/Français) aux trois organisateurs.

Comité d’organisation

Hèla Yousfi, Maître de conférences, Université Paris-dauphine (hela.yousfi@dauphine.psl.eu)

Oussama Ouriemmi, Associate Professor, ISG, Paris (oussama.ouriemmi@isg.fr)

Pierre Labardin, Maître de conférences, Université Paris-dauphine (pierre.labardin@dauphine.psl.eu)

Hela YOUSFI - hela.yousfi@dauphine.fr
https://ahmo.hypotheses.org/2915