ST-AIMS 08 : Innovation Ouverte & PME

Alors que la majorité des travaux sur l'innovation ouverte (IO) se concentre sur les grandes entreprises (Appleyard et Chesbrough, 2017), notamment dans le secteur des hautes technologies, le cas spécifique des PME est négligé (Popa, Soto-Acosta et Martinez-Conesa, 2017). Pourtant, les PME font l'objet d'un soutien croissant de la part des politiques publiques européennes et locales, qui encouragent activement le développement de l'innovation collaborative pour accroître la croissance économique. Les PME sont des acteurs importants de notre économie et l'IO semble une voie naturelle pour ces entreprises car leurs ressources généralement limitées impliquent inévitablement le recours à des stratégies collaboratives. Pour soutenir l'IO dans les PME, il est donc essentiel de mieux comprendre (1) les facteurs explicatifs de leur décision d'innover de manière ouverte, (2) le processus mis en œuvre pour gérer l'IO et les éléments internes et externes (leviers et freins) l'influençant et (3) la dynamique d'évolution de l'IO et de son processus (trajectoire) ainsi que les conséquences sur l'organisation et sa performance.

L'IO se définit comme un processus d'innovation distribué, qui exploite des flux de connaissances tant internes qu'externes, afin d'innover à l'intérieur et à l'extérieur des frontières organisationnelles de l'entreprise (Chesbrough et Bogers, 2014). L'intérêt principal de l'OI réside dans la combinaison de (1) l'ouverture externe, afin d'acquérir et profiter de ressources et connaissances externes pour innover mais également dans (2) l'ouverture interne, afin d'optimiser et renouveler les ressources et connaissances internes en vue d'innover (Chesbrough, 2017). Ces deux types d'ouverture de l'innovation reposent sur trois types de processus : inside-out, outside-in et mix (Chesbrough, Vanhaverbeke et West, 2014). Au-delà d'être bénéfique pour l'entreprise, l'IO contribue également à façonner des écosystèmes en favorisant la co-création de valeur entre entreprises et secteurs d'activité (Bogers, Chesbrough et Moedas, 2018). L'IO est donc un concept multi-niveaux qui dépasse le seul périmètre de l'entreprise pour s'étendre jusqu'à l'écosystème, l'industrie et la société (Bogers et al., 2017). Toutefois, sa mise en œuvre, sa gestion et ses spécificités au sein des PME restent encore mal comprises.
 
Les contributions des recherches s'intéressant aux PME montrent l'importance des partenaires (Theyel, 2013), du type de collaboration (par ex. Theyel, 2013, Van de Vrande, De Jong & De Rochemont, 2009) et du réseau (Xiaobao, Wei et Yuzhen, 2013) dans l'accès à l'IO. D'autres recherches insistent sur l'importance des mesures de performance de l'IO (par ex. Fu, 2012 ; Spithoven, Vanhaverbeke et Roijakkers, 2013) dans sa gestion et son développement. D'autres chercheurs ont également identifié et étudié certains facilitateurs à l'IO au sein des PME (p. ex. réseau, profil des partenaires, transfert des connaissances, compétences technologiques, gestion de la PI, R-D externe, communautés d'utilisateurs) et certains obstacles (p. ex. culture, financement et coûts, résistance au changement, manque de ressources, trop grande ouverture) (Chesbrough et al., 2014 ; Kim et Park, 2010 ; Popa et al., 2017 ; Van de Vrande et al., 2009) mais sans être complètement exhaustif. En effet, aucune approche globale ne permet de cerner et d'analyser l'ensemble des leviers et des freins au processus d'IO, ni leur possible variation et évolution au cours du temps. De plus, les comparaisons entre PME de différents secteurs, comme celles des économies nouvelles (économie circulaire, économie collaborative, économie sociale et solidaire, etc.) sont encore trop rarement effectuées. Plus généralement, les recherches actuelles ne fournissent pas de modèle explicatif de l'IO adapté aux PME, que ce soit au niveau des antécédents, du fonctionnement, de la dynamique et des conséquences. 
 

 En tant que concept multi-niveaux (Bogers et al., 2017), l'IO offre des possibilités d'études multiples qui peuvent enrichir considérablement la compréhension de ce phénomène dans le cas spécifique des PME. En effet, l'IO peut être étudiée au sein même de l'entreprise, au niveau des pratiques, des acteurs, du processus, de l'organisation ou encore de la stratégie. L'analyse peut être prolongée au-delà des frontières organisationnelles, en étudiant le rôle des partenaires, de l'espace (tiers-lieux), du temps (dynamique d'évolution), du réseau, des politiques publiques ou encore des écosystèmes. Cette approche multi-niveaux est source de richesse car elle permet de combiner des angles d’analyse différents mais complémentaires, qui améliorent la compréhension d’un phénomène observable. Pour ces raisons, nous souhaitons articuler ce STAIMS autour de la notion de « transversalité », afin de réunir des contributions multiples et diversifiées, aussi bien qualitatives que quantitatives, exploratoires ou confirmatoires, centrées sur l’étude de l'IO au sein des PME. 


L’objectif de cette session thématique est d’améliorer la compréhension de la dynamique d'IO dans le cas spécifique des PME, depuis la décision d'adoption, jusqu’aux modalités d'évolution du processus d'innovation ouverte et des décisions stratégiques et tactiques qui structurent cette trajectoire et en font sa spécificité. 
 
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