ST-AIMS 09 : Étudier la fiabilité et la résilience organisationnelles : enjeux et développements sur la performance

Certaines organisations sont confrontées à des contraintes internes et environnementales qui mettent en péril la finalité même de ces organisations, voire même conduisant à des catastrophes : crash aérien, incident/accident nucléaire, pollution massive, etc.
 

La littérature en management souligne que ces organisations doivent être capables de maintenir un haut niveau de fonctionnement, quelques soient les rythmes, la complexité, et l’inattendu auxquels elles font face, et ce en dépit des perturbations (Bigley & Roberts, 2001; La Porte & Consolini, 1991; Roberts, 1990; Weick, Sutcliffe, & Obstfeld, 1999). Pour assurer ce niveau de fonctionnement, ces organisations   dites « organisations hautement fiables » (HRO – High Reliability Organizations)   doivent développer leur capacité de résilience.

Les différentes définitions de la résilience organisationnelle varient autour de deux dimensions (Boin & van Eeten, 2013) : certaines définitions se focalisent sur la résilience comme la capacité à recouvrer un état précédent à une crise, tandis que d’autres définitions intègrent dans la résilience la capacité à sortir plus fort d’une crise, au travers d’un apprentissage et de transformations organisationnelles (van der Vegt, Essens, Wahlstrom, & George, 2015).
 
Si l’enjeu de fiabilité et de résilience organisationnelles est important – voire représente l’essence même de ces organisations –, il n’en est pas pour autant déconnecté d’autres contraintes et objectifs de l’organisation. Fiabilité et résilience sont donc une composante de la performance des organisations, au même titre que l’atteinte de résultats d’exploitation précis ou la recherche d’une meilleure efficience productive. Dans cette perspective, la fiabilité n’est donc pas à opposer à la performance et peut être intégrée comme une des dimensions de la performance des organisations (Hollnagel, Journé, & Laroche, 2009).

Le développement de la littérature sur la fiabilité et la résilience organisationnelles a permis de sortir des terrains traditionnellement étudiés (aviation, aéronautique navale, nucléaire) en étudiant de nouveaux terrains empiriques : chemin de fer (Roth, Multer, & Raslear, 2006), service d’incendie (Colquitt, LePine, Zapata, & Wild, 2011), médecine  (de Bovis-Vlahovic, Baret, & Yalenios, 2014; Madsen, Desai, Roberts, & Wong, 2006), opéra (de Bovis & Hussler, 2017, 2018) en sont quelques exemples. De nouveaux secteurs, et de nouvelles organisations, étudiés permettent de comparer leurs spécificités de terrains et leurs traits communs. Ce faisant, certaines visées peuvent être théoriques   par exemple comparer une équipe de policier d’élite avec une équipe de tournage de film (Bechky & Okhuysen, 2011)   ou managériales à l’usage des praticiens – par exemple proposer une comparaison entre le fonctionnement d’un pont d’envol de porte-avions avec le fonctionnement d’une équipe médicale (Leuridan& al., 2016).

La comparaison entre les spécificités des terrains amène à se questionner sur la transférabilité des résultats à des organisations plus classiques (Hällgren, Rouleau, & de Rond, 2018). À l’inverse, les contraintes subies par les organisations plus classiques   telles que la recherche de rentabilité financière, l’efficience des ressources utilisées, l’évaluation d’une performance à court terme, etc. – peuvent impacter le maintien de la fiabilité et la garantie d’une sûreté de fonctionnement. L’une des idées-forces du premier écrit sur les HROs (Rochlin, La Porte, & Roberts, 1987) soutient que ces organisations nécessitent un confort financier. Ainsi, il nous paraît opportun de tisser des liens entre objets de recherche autour de la fiabilité et de la résilience et une littérature qui peut parfois sembler fragmentée. 
 
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