ST-AIMS 02 Pratiques contemporaines de travail et nouvelles dynamiques organisationnelles : révolution ou réinvention, émancipation ou précarisation ?

 « Nomades digitaux », « coworkers », « slashers », « freelancers », « influenceurs » : l’utilisation croissante de ces nouveaux termes dans le débat public est révélateur des évolutions contemporaines du travail (Burke, 2015), évolutions particulièrement manifestes depuis une décennie maintenant. Ces appellations désignent, dans leur ensemble, des pratiques de travail particulièrement flexibles dans le cadre desquelles la vie professionnelle et la vie privée ne font plus l’objet d’une stricte séparation (Hussenot, 2019). Concomitamment à l’émergence de ces pratiques, de nouvelles dynamiques organisationnelles ont pu donner corps à des objets nouveaux tels les plateformes, tiers-lieux, fab-labs, living-labs ou autres hackerspaces (Vidaillet et Bousalham, 2018), ainsi qu’à des avatars actualisés de formes organisationnelles plus traditionnelles : réseaux d’indépendants, collectifs de travail temporaires, coopératives, entreprises auto-gérées, etc. Dans ces entreprises qui se veulent alternatives, les modes de coopération et de management sont questionnés et réinventés ( Parker et al., 2018 ; Zanoni et al., 2017).

Pour les nouvelles générations, ces évolutions des pratiques de travail et des dynamiques organisationnelles trouvent leur sens au sein d’un nouvel eldorado imaginaire que les mondes médiatique et économique contribuent également à entretenir. Dans ce nouvel imaginaire du travail, l’entrepreneuriat individuel et collectif se conçoit comme un acte politique et l’action économique comme l’instrument des volontés de changement du monde (Giust-Desprairies et Arnaud, 2019). D’un côté, les organisations de collectifs autonomes ou des entreprises alternatives incarnent autant d’instances d’un projet de société plus égalitaire et démocratique ; elles ont en commun la remise en cause des structures hiérarchiques classiques et la promotion de principes de fonctionnement pluralistes (e.g. Jaumier, 2017). De l’autre côté, les grandes plateformes œuvrent pour leur part à une extension maximale du capitalisme contemporain, portées souvent par une vision libertarienne de la société où chaque individu est appelé, aussi bien dans la sphère professionnelle que dans la sphère privée, à devenir entrepreneur de lui-même.
 
Au-delà de cet imaginaire commun où s’affrontent divers projets de société, il s’agit pour les chercheurs en théories des organisations et management de questionner les pratiques de travail et les processus organisationnels effectifs. Des travaux récents montrent en effet que les attentes déçues, la précarité du quotidien ou encore les difficultés propres aux systèmes décisionnels alternatifs sont le lot de  certains de ces projets (e.g. Picard et Islam, 2019). D’autre initiatives semblent plus fructueuses (Paranque et Willmott, 2014). Il convient également de s’interroger, de manière plus large, sur les relations existantes (impacts, tensions, etc.) entre le monde que préfigure les nouvelles pratiques et nouvelles dynamiques en question d’une part et notre modèle social actuel d’autre part, modèle fondé sur la base d’une stricte séparation de l’économique et du politique ainsi que de la vie professionnelle et de la vie privée. 
 
Prenant acte des nouvelles façons d’articuler vie professionnelle et vie privée, enjeux économiques et enjeux citoyens, cet appel à contribution vise à interroger les pratiques contemporaines de travail et les dynamiques organisationnelles qui en émergent, ainsi que les modes de vie qu’elles concrétisent. 
 
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