Communications non classées

La formation de la stratégie en situation d'innovation Le cas du recyclage automobile chez Renault

Auteur

Franck AGGERI
Armand HATCHUEL

Résumé

Le recyclage des déchets solides est un sujet d'actualité. Dans la filière automobile, les industriels se sont engagés vis-à-vis des pouvoirs publics français et européens à développer le recyclage de leurs véhicules hors d’usage. L’objectif visé dans les accords cadres qui ont été signés est l’émergence d’une nouvelle économie du recyclage dans laquelle seraient échangés des matériaux qui ont été préalablement démontés sur les véhicules hors d’usage puis recyclés et qui viendraient se substituer aux matières vierges. Pour faire aboutir une telle « innovation de marché », les nombreux acteurs qui interviennent depuis la conception jusqu’à la démolition des véhicules déploient leurs efforts dans trois directions : le développement de nouvelles technologies (de démontage des véhicules et de recyclage des matériaux), la découverte de nouveaux débouchés pour ces matières recyclées, et la conception de voitures plus recyclables.
Toutefois, au delà des slogans, la montée en puissance de cette économie se heurte à des contraintes techniques et économiques fortes. Les dépasser suppose que se mettent en place dans les firmes des stratégies et des actions dont les ressorts sont encore mal connus.
Comment les entreprises s’adaptent-elles à ces nouvelles contraintes ? Quelles stratégies et quelles organisations mettent-elles en oeuvre pour développer de nouvelles technologies de recyclage, pour concevoir des voiture plus recyclables et pour inventer de nouvelles sources de profit ?
Avancer des éléments de réponse à ces questions suppose d'analyser finement le processus de construction de la stratégie des entreprises. Nous avons eu l'opportunité de suivre ce processus de l'intérieur en participant à une recherche-intervention de longue durée chez Renault, commencée en 1991 et qui se poursuit actuellement, où nous avons pu cotoyer toutes les questions relatives au recyclage depuis la phase de négociation avec les pouvoirs publics en passant par la mise en oeuvre d'ateliers pilotes de démontage des véhicules hors d'usage, de filières expérimentales de recyclage jusqu’à la prise en compte de la contrainte de recyclabilité pour la conception de futurs véhicules. De par cette opportunité, nous avons ainsi été amenés à rencontrer des interlocuteurs de différentes entreprises se situant à différents niveaux hiérarchiques.
Dans ce contexte, il est particulièrement intéressant d’analyser la formation de la stratégie des entreprises pour comprendre le processus d'innovation en matière de 3 recyclage. D'une part, ce processus met aux prises différents acteurs (industriels, pouvoirs publics) aux intérêts et aux rapports potentiellement conflictuels et d'autre part, l'engagement des entreprises dans le développement d'une économie du recyclage résulte bien d'un choix délibéré. Nous allons styliser le processus de formation de la stratégie de Renault en étudiant les différences que nous percevons par rapport à la littérature sur le sujet. L'analyse de ce processus stratégique nous permettra de comprendre les modalités de pilotage du processus d'innovation par les firmes, c'est-àdire leur capacité à construire une économie du recyclage viable et à éviter de ce fait, l'intervention ultérieure des pouvoirs publics.

Cartes cognitives: pour ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain

Auteurs

Florence ALLARD-POESI

Résumé

Un des outils majeurs de l'approche cognitive est la carte cognitive ou causale. Les cartes sont ainsi utilisées pour représenter les croyances des managers (voir des recherches de Cossette, 1989; 1993; 94 a et b; Calori et al., 1993; 94) ou plus largement de l'organisation (Huff, 1990), et ce, soit dans un objectif purement descriptif des propriétés cognitives de l'individu ou de l'organisation étudié, soit pour expliquer à partir de leur contenu ou propriétés structurelles, d'autres phénomènes individuels (voir Komocar, in Cossette 1994a), ou organisationnels (voir Roos et Hall, 1980; Hall, 1976; Fahey et al, 1989; in Huff, 1990), voire pour prédire le comportement futur des sujets détenteurs de ces cartes (voir Axelrod, 1976). Cette utilisation extensive des cartes cognitives et outils dérivés (tels les diagrammes d'influence -Diffenbach, 1982-) par les tenants du paradigme cognitif a induit une assimilation quelque peu hâtive de cet outil à un concept, puis à l'approche conceptuelle qui en fait l'usage. On parle ainsi de "courant des cartes cognitives" (Laroche et Nioche, 1994; Lauriol, 1994), comme s'il s'agissait d'un concept monolithique et porteur d'une théorie à lui seul.

Cette confusion du paradigme cognitif et de l'outil qu'est la carte cognitive peut conduire à assimiler les critiques formulables à l'encontre des cartes avec celles tenant aux limites de l'approche cognitive de l'organisation. En d'autres termes, l'amalgame théorie / outil effectué par ses détracteurs rend tentant de "jeter le bébé avec l'eau du bain". L'approche cognitive de l'organisation fait en effet aujourd'hui l'objet de nombreuses critiques: Angelmar et Schneider (1993) soulignent ainsi que la recherche tend à confondre l'unité d'analyse (en général organisationnelle) avec les mesures (reposant sur des agrégats de mesures individuelles) ce qui tend à un biais d'anthropomorphisme ou une fallacie inter-niveau (Rousseau, 1985). D'autres (Spender; 1994; Laroche et Nioche, 1994) lui reprochent une tendance à la réification de la cognition. Laroche et Nioche (1994) ajoutent plus précisément à l'encontre des cartes qu'elles sont avant tout une métaphore et qu'elles ne peuvent "saisir des processus cognitifs aussi complexes que ceux en jeu dans les décisions", notamment de par le fait qu'elles sont avant tout une projection, un aplatissement qui provoque une perte importante d'informations. Ils leur reprochent enfin (Voir aussi Laroche, 1995) de reproduire implicitement le modèle rationnel de la décision, les cartes donnant selon eux l'illusion que l'on peut saisir les actions en tenant les ressorts de la pensée qu'elles dévoilent.

Certes, ces critiques sont pertinentes si l'on considère globalement l'utilisation qui a été faite des cartes cognitives. Mais à notre sens, plus que des lacunes tenant aux caractéristiques intrinsèques de l'outil, ces problèmes viennent des limites mêmes de l'approche cognitive de l'organisation. Les biais d'anthropomorphisme et de réification remarqués par Schneider et Angelmar (1993) tiennent en fait bien plus au postulat sous-jacent du paradigme cognitif, qui considère les niveaux individuels et collectifs de la cognition comme étant isomorphiques. Dans une perspective similaire, le postulat implicite critiqué Laroche et Nioche (1994) que la pensée précède l'action, et qu'en connaissant le contenu de celle-ci on peut prédire ou expliquer celle-là, trouve ses origines dans un des courants théoriques du paradigme cognitif, et fait l'objet de nombreux débats à l'heure actuelle surtout dans une problématique ayant trait à l'apprentissage organisationnel (Voir par exemple, Spender, 1994). Enfin, la critique de réductionnisme formulée par Laroche et Nioche à l'encontre des cartes peut être effectuée pour tout outil de mesures de quelque construit que ce soit. Elle ne tient d'ailleurs plus si l'on se réfère à la définition même de la carte: elle n'est qu'une représentation de croyances d'une personne en ce qui concerne un domaine particulier, et ne prétend donc pas représenter des processus ou l'ensemble des contenus de la pensée d'un sujet. Si ses utilisateurs en ont donné l'illusion, celle-ci ne tient qu'à eux.

Globalement, il nous semble que les objections émises à l'encontre des cartes et/ ou de l'approche cognitive de l'organisation émanent bien plus d'ambiguïtés et lacunes du courant théorique lui-même, et donc à l'utilisation consécutive de l'outil, qu'à ses caractéristiques intrinsèques. L'assimilation "courant cognitif" et "courant des cartes" nous semble donc dangereuse, ce d'autant que "le courant des cartes" est loin d'être homogène. Les études et recherches utilisant les cartes révèlent en effet une très grande variété, et ce, tant du point de vue de l'utilisation qui en est faite et des courants théoriques qu'elles servent, que des statuts ontologiques qui lui sont accordés et les démarches méthodologiques utilisées pour les établir. Une telle richesse peut certes entretenir le manque de clarté des recherches s'inscrivant dans le paradigme cognitif, mais elle fait aussi des cartes un outil particulièrement intéressant.

Ayant distingué les cartes de l'approche théorique qui les utilise, nous nous proposons de présenter plus avant cet outil: Nous exposons dans un premier temps les définitions et méthodes d'établissement existantes des cartes cognitives en soulignant les avantages et inconvénients de celles-ci du point de vue des critères de richesse, faisabilité, validité et fiabilité. Puis, nous montrons que les cartes peuvent faire l'objet d'analyses très variées et servir des objectifs de recherche différenciés. Nous essayons enfin de mettre en évidence en nous inspirant des travaux de Cossette et ses collaborateurs (1994), que les recherches utilisant les cartes causales renvoient à des définitions et statuts ontologiques de celles-ci différenciés, statuts qu'il s'agit de décliner en méthodes et critères de validité pertinents.

 

La stratégie tâtonnante: des interactions récursives entre vision et action stratégiques

Auteur

Marie-José AVENIER

Résumé

Cette recherche exploratoire s'inscrit dans une perspective générale d'ouverture des référentiels possibles de l'action stratégique en milieu complexe. Elle a pour objet de mieux comprendre l'archétype de la stratégie tâtonnante dont on argumente qu'il représente un courant de pensée alternatif à ceux de la stratégie délibérée et de la stratégie émergente. Après avoir montré en quoi une stratégie tâtonnante se distingue d'un management stratégique, et examiné pourquoi il peut être judicieux pour une entreprise de recourir à la stratégie tâtonnante, diverses conditions susceptibles de favoriser sa mise en oeuvre effective dans une entreprise sont discutées.

Formulation de problèmes complexes et complexité cognitive chez des managers d'expérience variable

Auteur

Virginie BAUDOUIN


Résumé

Il est proposé dans ce travail d'avoir recours au concept de complexité cognitive pour étudier le « comportement informationnel » du manager dans la formulation de problèmes complexes.

Les travaux consacrés au développement de ce concept suggèrent que les individus gèrent en fonction de leur propre complexité les informations reçues dans le traitement de tâches semi-structurées et non structurées (Harvey et al., 1961; Schroder et al., 1967; Driver et Streufert, 1969); ainsi, d'après la théorie, un individu complexe au plan cognitif intègrerait davantage d'informations, contradictoires ou non, qu'un individu plus simple dans ses raisonnements; ceci revient à dire qu'un manager complexe au plan cognitif se montrerait sans doute plus complexe dans la formulation d'un problème qu'un manager plus simple.

Si cette littérature envisage essentiellement la complexité cognitive comme une caractéristique intrinsèque au système conceptuel humain, un trait cognitif stable chez les individus et variable de l'un à l'autre, elle suggère cependant que le degré de complexité mesuré chez un individu pourrait être lié à des facteurs tels que sa familiarité à l'égard d'objets ou de domaines d'activité étudiés: ainsi plus un sujet aurait accumulé d'expérience relativement à un domaine d'activité, plus il serait susceptible d'exercer un degré de complexité cognitive élevé dans le traitement de situations liées à ce domaine.

En nous fondant sur cette dernière proposition, nous suggérons dans ce travail que l'accumulation d'expérience par un manager dans le cadre de ses fonctions est de nature à influer sur le degré de complexité cognitive que celui-ci exerce dans la formulation de problèmes organisationnels complexes. L'objet de notre recherche consiste en l'examen de cette problématique.

Le développement qui suit reprend les concepts clefs de complexité cognitive et d'expérience afin de préciser de quelle façon ils s'articulent, notamment dans la formulation de situation de problème. Il s'achève par la présentation de la méthode choisie pour l'étude de notre problématique de recherche.

Actions et réactions compétitives, application au secteur de la presse

Auteur

Faouzi BENSEBAA


Résumé

L'objectif de cette recherche est l'étude des comportements compétitifs des firmes dans le secteur de la presse en France (presse magazine "news" et presse économique).

L'action collective des entreprises sur la réglementation: une analyse en termes de pouvoir.

Auteur

Jabril BENSEDRINE

Benoît DEMIL


Résumé

Nous avons choisi de concentrer notre attention sur les regroupements à but politique, pour deux raisons. D'une part, ils nous semblent relativement ignorés parmi les thèmes d'études classiques en management stratégique. D'autre part, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à s'unir au sein d'associations visant à influencer les décisions politiques, notamment en matière de réglementations environnementales. Nous sommes donc devant un phénomène en pleine croissance. Ainsi, le programme Responsible Care regroupe et défend les intérêts de centaines d'entreprises chimiques à travers le monde depuis le début des années 80. Le Business Council for Sustainable Development, émanation de la Chambre de Commerce Internationale, a également envoyé une délégation de chefs d’entreprises à la conférence mondiale de Rio en 1992 (Sommet de la Terre) pour y représenter le point de vue des industriels.

Le cas que nous étudions dans cet article, concerne la stratégie de l'association française des Entreprises Pour l'Environnement (EPE). Nous avons particulièrement analysé son rôle dans l'élaboration des réglementations sur les déchets industriels et sur les sites industriels pollués, afin de répondre aux questions suivantes : Quelle a été la stratégie de cette association - et de ses membres - face à ces réglementations ? Comment a-t-elle participé à leur élaboration ? Dans quelle mesure en a-t-elle influencé le contenu ?

Dans les pages suivantes, nous commencerons par présenter notre cadre théorique, essentiellement fondé sur les notions de pouvoir et de légitimité. Puis, nous exposerons rapidement le cas de l'association EPE. Enfin, nous consacrerons le reste de notre article à l'interprétation théorique des faits observés. Avant de développer notre exposé, nous voudrions préciser la démarche employée. Le recours à l’analyse d’un cas se justifie selon nous, par le fait que l’élaboration d’une réglementation s’apparente à un processus s'étalant sur plusieurs années et dans lequel interviennent de nombreux acteurs. Cependant, à la différence d’une démarche purement inductive ou déductive, nous avons plutôt cherché à établir des liens entre les données observées et un cadre d’analyse en continuelle construction. Nous avons donc procédé à d’incessants allers et retours entre données collectées et cadre théorique afin d’arriver à ce que Louart (1996) appelle un « précipité ». Cependant, pour la clareté de l'exposé, nous garderons la distinction classique entre partie théorique et partie empirique, bien qu'elle ne reflète pas la démarche intellectuelle réellement suivie.

Les déterminants du choix du partenariat: proposition d'un modèle éclectique

Auteur

Fabien BLANCHOT


Résumé

La possibilité du recours à un mode relationnel distinct du marché et de la hiérarchie reconnue et son utilisation fréquente dans le monde des affaires constatée, on peut légitimement se poser la question des déterminants de son choix par les entreprises, en lieu et place de ses alternatives, pour la coordination des activités nécessaires à l'accomplissement de leur projet productif.

C'est cette problématique que l'on se propose d'aborder ici. Divers champs théoriques d'analyse apparaissent particulièrement féconds pour la traiter, parmi lesquels la théorie des coûts de transaction, la théorie de l'agence, la théorie des organisations, des travaux divers relevant du domaine de l'économie industrielle et de l'innovation ainsi que certains développements relevant de la stratégie d'entreprise en qualité de science du management. L’hypothèse que l’on formule ici est que ces diverses contributions sont plus complémentaires qu’antagonistes de sorte que leur combinaison est souhaitable afin d’améliorer la compréhension et la prédiction du comportement des firmes pour ce qui concerne leur choix entre partenariat, relations de marché et internalisation. Suivant cette perspective, on propose un modèle intégrateur du choix du partenariat construit autour d'une distinction entre déterminants endogènes et exogènes, chaque type de déterminant étant discuté dans une section distincte. La pertinence du modèle proposé est finalement évaluée dans une troisième section en adoptant une démarche de type méta-analyse.

Renouvellement de l'approche stratégies de diversification - performance économique: controverses et expérience

Auteur

Jean-Pierre BOISSIN


Résumé

Dans un premier temps, une approche historique de la littérature met en relief différentes controverses entre les paradigmes d’Economie Industrielle et de Management Stratégique sur les variables d’influence entre stratégies de diversification et performance.

Dans un second temps, ces controverses sont intégrées au sein d’une expérience dans le groupe Péchiney autour de quinze acquisitions. Un renouvellement méthodologique du cadre d’analyse initial est proposé en prenant en compte la mise en oeuvre de la stratégie à travers le processus d’intégration des acquisitions.

Stratégie d'entreprise et processus de dérèglementation: prémices d'une théorie

Auteur

Jean-Philippe BONARDI


Résumé

Décision individuelle d'échange au sein des réseaux informels: entreprise, chercheurs et communauté technologique

Auteur

Isabelle BOUTY


Résumé

Le concept d'innovation: débats et ambigüités

Auteur

Camille CARRIER

Denis J. GARAND


Résumé

Un constat s’impose : la littérature portant sur l’innovation s'avère abondante et variée, témoignant avec éloquence de l’importance qu’on lui accorde déjà depuis plusieurs années. Ce mouvement d'intérêt ne peut que s’accentuer dans le futur puisque le changement tend à devenir une constante inéluctable, sous-tendant qu’il faudra dorénavant innover en permanence. Toutefois, cette fertilité discursive ne repose pas sur une définition du concept d’innovation qui fasse consensus, suscitant plusieurs interrogations souvent cruciales à l’interprétation des travaux scientifiques sur l’innovation. C’est à ces grandes questions que s’intéresse la présente étude. Chacune des sections qui suivent présente une zone de questionnement, ou du moins d'ambiguïté, par rapport au concept. Chacune des grandes questions abordées est appuyée par un certain nombre de constats et de pistes de réflexion appropriées. Le débat s'élargit ensuite sur les problèmes ou problématiques soulevés par ces dernières. Cependant, cette étude ne prétend nullement apporter de réponse définitive à ce débat d'idées : elle vise plutôt à mettre en évidence les limites imposées aux chercheurs intéressés par cette problématique de l'innovation organisationnelle.

L'apprentissage organisationnel: quand les expériences centrées côtoient les expériences délocalisées...

Auteur

Sandra CHARREIRE


Résumé

L’objectif de cet article est double : 1- présenter les résultats d’une recherche empirique de deux années sur le processus d’apprentissage organisationnel et, 2- introduire une discussion sur un des résultats apparus.

Nous développons, dans une première partie, les résultats d’une recherche sur le processus d’apprentissage et nous présentons son principal résultat : la modélisation que nous proposons, laquelle tend à expliciter concrètement le processus d’apprentissage organisationnel. Nous verrons que les résultats font apparaître des articulations théoriques entre des concepts significatifs du processus d’apprentissage. Dans une seconde partie, nous nous concentrons sur une des articulations que notre recherche permet de mettre en évidence : il s’agit du rôle de la mémoire organisationnelle sur la migration des relations et des savoir nouveaux introduits par l’objet d’apprentissage. Cette seconde partie, présentée ici sous forme d’une discussion, est de nature exploratoire. L’objectif est de proposer des bases de réflexion pour des recherches futures en ce sens. Les éléments de discussion présentés sont éclairés par les données du terrain.

Élaboration de connaissances procédurales en management stratégique: réflexion à partir de deux recherches cliniques

Auteur

Nathalie CLAVEAU

Franck TANNERY


Résumé

Un grand nombre de recherches en stratégie ont pour but de proposer des schémas d'analyse plus ou moins formalisés à partir d'un certain nombre de variables dites stratégiques. Une minorité se consacre à la manière de conduire le raisonnement stratégique, aux processus cognitifs de pensée à privilégier (Lyles 1981 et 1987, Thomas 1984, Schwenck 1984 et 1988). Peu de ponts sont par ailleurs jetés entre les deux (Dutton and Duncan 1987, Huff 1990).

L'aide à la formulation de problèmes stratégiques relève selon nous d'abord de la deuxième approche mais doit conduire, in fine, à cerner les dimensions stratégiques de la situation considérée. En effet, s'agissant d'appréhender un problème de niveau stratégique, la finalité de la démarche reste la conception du devenir d'une institution socio-économique.

Ces positionnements appellent une clarification sur le statut des connaissances à produire et sur la méthode à adopter. On considérera que le problème stratégique ne s'appréhende pas comme une réalité ontologique mais comme une perception, une interprétation de la réalité. Ni unique ni donnée celle-ci est construite et organisée par le sens et l'action (un problème est avant tout celui de quelqu'un qui cherche à connaître et agir sur un objet via un projet) (Martinet 1990, Weick 1969). Un produit vers lequel peut alors tendre la recherche prend la forme d'un jeu de propositions alliant aide à la conception et appui méthodologique.

Quant aux méthodes de recherche possibles, de nombreuses voies sont praticables en gestion (Usunier et al 1993, N° spécial Academy of Management Review 1989 Vol 14 N°4), de l'exploratoire au traitement quantitatif de données, de la modélisation mathématique à l'observation participante. Dans tous les cas il s'agit d'essayer de saisir, de rendre compte et d'analyser les phénomènes organisationnels et cognitifs sur lesquels reposent la dynamique de l'entreprise. A l'instar de nombreux travaux (Huberman et Miles 1991, Denzin and Lincoln 1993), notre parti pris a été celui de la recherche longitudinale pour essayer de comprendre les processus organisationnels, de tenir compte de multiples espaces-temps, et d'expliciter la pluralité de rationalités individuelles et collectives.

La première partie de la communication se centrera sur une présentation détaillée de la démarche mise en oeuvre dans deux cas de recherches. Dans une deuxième partie, il sera exposé le type de résultats obtenus (modélisation des grandes problématiques à appréhender et des logiques d'arbitrage pouvant nourrir et constituer un support méthodologique pour raisonner). La dernière partie de la communication s'attachera à prendre du recul pour esquisser des enseignements. Ceux-ci partent du constat fait dans diverses instances des effets et de la capacité de ce type de production à aider les dirigeants dans la construction de leur problème stratégique.

Les stratégies d'exportation des PME françaises: une analyse sur les biens intermédiaires et les biens d'équipement

Auteur

Régis COEURDEROY


Résumé

L'analyse des stratégies d'exportation est un thème ancien et déjà largement exploré (JOFFRE 1986). Néanmoins, celles-ci ont connu un significatif regain d'intérêt (BRICOUT 1991 ; BONACCORSI 1992). Ce dernier est la contrepartie "naturelle" du mouvement d'ouverture des marchés nationaux engagés par les pouvoirs publics depuis les années quatre-vingts, que ce soit au niveau des accords multilatéraux (GATT, OMC) ou au niveau des accords régionaux (Union Européenne, ALENA) (JULIEN, LEO, PHILIPPE 1995). Cette évolution rapide s'est traduite par la mise en place de fortes incitations à l'exportation, en particulier pour les PME. De nouveaux thèmes sont ainsi apparus dans les problématiques d'exportation.

Schématiquement, on peut considérer que la question de l'exportation a été longtemps intégrée dans la logique du cycle de vie des produits (VERNON 1966). L'entreprise se préoccupe d'abord de son marché national puis, lorsque celui-ci arrive à saturation, elle se tourne vers les marchés étrangers.

Or ce schéma traditionnel est de plus en plus remis en cause : la concurrence est souvent internationale dès l'origine (du fait de l'interpénétration des marchés), en sorte que la question de l'exportation ne se pose plus particulièrement en phase de maturité. Elle est susceptible de se poser dès l'émergence du marché. En ce sens, l'exportation peut devenir une contrainte dans le plan de développement de l'entreprise avant même que d'être un choix. C'est pourquoi il est devenu non seulement légitime, mais plus encore nécessaire, de réévaluer la viabilité des stratégies exportatrices (LEO, MONNOYER et PHILIPPE 1990).

De nombreuses études ont basé leur approche de l'exportation sur la question de la taille de l'entreprise (BONNARCOSI 1992). Il existerait ainsi un seuil en termes de ressources financières et humaines qu'il serait bon de pouvoir dépasser avant de s'aventurer hors des frontières nationales. Il s'agit ici du principe selon lequel la taille de l'entreprise est dépendante de celle de son marché. Cependant les études ne concluent pas toutes dans le même sens (CALOF 1994). Il semble en particulier important de distinguer deux aspects : la décision d'exportation, pour laquelle il semble effectivement important de disposer de ressources suffisantes ; et l'intensité de l'exportation, qui semble atteindre des rendements décroissants à partir d'une certaine taille (JOFFRE 1986 ; BRICOUT 1991).

Pour déterminer le comportement à l'export, d'autres facteurs doivent donc venir enrichir cette approche. Ce serait en effet une erreur que de considérer une PME comme une grande entreprise en miniature (JOFFRE 1986 ; CULPAN 1989). Il apparaît d'abord qu'il existe de profondes disparités sectorielles (MALIVERNEY 1991 ; JULIEN, LEO, PHILIPPE 1995). Les secteurs qui exportent avec succès sont plutôt ceux qui possèdent un fort apport en valeur ajoutée basé sur la R&D et l'innovation (SAVOYE 1991 ; ENGELBRECHT 1992).

Outre les caractéristiques de production, il semble tout aussi important de s'assurer de la préparation de l'entreprise. KALIKA (1986) a clairement montré l'effet structurant de l'exportation sur l'organisation interne des PME (effet qui disparaît dans le cas des grandes entreprises). La maîtrise d'un marché plus large et plus complexe comme le besoin de traiter un volume croissant d'informations contraignent les PME à formaliser plus nettement leurs procédures organisationnelles. WALTERS (1993) constate ainsi que l'instauration d'une planification améliore sensiblement la performance des entreprises exportatrices.

En s'appuyant sur ces recherches, le présent travail s'efforce donc de tester la relation entre le comportement exportateur et la performance de la firme. Cette recherche s'articule à partir des deux interrogations suivantes : 1) quels sont les facteurs qui permettent d'expliquer la décision d'exportation ? Y a-t-il des caractéristiques propres aux firmes exportatrices ? 2) quels sont les différents types d'exportateurs ? Y a-t-il des groupes distincts ? Et ont-ils des performances identiques ou différentes ?

Dans un premier temps, la population étudiée est présentée. La méthodologie utilisée dans le cadre de cette étude est ensuite décrite. Enfin, les principaux résultats sont exposés.

Pilotage stratégique des organisations innovantes

Auteur

 

Gianluca COLOMBO


Résumé

Après une brève présentation des caractéristiques des organisations innovantes et des contextes environnementaux et internes qui leur offrent la possibilité d’émerger et de durer dans le temps, cet article se propose de répondre aux questions suivantes : Quels concepts de stratégie et de gestion stratégique peut-on retenir dans les organisations innovantes? De quel leadership le pilotage stratégique de ces organisations peut-il s’assortir?

Le cas d'une école de management est utilisé ci-dessous pour souligner les hypothèses

formulées à ce propos. Pour conclure, deux autres problématiques se posent : Quel type de formation peut aider les organisations à mettre en oeuvre des systèmes de pilotage fondés sur l'innovation et l'apprentissage? Quels axes de recherche peuvent se dégager de nos hypothèses sur les organisations innovantes?

L'introduction de la dimension institutionnelle dans la modélisation stratégique: apports constructivistes

Auteur

Denis DAUCHY


Résumé

Nous montrons qu'une inscription constructiviste permet d'introduire une structuration institutionnelle de la firme au bénéfice du raisonnement stratégique et de situer la position "cognitive" des acteurs institutionnels (représentants le pouvoir de propriété) au sein du processus de décision stratégique.

Notre présentation éclairera, dans un premier temps, une perspective institutionnelle essentiellement développée, jusqu'à présent, en théorie des organisations et en sciences économiques. Les prolongements en stratégie d'entreprise seront examinés. Nous nous interrogerons ensuite sur la possibilité d'un élargissement institutionnel plus direct de la modélisation stratégique . En partant de l’école de la conception en stratégie, la mobilisation de concepts constructivistes et l'étude clinique d'un groupe coopératif agro-alimentaire nous permettrons de proposer un tel élargissement et ses implications sur l’approche de la décision.

Structure et dynamique des innovations managériales

Auteur

Albert DAVID


Résumé

Nous analyserons tout d’abord la structure des innovations managériales. Nous verrons qu’elles sont constituées de trois éléments en interaction (substrat technique, philosophie gestionnaire et vision simplifiée de l’organisation) et nous proposerons une typologie distinguant innovations orientées connaissances (IOC), innovations orientées relations (IOR) et innovations mixtes (IM).

Nous introduirons ensuite les notions de formalisation et de contextualisation interne pour analyser le processus d’introduction des innovations managériales au sein des organisations. Nous décrirons alors la logique de contextualisation des innovations managériales pour les trois cas d’innovation pris comme exemples.

Nous en déduirons, enfin, quatre modèles cohérents du pilotage du changement (modèle politique, modèle gestionnaire, modèle technocratique et modèle de la conquête) dont nous décrirons la logique, le fonctionnement idéal et les crises possibles.

Organisation qualifiante et maturité en gestion des compétences

Auteur

Cécile DEJOUX


Résumé

La notion de compétence est de plus en plus présente à la fois dans les recherches scientifiques et dans la pratique des entreprises. Elle suscite un nombre croissant d'observations et d'études dans les domaines de la gestion, de la sociologie du travail, des sciences cognitives et de la linguistique notamment. Néanmoins, il n'existe pas encore une " théorie de la compétence " reconnue par tous.

Le point de départ de notre article s'appuie sur une double observation : l'émergence de la notion de compétence et celle d'organisation qualifiante. Il s'intègre dans le cadre d'une recherche en gestion, domaine où la compétence peut être abordée sous différents angles dont l'approche dichotomique : compétence individuelle - compétence organisationnelle. Ainsi, nous nous intéresserons plus particulièrement aux compétences individuelles que l'entreprise gère dans l'optique d'une amélioration de sa performance.

La notion de compétence est également présente dans le concept d'organisation qualifiante dont un des principaux corollaires est de gérer les compétences individuelles des agents grâce à un processus de développement des connaissances dont la finalité est l'accroissement des qualifications.

Notre problématique concerne l'existence d'une relation entre les entreprises qui gèrent les compétences et les organisations qualifiantes. Après avoir réuni différents éléments concernant l'émergence, la définition et la gestion de la compétence individuelle au sein des organisations, nous réaliserons une étude empirique à partir d'une enquête auprès de cent Directeurs de Ressources Humaines d'entreprises implantées sur le sol national. L'analyse des résultats s'effectuera autour de la construction d'un indice de maturité en gestion des compétences ( i GC ) et en organisation qualifiante ( i OQ ) et précisera les conditions d'existence de la relation qui lie ces deux notions émergentes.

Gérer la contradiction dans le discours stratégique: trois entreprises d'électricité canadiennes et le développement durable

Auteur

Christiane DEMERS

Hélène BARRAL


Résumé

 

Pour assurer leur survie, les entreprises doivent réussir à maintenir leur légitimité tant à l'interne qu'à l'externe. Dans le contexte actuel, les questions environnementales deviennent un enjeu de plus en plus important pour la légitimité des entreprises et les sociétés productrices d'électricité se trouvent au coeur de ce débat. Si elles veulent sauvegarder leur légitimité, ces dernières doivent convaincre les parties concernées (gouvernements, groupes de pression, citoyens, consommateurs, employés, etc.) que leur stratégie constitue la façon optimale de fournir ce service indispensable tout en protégeant adéquatement l'environnement.

Traditionnellement, protection de l'environnement et développement économique étaient vus comme opposés, le premier de ces objectifs devant être poursuivi au détriment de l'autre (Buchholz, 1993). En effet, pour la majorité des entreprises, la protection de l'environnement était vue en termes de coûts qui réduisaient les investissements que l'on pouvait faire dans la croissance de l'entreprise. Cependant, depuis le milieu des années 80, on parle de plus en plus de réconciliation entre objectifs économiques et environnementaux (Buchholz, 1993; Dechant & Altman, 1994) et c'est autour du concept de développement durable (Bruntland, 1987) que semble s'articuler ce nouveau discours. Toutefois, les exemples qui reviennent le plus souvent lorsque l'on traite de développement durable sont des solutions ayant trait, soit à la réduction de la pollution, à l'élimination de déchets ou à la prévention de coûts environnementaux, qui ne remettent pas en question le coeur des activités de l'entreprise (voir notamment les exemples donnés dans Dechant et Altman, 1994; Boiral et Jolly, 1992).

Lorsque l'on tente d'appliquer cette notion de développement durable à des secteurs où l'activité principale est en elle-même problématique du point de vue environnemental, comme c'est la cas pour la production d'électricité, la réconciliation entre objectifs économiques et objectifs environnementaux est plus difficile à faire. En effet, pour les producteurs d'électricité, le développement économique est traditionnellement associé à la construction de nouvelles installations, tandis que la protection de l'environnement exigerait que l'on ne construise pas, donc équivaut plus ou moins à un objectif de croissance zéro. De plus, les entreprises d'électricité parce qu'elles fournissent un service public essentiel, sont soit des sociétés d'État ou fortement réglementées et, pour être légitimes, elles doivent avoir les tarifs les plus bas possible. Or, d'une part, des tarifs plus faibles encouragent la consommation et donc la croissance de la demande; d'autre part, les restrictions sur les hausses de tarifs, en réduisant les ressources disponibles, peuvent nuire à l'investissement dans des programmes visant la protection de l'environnement. La question qui se pose alors est la suivante: comment, dans un contexte d'ambiguïté, les entreprises gèrent-elles ces contradictions, afin de préserver leur légitimité?

Nous croyons que l'étude des entreprises d'électricité est particulièrement intéressante pour tenter de répondre à cette question, parce qu'il s'agit d'entreprises très visibles qui, à cause de leur importance historique, économique et stratégique, sont devenues des institutions. Or, le défi environnemental entraîne une remise en question de l'identité même de ces entreprises ce qui en fait des cas particulièrement révélateurs pour qui s'intéresse à la gestion de la légitimité.

Dans ce travail, nous analyserons donc l'évolution du discours stratégique, entre 1970 et 1992, de trois sociétés d'électricité canadiennes: Hydro-Ontario, Hydro-Québec et BC Hydro (British Columbia Hydro) afin de voir ce qu'elles nous apprennent sur la gestion de la légitimité, particulièrement la gestion de la contradiction.

Quelles stratégies pour les fournisseurs partenaires?

Auteur

Carole DONADA

Bernard GARRETTE


Résumé

Face à la volonté des grands donneurs d'ordre industriels de travailler en partenariat avec des fournisseurs sélectionnés, ceux-ci n'ont guère le choix. Ils doivent se réorganiser et investir massivement pour passer du rang de sous-traitant à celui de partenaire. Mais cela ne suffit pas. Le partenariat a toutes les chances de se transformer en un véritable piège pour les fournisseurs qui ne parviennent pas à formuler et à mettre en oeuvre une véritable stratégie d'entreprise. Fondé sur un travail de recherche original auprès des entreprises du secteur de l'équipement automobile, cet article aboutit à une série de recommandations formulées dans le but d'aider les fournisseurs à tirer profit de leur situation de partenaires et à se ménager un réel espace de liberté stratégique.

Le retard de réaction de la firme dominante face à une rupture technologique, une explication par un phénomène d'information trompeuse en provenance du marché

Auteur

Frédéric DROMBY


Résumé

Le but de cette recherche en cours d'élaboration est de proposer une explication nouvelle au retard de réaction d'une firme dominante sur un secteur face à l'introduction d'une innovation radicale de produit par une firme auparavant marginale ou nouvelle entrante. Ce phénomène est régulièrement observé dans les industries de haute technologie où la plupart des innovations radicales sont introduites par des outsiders, qui arrivent ainsi souvent à s'imposer face à des firmes établies faute d'une réaction suffisamment rapide de ces dernières (e.g. Cooper & Schendel, 1976; Tushman & Anderson, 1986; Rumelt, 1987; Abernathy & Utterback, 1989; Henderson & Clark, 1990).

Ce manque de réactivité de la part de firmes importantes ayant de fortes capacités de riposte (financière, marketing, de R.D.) face à l'innovation technologique demeure insuffisamment expliqué (Lieberman et Montgommery, 1988).

Étalonner l'innovation: métrique d'une innovation annoncée

Auteur

Thomas DURAND

Silvia GUERRA-VIEIRA


Résumé

Les économistes s'intéressant à l'innovation ont eu tendance à plutôt concentrer leurs analyses sur l'impact de l'intensité concurrentielle sur les activités innovatrices. Leur but avoué est alors de montrer que la concurrence favorise les capacités d'innovation des firmes et d'expliquer pourquoi et comment. D'autres se sont préoccupés de comprendre le processus par lequel l'innovation émerge, qu'est ce qui la génère, qu'est ce qui déclenche quel type de changement, etc.

Nous allons nous aussi nous préoccuper ici d'innovation mais en posant une question différente: quel est l'impact potentiel d’une innovation attendue sur la position stratégique d'une entreprise face à sa concurrence ? Comment peut-on jauger une innovation pour évaluer si une organisation dans une industrie donnée est vulnérable face à ce changement annoncé, ou si au contraire elle va pouvoir tirer profit de cette évolution et cela mieux que ne pourront le faire ses concurrents ?

Formuler de tels questionnements conduit tout naturellement à chercher à construire une sorte de "métrique" de l'innovation pour en mesurer l'intensité. Un tel instrument de mesure de l'intensité de l'innovation - une sorte d'outil d'étalonnage - devrait permettre d'anticiper ex ante les conséquences stratégiques potentielles de l'innovation. En d'autres termes, la mesure ex ante de l'intensité du changement anticipé devrait être corrélée avec l'évaluation ex post de l'impact stratégique de l'innovation, tel que cet impact peut être constaté après coup par l’analyse de l’industrie concernée et du jeu stratégique résultant.

Notons d’ores et déjà que nous choisirons d’appréhender cet impact stratégique à travers l’évolution des positions stratégiques des firmes en présence dans le secteur. Notre problématique concerne ici l'innovation, que nous qualifierons indifféremment de changement, dans son sens le plus large. Derrière ces vocables, nous inclurons donc l'innovation technologique (innovation produit et innovation process) aussi bien qu'organisationnelle et sociale. Constatons d'ailleurs qu'une innovation est rarement exclusivement de l'une ou l'autre de ces catégories et qu'elle combine en général mais à des degrés divers plusieurs de ces facettes du changement.

La dynamique des changements stratégiques

Auteur

Florence DURIEUX

Isabelle VANDANGEON-DERUMEZ


Résumé

Selon Mintzberg et Westley (1992), toute organisation peut se décomposer en deux niveaux : conceptuel (celui de la pensée, qui regroupe pour l'organisation, la culture et les structures et pour la stratégie, la vision et la position de l'organisation) et concret (celui des actions, qui comprend pour l'organisation les systèmes et les personnes et pour la stratégie, les programmes et les outils). Dans cette étude, les changements se situent au niveau conceptuel de l'entreprise, ce qui implique une modification du système dans sa globalité. En effet, tout changement de culture qui n'implique pas de changement de structure, des systèmes et des personnes et tout changement de vision qui n'entraîne pas de changement de position, de programmes et d'outils, constitue "un geste vide". Cela revient à changer la façon de penser sans changer les actions. A l'inverse, un changement à un niveau plus concret peut être plus isolé et disjoint. Il est possible de modifier le système de contrôle sans modifier les outils de travail ou les systèmes par exemple.

Des effets contrastés de l'encouragement à l'innovation pour l'innovation de service

Auteur

Christophe EVERAERE


Résumé

Cet article vise à présenter les résultats partiels d'une recherche collective 1 menée pour le compte de EDF-GDF Services dans le cadre d'un collectif rassemblant de grandes entreprises de services, animé par l'Association Progrès pour le Management du CNPF. Le thème de la réflexion est celui des "fondements culturels et organisationnel de l'innovation dans les services".

La problématique générale se situe à l'intersection de deux champs théoriques qui se sont assez peu rencontrés jusqu'à présent, hormis quelques exceptions (Barcet, Bonamy, Mayère, 1987 ; Gallouj, 1994 ; Jallat, 1992) : il s'agit de l'innovation et du changement organisationnel, d'un côté ; et de l'économie et du management des activités de services, de l'autre.

La recherche qui a été entreprise consiste donc à traiter des conditions de l'innovation dans les activités de services, en prenant pour champ d'analyse le cas EDF-GDF Services. La recherche de nouveaux services n'est pas nouvelle chez EDF-GDF, de nombreux experts y travaillent cherchant par là-même des axes de développement de l'entreprise. En revanche, l'idée de faire participer tous les salariés d'EDF-GDF Services à l'effort d'innovation date du début des années 1990. Elle émane d'une volonté au niveau des dirigeants de ne pas réserver l'innovation à quelques spécialistes, mais de la répandre chez tous les salariés de l'entreprise. C'est cette innovation diffuse et participative à laquelle nous nous sommes intéressés en prenant comme fil directeur de l'analyse l'existence de structures et de démarches d'encouragement à l'innovation.

Intégration Culturelle

Auteur

Prénom NOM


Résumé

Résumé résumé.

L'évaluation des prestations de conseil en management stratégique: de la performance à la cohérence

Auteur

Marie-Isabelle FERRER


Résumé

La présente communication retrace, dans un premier temps, les aspects méthodologiques de l'évaluation du changement introduit par les interventions de conseils en management

stratégique dans ce type d'entreprises. Cette question est abordée par une analyse critique des trois principaux niveaux d'évaluation utilisés jusqu'à présent pour apprécier l'impact du consultant, notamment dans le cas d'interventions en PME. Le concept de servuction performante étant l'objet central des démarches d'évaluation.

Dans un second temps nous présenterons le contenu de notre propre approche de l'évaluation, basée non seulement sur les compétences du consultant mais aussi sur celles du client, partie prenante et déterminante dans cette coproduction. Dans ce sens, le concept de servuction cohérente nous semble plus intéressant à développer.

Configuration du pouvoir, management de la compétence des équipes dirigeantes, et richesse des entreprises

Auteur

Grégory GAMOT


Résumé

Cette recherche se propose de réexaminer les différences de création de richesse pour les actionnaires, observées entre les firmes à partir d'un cadre théorique élaboré sur les récents travaux issus de la théorie positive de l'agence et de la théorie de l'échelon supérieur. Ces travaux accordent un poids prépondérant à la direction générale dans l'évolution des entreprises et dans l'explication des différences de performance. Ils permettent notamment d'éclairer deux caractéristiques des directions générales des grandes entreprises françaises: la dualité des fonctions du mandat de PDG des Sociétés Anonymes et le mode de sélection des élites patronales françaises.

La mise en oeuvre discursive du changement

Auteur

Nicole GIROUX


Résumé

Après avoir présenté un modèle discursif de l'organisation, nous verrons comment celui-ci peut être appliqué à l'étude de la mise en oeuvre du changement stratégique. Pour ce faire, nous décrirons d'abord les différents points de vue présentés dans la littérature concernant la communication dans la mise en oeuvre du changement. Cela nous permettra de faire ressortir les variables qu'il semble utile de prendre en compte dans l'étude de ce phénomène. L'objectif de cette démarche est de construire une grille d'analyse du processus de changement à être utilisée dans un projet de recherche actuellement en élaboration. Ce projet vise ultimement à développer une théorie contingente de la mise en oeuvre discursive du changement.

Perspectives en management stratégique

Auteur

Prénom NOM


Résumé

Résumé résumé.

La structuration d'une situation d'action collective: quelles représentations et quelles modalités? Le cas de l'aéroport de Lyon-Satolas

Auteur

Corinne GRENIER


Résumé

Démarche qualité: de la stratégie d'adaptation aux processus stratégiques de changements dans les PME

Auteur

Alice GUILHON

Michel WEILL


Résumé

L'objectif de cette communication est de montrer les répercussions de la démarche qualité sur les structures, les comportements et les performances des PME. A partir d'une enquête test auprès de 15 PME certifiées ou en cours de certification de la région PACA, nous avons dégagé quelques hypothèses majeures à partir desquelles nous ambitionnons de construire un modèle retraçant les types de démarche qualité dans les PME.

En effet, la littérature et les interrogations des chercheurs sur la qualité sont vastes et s'intéressent d'une part à la description de l'implantation d'une démarche qualité dans les entreprises et aux procédures à suivre lors de l'adoption d'une norme qualité d'autre part.

Dans ces recherches, le contexte des PME a souvent été délaissé dans la mesure ou les études montrent que l'adoption d'une démarche qualité dans ces entreprises consiste principalement en le résultat d'une coopération avec un client important ou avec des fournisseurs. Pourtant, beaucoup de PME indépendantes adoptent de manière plus ou moins intégrée des normes ou des démarches qualité pour améliorer leur image ou leurs performances (Shea et Gobeli, 1995). Par conséquent, il semble intéressant d'évaluer les différents types de démarches qualité sur un échantillon de petites entreprises; cela permet en effet d'identifier les besoins "qualité" des PME et de mesurer les répercussions sur leur système stratégique. En principe, l'adoption d'une telle démarche relève toujours du même objectif, c'est-à-dire réaliser des performances financières supérieures pour assurer la croissance ou maintenir les performances pour assurer la survie. Toutefois, il est courant que des PME adoptent une norme ou une démarche qualité sans que les répercussions sur les performances soient significatives (Guilhon, 1993); il apparaît en effet que l'implantation d'une démarche qualité doit être gérée en fonction des capacités initiales des entreprises (analyse des besoins, gestion des changements organisationnels associés).

La matrice SDH: une perspective de gestion pour les actifs immatériels

Auteur

Sébastien DUIZABO

Nicolas GUILLAUME


Résumé

La stratégie de coopération dans l'industrie informatique: proposition d'un outil de diagnostic fondé sur la technologie et le concept de portefeuilles d'accords

Auteur

Raymond GUILLOUZO


Résumé

L'objectif de cette contribution est de proposer une problématique nouvelle de la coopération interfirme fondée sur le concept de portefeuille d'accords et d'asseoir cette démarche par la proposition d'une grille de lecture des portefeuilles d'accords constitués par les principaux constructeurs informatiques mondiaux.

Il s'agit d'élaborer, dans le cadre d'une veille stratégique, un outil de diagnostic de nature à mieux cerner les stratégies mises en oeuvre par des firmes concurrentes, au travers de leurs pratiques de coopération.Nous n'entendons nullement positionner le portefeuille d'accords comme la résultante d'un comportement réfléchi des firmes3 mais cette approche doit aider à la conduite d'une analyse du comportement des firmes au sein d'une industrie. Tout comme le concept de portefeuille de produits a permis d'analyser des situations issues de la généralisation des stratégies de diversification, la notion de portefeuille d'accords, qui s'appuie sur la généralisation des pratiques de coopération, doit fournir au management stratégique des outils de diagnostic des relations de coopération interfirme. Notre démarche de recherche repose sur deux hypothèses principales :

hypothèse 1: chaque accord s'intègre dans une véritable stratégie d'alliances et le portefeuille d'accords exprime une cohérence sous-jacente de la politique de coopération avec la stratégie globale de l'entreprise ;

hypothèse 2: chaque accord noué dans l'industrie informatique peut être raccordé à au moins une technologie. Cette hypothèse est directement liée à la spécificité de ce secteur dont l'évolution est rythmée par l'innovation technologique. La technologie doit être entendue dans son acception la plus large c'est-à-dire comme "une application pratique de la science à un produit ou à un processus de fabrication, ou un domaine spécifique d'expertise"[A.-D. Little, 1981].

Le gouvernement d'entreprise dans les grands groupes européens: étude comparée Allemagne, France, Grande-Bretagne

Auteur

Ghita HARTI-SAINCTAVIT


Résumé

Dans un contexte de difficile harmonisation européenne (le projet de Société Anonyme Européenne, notamment, semble ne pas pouvoir aboutir), nous avons donc cherché ici à déterminer les spécificités du gouvernement d'entreprise en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France.

Ce travail comparatif est, en effet, un préalable important à toute approche normative: les analyses restent, pour l'instant, très liées au contexte anglo-saxon et leur conclusions trouvent peu d'écho en Allemagne ou en France. Il s'agit donc de repérer les enjeux du gouvernement d'entreprise dans les trois pays étudiés avant de poser la question d'une éventuelle réforme ou harmonisation. Pour ce faire, on identifiera, d'abord, par le biais d'une revue de la littérature, les questions posées par le courant du gouvernement d'entreprise.

D'autre part, l'organisation formelle du pouvoir au sein des sociétés anonymes étant d'abord instituée par les textes de Droit, on comparera les règles régissant les relations entre actionnaires, dirigeants et conseil d'administration dans les trois pays. Enfin, on étudiera la forme du gouvernement d'entreprise d'un échantillon de grands groupes allemands, français et anglais.

Précisons, pour finir, que les travaux présentés ici s'insèrent dans un cadre plus large qui concerne la relation entre gouvernement et stratégie des entreprises. En effet, l'étude de l'organisation du pouvoir central de l'entreprise nous conduit à nous intéresser à l'enjeu même de ce pouvoir: la capacité d'influencer le devenir de l'entreprise par le biais des décisions stratégiques et à nous interroger sur l'influence du mode de gouvernement des entreprises sur la nature de leurs choix stratégiques (travaux en cours qui ne sont pas présentés ici).

Articulation et dynamique des politiques relationelles entre firmes concurrentes: une étude exploratoire

Auteur

Jérôme IBERT


Résumé

 

L’objet de cet exposé est d’établir un cadre d’analyse de l’articulation et de la dynamique des politiques relationnelles entre firmes concurrentes. Fondé sur une recherche exploratoire en cours, ce cadre d’analyse a été construit en menant une investigation sur un cas empirique, servant en quelque sorte de “révélateur” des dimensions les plus pertinentes que suggère la littérature à propos de l’interaction concurrentielle.

L’interaction entre firmes concurrentes repose sur la rivalité mais peut également emprunter une logique coopérative et collective. La notion de “politiques relationnelles” vise donc à rendre compte de la diversité des modes d’interaction dont disposent les firmes. L’objectif de notre recherche est d’analyser comment s’instaurent l’articulation et la dynamique de ces politiques relationnelles. Elle mobilise à cet égard un cadre conceptuel pluridisciplinaire.

En premier lieu, nous postulons que l’interaction concurrentielle est déterminée par des facteurs économiques objectifs, qui conduisent notamment à l’interdépendance des acteurs, et par des facteurs plus subjectifs, que nous qualifions “d’interprétationnels” parce qu’inhérents à la perception de l’environnement par les acteurs et à leur représentation de la relation d’interdépendance entre la firme et son environnement. Nous exposons ensuite les différentes politiques relationnelles afin de faire apparaître les enjeux que constituent leur articulation et leur dynamique. Nous montrons que la prégnance de la dimension interprétationnelle dicte une acception non seulement économique mais également sociologique de la relation de coopération/conflit. Le jeu des acteurs se déploie dans un système social lié à la décision interdépendante, composé de trois sous-systèmes majeurs, le système intégratif, le système de menaces et le système d’échange. L’implication de ses trois sous-systèmes sociaux dans la dynamique des politiques relationnelles se traduit par des phénomènes de communication et de signaux de marché. Nous précisons donc en quoi notre cadre conceptuel peut intégrer les caractéristiques de ces phénomènes.

L’articulation et la dynamique des politiques relationnelles constitue une préoccupation majeure des acteurs concurrents. Pourtant, si un nombre croissant de travaux en management stratégique se préoccupent des politiques d’alliance, force est de constater que le versant coopératif et collectif des politiques relationnelles souffre d’une certaine incomplétude. Les politiques d’entente auxquelles ne sont consacrés que des travaux du domaine économique et juridique, s’inscrivent en quelque sorte dans un non-dit du management stratégique. L’actualité nous le rappelle régulièrement. Deux facteurs intimement liés contribuent à une insuffisance de l’état de l’art en la matière : le caractère illicite des “pratiques anticoncurrentielles” qui restreint fortement leur observation et conséquemment le fait qu’en général l’analyse n’est produite qu’a posteriori, qui plus est après leur détection par les autorités chargées de la police de la concurrence. Notre recherche vise donc à palier cette insuffisante en étudiant de façon empirique des pratiques en cours. Elle se fonde sur l’étude en profondeur et exploratoire d’un cas sectoriel idoine. L’état d’avancement de la recherche, s’il ne permet de présenter que des résultats intermédiaires, autorise néanmoins quelques axes de réflexion.

Institutions et modes d'organisation

Auteur

Emmanuel JOSSERAND


Résumé

 

Les "institutions du capitalisme", firmes, marchés, contrats, formes hybrides se caractérisent par leur hétérogénéité, par la façon bien particulière dont chacune d'entre-elles organise les relations économiques et sociales, par la manière dont elles atteignent un certain niveau de cohérence. La prise en compte de cette singularité rend difficile la catégorisation d'une entité donnée puisque cette entité ne saurait être ni pur marché, ni pure hiérarchie ni forme hybride particulière et répertoriée. La notion d'idéal-type pour représenter une catégorie d'organisations est sans doute utile mais également de portée limitée tant on peut s'attendre à un panachage complexe et imprévisible des idéaux-types.

L'analyse, la compréhension d'une institution particulière, de sa cohérence, de la façon dont elle organise les relations économiques et sociales ne peut donc se faire que par rapport à des principes généraux d'organisation ayant eux-mêmes une portée idéal-typique. L'idée de mode de contrôle développée par Ouchi (80) et élargie par Jarillo (88) aux modes d'organisation répond à cette exigence. Il s'agit bien de propriétés idéal-typiques permettant de rendre compte de la cohérence organisationnelle et susceptibles d'expliquer le fonctionnement de toute institution.

Elles ont, en outre, pour avantage de permettre une compréhension approfondie de l'apparition de formes hybrides, panachant les modes d'organisation de manière complexe et nécessairement paradoxale (elles sont à la fois marché, bureaucratie, réseau,...).

Le nombre important de recherches publiées sur la firme en réseau permet de bien illustrer la façon dont la construction de typologies et l'analyse de formes organisationnelles sans utiliser la notion de mode d'organisation rend difficile l'atteinte d'un consensus et la compréhension d'organisations qui, quoique fort différentes, sont répertoriées sous la même étiquette de "réseau". Une analyse des reproches adressés à la théorie des coûts de transaction montre la même limite dans la façon dont ses tenants raisonnent.

La notion de mode d'organisation doit d'autre part être précisée. Tout d'abord, en réaffirmant, en accord avec Jarillo (88), qu'il existe quatre modes d'organisation : le marché, la bureaucratie, le clan et le réseau. Ensuite, en proposant une illustration pratique de la forme que ces modes d'organisation peuvent prendre dans le cas particulier de la firme.

Une interrogation primordiale a trait à la façon dont ces modes d'organisation se combinent au sein d'une entité donnée. L'étude des paradoxes nous permettra de proposer un certain nombre d'éléments de réponse.

Formulations des métiers dans le secteur bancaire: une analyse fondée sur l'identification des compétences de l'organisation

Auteur

Eric LAMARQUE


Résumé

Une approche socio-cognitive de la décision stratégique: le cas B.S.C.

Auteur 

Jacques LAURIOL


Résumé

Contexte juridique et stratégies relationnelles: le cas des systèmes de distribution de produits industriels

Auteur

Joan LE GOFF


Résumé

Le début des années quatre-vingts a vu s'ouvrir une phase de remise en question des fondements théoriques du marketing, principalement du fait des bouleversements subis par le marché. Arndt (1979) souligne, le premier et de manière provocante, l'obsolescence de la vision traditionnelle du marché et la nécessité d'adopter un nouveau cadre d'analyse. L'auteur propose le concept de « marché concerté », caractérisé par des relations à long terme et le remplacement du mécanisme explicatif pavlovien stimulus/réponse par l'idée d'« influence réciproque contrainte » entre les firmes concernées. En modifiant le champ d'application, l'unité d'analyse et l'horizon temporel du marketing, Arndt élargit les perspectives de la discipline : « aux quatre P traditionnels (produit, prix, promotion et place), il faut ajouter un cinquième P : la politique au sens large, c'est-à-dire l'administration efficace des relations, qu'elles soient de type classique ou symbiotique ».

On le voit, avec l'intégration des progrès de l'économie industrielle – notamment les travaux de Williamson (1975) sur les coûts de transaction – et l'ouverture du marketing aux disciplines telles que le droit et la théorie des organisations, Arndt se dirige indéniablement vers « une théorie du marketing avec une orientation stratégique », pour reprendre le titre de l'article de Day et Wensley (1983). Ces chercheurs placent les concepts d'échange et de système au coeur de leur réflexion et revendiquent clairement la dimension stratégique du marketing : les références aux travaux de Chandler (1972) et au schéma structure/stratégie/performance sont explicites.

Aussi, de plus en plus, les relations inter-entreprises deviennent un objet d'étude à part entière, tout autant d'ailleurs en marketing qu'en stratégie ou en économie. Dès lors, comment ne pas observer avec attention le lieu privilégié d'échanges que constitue le système de distribution ? Il forme, selon Micallef (1990), la théorie centrale d'un paradigme unique du marketing et n'a été, aux yeux de certains (Reve et Stern, 1979), que trop négligé par les chercheurs en organisation. Il représente pourtant un champ d'analyse particulièrement riche et facilite l'argumentation de nouvelles propositions, à l'image de l'utilisation qui en fut faite pour illustrer le concept de réseau (Thorelli, 1986).

Ainsi, à l'heure où le marketing se confronte à des modèles issus de champs disciplinaires connexes, les innombrables transactions qui adviennent entre les membres d'un système de distribution s'avèrent un terrain fertile et semblent pouvoir être retenues comme thème de recherche. Or, les échanges entre les différents acteurs de la distribution renvoient inévitablement, d'une part, aux multiples contrats (formalisés ou non) qui régissent cette activité d'interface entre production et consommation et, d'autre part, aux variables environnementales qui contraignent peu ou prou les processus d'échanges.

Ce constat est à l'origine d'une question de recherche centrée sur les notions de relations entre firmes et d'environnement. Notre problématique peut donc se poser en ces termes : comment des contextes juridiques distincts – notamment en favorisant des modes de coordination inter-entreprises privilégiés – influencent-ils les politiques relationnelles des membres d'un système de distribution de produits industriels ?

Introduction

Auteur

non renseigné


Résumé

La crise économique actuelle a profondément modifié les logiques industrielles qui avaient cours depuis la seconde guerre mondiale. Durant les années 80, la pression concurrentielle s'est accentuée entre les différents acteurs de la vie économique sous la pression de l'excès de capacité de production, l'apparition de nouveaux concurrents et la saturation des marchés (Saias et Greffeuille, 1992). L'innovation technologique est alors apparue comme une voie de sortie. Les décisions technologiques sont ainsi devenues des éléments cruciaux dans le développement des entreprises car elles contribuent pour une grande part à la rentabilité, à la croissance et à la survie à long terme des entreprises (Geroski and Machin, 1992). C'est pourquoi de telles décisions doivent être prises dans le cadre plus large des orientations stratégiques de chaque entreprise pour assurer un rendement économique optimal (Kantrow, 1980).

Les dirigeants sont cependant confrontés à un paradoxe fondamental : la gestion de la technologie n'a jamais été aussi importante et pourtant le maintien d'un avantage concurrentiel fondé sur la technologie n'a jamais été aussi difficile (Clark, 1989). Les discontinuités technologiques et le flux de nouveaux produits issus de ces technologies érodent, en effet, rapidement les positions concurrentielles. Comme le soulignait Porter (1985, p. 203): “De tous les facteurs qui peuvent modifier les règles de la concurrence, le progrès technologique est à coup sûr l'un des plus importants.” Ces tendances ont contribué à une évolution, voire une révolution, dans la place que tiennent les produits, les processus et la technologie dans la construction de la politique générale et la rentabilité des entreprises (c.f. les travaux du G.E.S.T).

Parallèlement à cette importance croissante de l'innovation technologique, l'attention portée aux jeunes entreprises innovantes n'a cessé de s’accentuer au cours des années 80. Beaucoup d'observateurs s'accordent actuellement pour reconnaître le rôle crucial que jouent les jeunes entreprises de la haute technologie dans la prospérité future des économies nationales industrielles (Oakey et al, 1988, p 3). Si l'importance relative de ces entreprises a augmenté dans la part de l'emploi, la valeur ajoutée et les exportations (Problèmes économiques, 1994), la majeure partie des travaux en management stratégique concernent essentiellement les grandes entreprises établies avec des domaines d'activité variés. Ces jeunes entreprises sont confrontées cependant à des problèmes similaires. Ils se posent même de manière accrue du fait de leurs moyens financiers plus limités. Nous allons voir dans cette étude si les jeunes entreprises peuvent protéger leurs innovations des imitateurs.

La fusion comme source d'évolution organisationnelle: analyse du processus de variation - sélection - rétention de nouvelles pratiques dans la mise en oeuvre d'une fusion

Auteur

Frédéric LEROY

Bernard RAMANANTSOA


Résumé

Cette étude entend analyser un processus de fusion entre deux organisations et plus particulièrement comment une fusion peut être comprise dans le cadre de la théorie évolutionniste des organisations ("Evolutionary Theory") comme un processus de variation-selection-rétention de nouvelles pratiques. Nous étudions ici comment de nouvelles pratiques peuvent être transférées et institutionnalisées durant le processus de mise en oeuvre de la fusion puis stabilisées dans la nouvelle entité créée.

La fusion confronte deux corpus de pratiques organisationnelles, de routines, d'outils et de systèmes, de styles de management et de manière de se comporter. Cette confrontation permet de comprendre la fusion comme une source de variation organisationnelle importante. Il est alors intéressant d'analyser comment l'organisation se modifie, selon quels processus et de déterminer l'impact de cette variation. La fusion génère de la variation. La question est alors de savoir si cette variation se transforme en variété organisationnelle, c'est-à-dire si l'organisation soumise à variation se transforme de manière significative par l'adoption de nouvelles pratiques ou si son profil n'est pas profondément modifié.

Nous essayons donc d'analyser ici comment de nouvelles pratiques sont sélectionnées puis progressivement retenues par la nouvelle entité résultant de la fusion. Nous essayons aussi de repérer quels obstacles à leur institutionnalisation dans l'organisation peuvent rencontrer ces nouvelles pratiques, quels sont les facteurs d'inertie freinant le changement organisationnel.

Veille stratégique: comment sélectionner les informations pertinentes?

Auteur

Humbert LESCA


Résumé

Dans ce qui suit, après avoir rappelé les définitions de base et mis en évidence l'importance du problème de la sélection des informations dans la veille stratégique (1ère partie), nous proposons une méthodologie pour effectuer cette sélection (2ème partie). Cette méthodologie, utilisée à plusieurs reprises dans différentes entreprises, est maintenant bien validée pour l'essentiel (3ème). Cependant la validation a mis en lumière de nouvelles pistes de recherche concernant le concept de pertinence. C'est ce que nous verrons en présentant nos résultats (4ème partie).

Fonction "contrôle de gestion" et notion de partage: quels enseignements?

Auteur

Katia LOBRE


Résumé

La remise en cause du contrôle de gestion est un thème de réflexion récurrent depuis plusieurs années.

Une majorité des recherches qui s’y sont attachées s’intéressaient plus particulièrement à la remise en cause des méthodes et outils du contrôle de gestion, généralement issus des principes tayloriens du début du siècle [LORINO 91]. S’il est indéniable que la recherche et la conception de nouvelles méthodes et de nouveaux outils de contrôle adaptés au contexte actuel des organisations sont nécessaires, ceux-ci débouchent également sur des problèmes « identitaires » du contrôle de gestion. Ils se traduisent notamment par des difficultés au niveau de l’organisation du contrôle.

De façon plus précise, s’intéresser aux problèmes « d’identité » du contrôle de gestion conduit à s’interroger sur son rôle, sa position dans les structures organisationnelles, ses acteurs, son existence en tant qu’entité identifiée au sein de l’organisation...

Les problèmes identitaires du contrôle émergent de la conjonction de différents facteurs. En effet, les définitions du contrôle de gestion évoluent, et amènent aujourd’hui à le considérer comme un processus transversal. Il répond en cela, d’une part à un besoin de décloisonnement global dans l’entreprise et d’autre part à la nécessité d’un retour de la pertinence dans les indicateurs et les modèles de gestion. Pourtant, l’identité du contrôle semble rester très attachée à son existence fonctionnelle dans la structure. Toutefois, et dans le même temps, celle-ci paraît remise en cause par la multiplication des modes d’organisation des activités du contrôle de gestion.

Dans ce contexte, la nécessité d’une gestion transversale (au niveau global de l’entreprise) apparaît centrale dans l’émergence des problèmes identitaires du contrôle de gestion. Elle pourrait avoir pour conséquence un déplacement de l’objet du contrôle, qui le conduirait à évoluer lui-même vers plus de tranversalité, et donc vers le partage.

La qualité en milieu industriel: quel management?

Auteur

non renseigné


Résumé

Des processus organisationnels à la trajectoire stratégique de l'organisation: le paradigme managérial dominant, un modèle intégré de la décision stratégique

Auteur

François MANGIN


Résumé

Validité du concept de "groupes stratégiques"

Auteur

Ababacar MBENGUE


Résumé

Le concept de «groupes stratégiques» occupe désormais une place centrale dans le domaine de la stratégie concurrentielle (Porter 1980; McGee et Thomas, 1986; Hatten et Hatten, 1987; Thomas et Venkatraman, 1988). Les «groupes stratégiques» représentent des sous-groupes d'entreprises qui, au sein d'un secteur d'activité donné, suivent des stratégies proches ou similaires. Depuis son invention par Hunt (1972), ce concept a été développé et enrichi par de nombreux travaux aussi bien théoriques qu'empiriques. Les meilleures revues de cette littérature sont proposées par Cool (1985), McGee et Thomas (1986), Hatten et Hatten (1987) et Thomas et Venkatraman (1988).(*)

On trouve dans la littérature existante de nombreuses méthodologies et procédures très fines d'identification des groupes stratégiques (Cool, 1985; Fiegenbaum et Thomas, 1990; Mascarenhas et Aaker, 1989; Thomas et Venkatraman, 1988). Malheureusement, il apparaît que peu d'attention a été porté aux propriétés des mesures utilisées pour opérationaliser les groupes stratégiques. Ainsi, les auteurs ont toujours considéré que les groupes stratégiques constituaient un concept unidimensionnel. En conséquence, ils ont continué de proposer et d'utiliser des mesures des groupes stratégiques sans recourir aux tests qui permettraient d'évaluer la dimensionalité, la fiabilité et la validité de ces mesures. Or, il est certain que l'absence d'une évaluation systématique de l'adéquation des mesures réduit considérablement la crédibilité des résultats obtenus, ce qui a pour conséquence de rendre discutable toute considération normative -par exemple des implications managériales- qui serait dérivée de tels résultats.

La présente recherche veut aller plus loin que les travaux antérieurs en examinant la validité du concept de groupe stratégique. Elle comprend quatre grandes parties. La première partie contient une discussion de la base théorique qui peut conforter l'idée selon laquelle les groupes stratégiques sont un concept multidimensionnel. La deuxième partie présente la méthodologie de collecte et d'analyse des données. Les résultats empiriques figurent dans la troisième partie alors que la quatrième partie contient une discussion des implications de la recherche et indique des axes de recherche future.

Diagnostic: comportements managériaux et performances financières en PME

Auteur

Guy MICHOUD


Résumé

Les défaillances d'entreprises qui affectent plus particulièrement les PME sont en constante croissance. Il se pose donc le problème crucial de la détection de ces défaillances. Jusqu'à maintenant, les seuls outils utilisés restent ceux de l'analyse financière qui ne considèrent que les conséquences et non les causes des dysfonctionnements, d'où une valeur prédictive trop limitée dans le temps. Les résultats financiers de l'entreprise sont la conséquence de la mise en oeuvre d'une stratégie, même implicite, qui implique principalement le chef d'entreprise dans ses comportements. Dans le processus de prévision des difficultés, afin de nous situer le plus en amont possible, nous avons identifié les typologies de comportements des dirigeants et nous les avons croisées avec les performances de leur entreprise, en recherchant des corrélations entre comportements et performances afin de pouvoir utiliser ces corrélations comme indicateur de difficultés des entreprises.

La théorie de l'habitus de Pierre Bourdieu et la psychologie dynamique d'inspiration psychanalytique: quels apports pour la théorie de la rationalité?

Auteur

Philippe PAILOT


Résumé

Analyse exploratoire des synergies opérationnelles et managériales mises en oeuvre dans les diversifications de PME

Auteur

Marie-Hélène PASTORELLO


Résumé

Cet article s'intéresse aux modes d'appréhension et de compréhension, par les dirigeants de P.M.E. diversifiées, des synergies existant entre les diverses activités de l'entreprise. Il met en évidence les composantes de la synergie et distingue deux niveaux : une synergie opérationnelle et une synergie managériale, pas toujours d'égale importance et pas toujours perçues de façon identique par tous les dirigeants d'une même entreprise. La dimension managériale a été approfondie par l'analyse des concepts de savoir-faire managérial et de Logique Dominante de Management. Cette recherche a également permis de construire un outil d'application pour la P.M.E., destiné à mettre en évidence les liens entre activités, ex-ante ou ex-post, la réalisation de la manœuvre stratégique que constitue la diversification.

L'intégration de la démarche d'intelligence économique dans le management stratégique

Auteur

Jean-Louis LEVET

Robert PATUREL


Résumé

Dans l'article présenté, nous proposons de poser des bases méthodologiques permettant de repérer ou de caractériser les pratiques d'intelligence économique des entreprises. L'intelligence économique se situe comme un prolongement et non comme un substitut aux méthodes de management de l'entreprise. Il s'agit ainsi de passer d'une prise en compte relativement passive à une organisation active, voire proactive, considérant l'environnement et l'information comme des variables stratégiques sur lesquelles l'entreprise peut agir (cas des facteurs de l'environnement global par le lobbying ou de ceux de l'environnement spécifique) ou qu'elle-même peut façonner (surtout l'environnement spécifique).

L'OR: une réserve stratégique de compétitivité (méthodologie de développement stratégique de l'Organisation Réseau)

Auteur

Johann VALLERAND

Benoit MONTREUIL

Robert PATUREL


Résumé

La gestion du changement organisationnel: articulation de représentations ambivalentes

Auteur

Véronique PERRET


Résumé

La gestion des processus de changement organisationnel renvoie à une problématique large de l’action délibérée sur des systèmes organisés et complexes. La première partie de cet article présentera de manière théorique les implications de cette conception du pilotage de changement. Un angle d’approche de cette problématique en terme de représentations sera adoptée afin de permettre la prise en compte d’une dimension contextuelle susceptible de fournir des éléments d’analyse quant à la nature et aux difficultés de l’action intentionnelle de changement.

Après avoir brièvement présenté la méthodologie et le contexte de l’étude de cas effectuée dans une grande entreprise monopolistique française, nous présenterons une partie des résultats de cette recherche au travers d’un panorama du changement comme objet de représentation.

La structure ambivalente des représentations du changement, qui constitue l’un des principaux résultats de l’étude nous servira de base à une réflexion sur la nature du processus de gestion du changement organisationnel.

Des alliances stratégiques aux alliances logistiques

Auteur

Pascal PICARD


Résumé

Notre recherche fait suite à une série de travaux initiée au sein du GREGEOI - Groupe de Recherche et d'Etude sur la Gestion et l'Entreprise dans l'Océan Indien. L'objectif de ce groupe est d'étudier le fonctionnement des organisations, en particulier des PME/PMI dans le contexte spécifique des économies de l'Océan Indien, caractérisées par l'éloignement et l'insularité. L'alliance stratégique permet de partager les ressources et constitue ainsi un moyen de développement privilégié pour les entreprises. La logistique dans sa nouvelle formulation offre un angle d'approche original d'accès à la stratégie de l'entreprise. Elle permet de mettre en avant des comportements difficiles à observer directement (Boyer, 1995). Depuis peu, de nouvelles formes d'alliances basées sur l'échange de compétences logistiques émergent dans le monde économique. Cette émergence est le signe de l'importance sans cesse croissante qu'occupe la logistique au sein des entreprises et du besoin d'établir des relations durables entre les divers partenaires. Les chercheurs commencent à s'intéresser à ce concept, notamment les logisticiens. Les quelques travaux effectués jusqu'à maintenant ne permettent pas cependant de bien cerner le concept et présentent encore de nombreuses zones d'incertitude.

L'objectif de notre recherche sera d'apporter une contribution complémentaire afin d'améliorer la connaissance du problème. Le terrain particulier sur lequel portera notre recherche mérite quelques remarques préliminaires. Après avoir défini le cadre de recherche (1), la problématique (2), et la méthode de validation (3), la conclusion portera sur les premiers résultats d'une étude exploratoire réalisée dans un Territoire Périphérique Insulaire (TPI) : la Réunion (4).

Recherche-action, méthodes d'observation et management stratégique

Auteur

Jean-Michel PLANE


Résumé

Le concept de recherche-action, bien qu'ambivalent dans la mesure où il tente de rendre compatible théorie et intervention, occupe une place, semble-t-il, de plus en plus importante dans les sciences sociales et en particulier en sciences de gestion. Les sciences humaines, comme l'a notamment montré Jean PIAGET, se trouvent en présence d'une situation épistémologique et de problèmes méthodologiques qui leur sont plus ou moins propres. Les sciences de l'homme, en effet, présentent la particularité d'être placées en cette position particulière de dépendre de l'homme à la fois comme sujet et comme objet, ce qui soulève une série de questions particulières, difficiles et surtout complexes. A propos de ces problèmes complexes, on peut relever que cette complexité est fortement liée au fait que le sujet qui observe ou expérimente sur lui-même ou autrui, peut être, d'une part, modifié par les phénomènes observés, et, d'autre part, source de modifications quant au déroulement et à la nature même de ces phénomènes. L'objectif de ce papier est de tenter de mettre en évidence les processus d'interactions qui peuvent se produire entre des chercheurs et des acteurs dans le cadre de recherches-actions réalisées au sein de diverses organisations. Dans cette perspective, nous tentons de poser dans un premier temps les problèmes théoriques et méthodologiques posés par la rechercheaction. Dans un second temps, nous nous efforçons d'esquisser une approche ethnométhodologique des pratiques de management stratégique.

L'externalisation des activités immatérielles des entreprises

Auteur

Jean-Jacques PLUCHART


Résumé

Les stratégies d'externalisation des activités des entreprises focalisent actuellement l'attention des théoriciens comme des praticiens du management stratégique et du développement des ressources humaines de l'entreprise. Une décision d'externalisation engage un processus complexe - et apparemment irréversible - de natures à la fois technologique, économique et social, dont l'analyse constitue l'objet de la présente recherche actuellement en phase exploratoire. L'entreprise engagée dans un mouvement de repli sur son métier de base - généralement assorti d'une externalisation de certaines de ses tâches immatérielles - affronte en effet une logique particulière de changement. Cette mutation peut être considérée par les salariés de tous niveaux de l'entreprise, comme une rupture, en raison notamment de sa double dimension : praxéologique - par les actions qu'elle entraine - et axiologique - par les valeurs qu'elle contient (P. LOUART, 1995).

C'est pourquoi les dirigeants des entreprises "externalisatrices" s'efforcent de trouver de nouvelles voies de consensus entre les acteurs impliqués - à la fois internes (salariés) et externes (actionnaires, sous-traitants, fournisseurs, clients ...) - par des discours stratégiques visant à "donner à leurs décisions des significations acceptables pour l'action collective". La construction de tels "discours d'interprétation" est rendue difficile par la nature paradoxale de leur objet : "conférer un sens collectif aux transferts d'activités, et donc d'emplois, à des tiers". C'est pourquoi les décisions de gestion portant sur le transfert de "fonctions d'intelligence" de l'entreprise, doivent - probablement plus que tout autre acte de gestion - être "contextualisées" par des modes de représentations particulières de l'organisation dans son environnement spécifique. Ce dernier a en effet "une objectivité que chacun traduit subjectivement par un "contexte" "ou "discours sur l'environnement"), qui est tout aussi fondamental que l'environnement lui-même, puisqu'il est à la base de la réactivité des individus ..." (J. GIRIN, 1990). Le dirigeant d'une P.M.E. engagée dans une stratégie d'externalisation de ses services, est ainsi tenu de "construire un champ opératoire favorable à l'action, en le rendant pleinement intelligible aux différents acteurs impliqués, internes et externes".

Les processus de représentation et les constructions de ces discours doivent donc "s'imposer" aux acteurs pour provoquer la "mutation cognitive suffisante à entraîner un véritable changement comportemental" (J. PIAGET, 1974). Elles s'inscrivent donc dans "un processus cognitif d'apprentissage organisationnel" (L. ARGYRIS et D. SCHÔN, 1978). Confrontés à un environnement complexe, les dirigeants d'entreprises prennent en effet des décisions et symbolisent leurs actions en fonction de leurs propres représentations des organisations qu'ils contrôlent : "ils subissent et influencent à la fois le système qu'ils ont la charge de contrôler". L'analyse de leurs démarches fait notamment appel aux concepts de complexité cognitive, objet d'études de plus en plus approfondies depuis que K. LEWIN en a jeté les bases en 1951.

La stratégie chinoise de négociation

Auteur

Jean-Jacques PLUCHART


Résumé

La négociation est généralement définie comme un processus dynamique par lequel plusieurs parties (au moins deux) tentent de résoudre un "conflit", actif ou latent, qui les oppose, et de rechercher librement un "accord". Le conflit (opposition d'opinions et/ou d'intérets) est "omniprésent et inévitable": "il ne peut être entièrement supprimé ni totalement éliminé ; néanmoins, il peut être géré, canalisé ou contenu" (J. ROJOT, 1994). C'est pourquoi la négociation est au centre des activités humaines, au point que I. W. ZARTMANN (1976) a pu affirmer que la société actuelle traverse "l'âge de la négociation". Selon ce dernier, huit écoles de pensée s'affronteraient sur le terrain de la négociation: "historique, contextuelle, structurelle, stratégique, par types de personnalités, par capacités comportementales, par variables processuelles, procédurale". L'analyse de la négociation mobilise un nombre croissant de disciplines : les sciences économiques et de gestion (J. ROJOT, 1994), la psychologie sociale (notamment J.D. REYNAUD, 1989), la science politique (notamment C. LEEDS, 1993 ; R.D. PUTNAM et alii, 1993), les théories des jeux et de la décision (H. RAIFFA, 1982)... La négociation, en raison de son universalité et de sa transversalité, constitue en effet un champ favorable d'expérimentation des théories nouvelles. L'approche chinoise - qui demeure non formalisée - semble être demeurée immuable depuis plus de deux millénaires (ZHAO FUSAN, 1982).

L'ouverture économique de la Chine, à partir de 1978, a relancé le dialogue entre décideurs occidentaux et chinois. Le "monde sinisé" regroupe la Chine et l'ensemble des territoires d'Asie-Pacifique sous influence de la "diaspora chinoise". Son renouveau actuel repose sur une forme de "capitalisme sans complexes" (P. DELLEUR, 1993). Une législation "parfois diffuse" a en effet autorisé la constitution de "joint ventures" entre sociétés chinoises et étrangères, dans des "zones économiques spéciales", instaurant une nouvelle forme "d'économie socialiste de marché". (I. CHOI - BELLANGER, 1994). De nombreux partenariats y ont été noués avec des entreprises américaines et européennes, mais surtout japonaises et coréennes, attirées par "le grand marché de plus d'un milliard de consommateurs". Les transferts de technologies y ont été préférés par les autorités chinoises aux importations de produits finis et d'usines "clés-en-mains" (rapport des Nations Unies,1993).. Les négociateurs sont généralement surpris par la "différence chinoise". Le "dualisme des approches chinoises" suscite particulièrement leurs interrogations: alternance entre "ouverture" et "fermeture" des marchés; dilemme entre "changement" et "immobilisme" - "tout changer pour ne rien changer" (R.LEW,1992) -; relation de "partenariat-concurrence" entre combinats chinois et sociétés étrangères; hybridation des intérêts publiques et privés, nationaux et locaux ...

La stratégie chinoise de négociation s'avère en effet difficilement réductible aux modèles d'analyse occidentaux . Certaines "règles du jeu", fondées sur les notions usuelles d'équité, de responsabilité, de pouvoir, d'intérêt ..., semblent en particulier faire l'objet d'interprétations différentes entre interlocuteurs chinois et étrangers (V. CABLE, P. FERDINAND, 1994).

L'importance des enjeux et la complexité des obstacles attachés à la conquête des "trois triangles chinois" (Chine, "Dragons" et Asie-Pacifique" ), ont conduit un nombre croissant d'ingénieurs et de cadres commerciaux, de chercheurs et de consultants, à s'initier aux arcanes de la négociation chinoise . L'université d'Harvard a ouvert un nouvel enseignement sur "l'humanisme confucéen", qui connait un succès grandissant. Pourtant, la littérature académique et les nombreux guides pratiques sur l'art de négocier, semblent n'y porter qu'un intérêt anecdotique. Le management stratégique de l'entreprise emprunte certaines de ses approches à "l'art chinois de la guerre" (notamment pratiqué par SUN TZU), sans toutefois en dégager des théories finalisées. La pratique chinoise du "jeu de go", enseignée dans certaines écoles et entreprises, s'avère difficilement transposable à des situations concrètes de négociation. Cette distance est-elle en particulier imputable à "l'intransposabilité des expériences,- le modèle chinois n'étant qu'un modèle pour les chinois" (A. PEYREFITTE, 1973)?

Les nouvelles stratégies des chaebols coréens

Auteur

Jean-Jacques PLUCHART


Résumé

Vers une approche sociologique de la mort organisationnelle

Auteur

Corinne POROLI


Résumé

La recherche en gestion s’est longtemps focalisée sur les problématiques liées à la performance des organisations. Cependant, plus récemment, certains chercheurs se sont intéressés aux difficultés que peuvent rencontrer les organisations. A cet égard, les travaux sur le déclin et la mort organisationnels font partie d’un domaine de recherche émergent en gestion.

L’étude de problématiques relatives à la mortalité des organisations nous semble intéressante à double titre. Tout d’abord, la littérature sur ce thème, certes développée ces dernières années, n’en reste pas moins embryonnaire et requiert des contributions supplémentaires. Par ailleurs, comprendre la mort organisationnelle peut entraîner des retombées empiriques non négligeables pour les très nombreuses entreprises dites «défaillantes».

L’objectif de notre recherche est d’apporter une vision sociologique de la mort organisationnelle. Notre intention est d’étudier le devenir du réseau social sous-jacent à une organisation après la mort juridique de cette dernière.

Dans un premier temps, nous tenterons de fournir une revue de la littérature sur le thème du déclin et de la mort organisationnelle. Ces deux concepts de « déclin » et de « mort » organisationnels font partie d’une même thématique de recherche. En effet, très souvent, les auteurs qui ont étudié le déclin se sont également penchés sur la mort qui peut en résulter, et ceux qui ont choisi pour objet d’étude la mort organisationnelle ont été amenés à étudier les causes de cette mort, ce qui revient, d’une certaine manière, à s’intéresser au déclin organisationnel. Ensuite, nous dégagerons notre propre question de recherche qui s’articule autour des concepts de mort organisationnelle et de réseau social. Puis, nous tenterons de rendre compte de notre cadre théorique de référence qui s’appuie sur une approche sociologique de l’organisation. Et enfin, nous élaborerons notre conceptualisation de la mort organisationnelle et fournirons quelques aspects méthodologiques de notre recherche.

Comprendre les alliances de PME (à partir d'une base de connaissances construite sur les préoccupations de l'entrepreneur)

Auteur

Dominique PUTHOD


Résumé

Compétence stratégique et ritualisation sociale de l'environnement: la formation des stratégies selon une approche structurationniste

Auteur

Linda ROULEAU


Résumé

En janvier 1995, la revue Journal of Management Studies publiait un article dans lequel les auteures proposaient une nouvelle classification des approches en stratégie et suggéraient l’émergence, depuis le début des années 1990, d’un courant critique dans ce domaine d’étude et d’application (Rouleau et Séguin, 1995). C’est en définissant la stratégie comme un objet d’étude et en s'intéressant à l'expérience matérielle et symbolique de ce type d’activité que de plus en plus d’auteurs présentent une manière différente de concevoir la formation des stratégies et proposent ainsi de nouvelles perspectives en management stratégique (Knights et Morgan, 1990; Knights, 1992; Westley, 1990; Whittington, 1989). Dans la foulée de ces derniers, ce texte propose une nouvelle manière de comprendre la formation des stratégies en posant le problème de la production et de la reproduction sociales de l'action dans les organisations.

Au lieu de représenter la formation des stratégies comme choix ou comme processus, nous suggérons de l'envisager telle qu'elle est socialement structurée dans le cours ordinaire de l'action. Jusqu'à maintenant, la plupart des connaissances en stratégie, qu'il s'agisse des approches rationnelles ou des approches processuelles, rendent compte de leur formation à partir des liens que les gestionnaires, particulièrement ceux du sommet, entretiennent avec un environnement qui, la plupart du temps, est représenté comme s'il était une réalité existant à l'extérieur de l'organisation. Or, la séparation gestionnaire/environnement est une distinction formelle qui sert à représenter l'action plutôt qu'à contribuer directement à sa transformation. Dans la réalité quotidienne du gestionnaire, le marché n'existe pas en soi. Il en est de même pour le système concurrentiel. Les gestionnaires font directement affaire avec un grand nombre d'individus dont certains sont leurs clients alors que d'autres font partie des réseaux de l'entreprise (fournisseurs, membres de diverses communautés, représentants de l'État, etc.). C'est dans ces nombreuses rencontres quotidiennes que, selon l’expression consacrée, les stratégies «émergent».

La réflexion que nous proposons commence par faire état de la nécessité de dépasser les formes discursives modernistes qui caractérisent les connaissances en stratégie. Nous traçons par la suite les grandes lignes d'un cadre d'analyse qui examine la formation des stratégies selon une approche structurationniste. Puis, nous présentons la démarche empirique de la recherche à partir de laquelle ce cadre d’analyse a été mis à l’épreuve. Il s’ensuit un certain nombre de réflexions et commentaires concernant les résultats de cette démarche sur le terrain. L’exercice permet de dégager deux nouveaux construits, celui de compétence stratégique et celui de ritualisation sociale de l'environnement. Pour conclure, les principes sous-jacents à une approche structurationniste de la formation des stratégies sont mis en relief en même temps que sont discutées la pertinence théorique et la pertinence pratique de cette nouvelle perspective pour le management stratégique des organisations.

L'apprentissage organisationnel comme processus de développement des compétences centrales de l'entreprise: l'exemple de la gestion des crises à Électricité de France.

Auteur

Christophe ROUX-DUFORT

Emmanuel METAIS


Résumé

Cet article propose d'articuler deux notions fondamentales de la pensée stratégique contemporaine : apprentissage organisationnel et compétence de l'entreprise. Plus précisément, il s'agit de comprendre en quoi une entreprise, grâce à l'apprentissage, parvient à capitaliser du savoir et de l'expérience pour développer une compétence stratégique donnée. En s'intéressant à la gestion des crises chez EDF, les auteurs montrent comment une organisation, en intégrant systématiquement les changements et les enseignements de son environnement, a développé un processus d'apprentissage lui permettant d'améliorer et de renouveler progressivement sa compétence en matière de gestion des risques industriels. Au-delà de la simple description des phénomènes liant compétence et apprentissage, l'objectif de ce travail consiste à comprendre comment une entreprise est susceptible, malgré un contexte d'incertitude évident (et in fine grâce à lui), de se constituer un avantage concurrentiel soutenable.

Le développement d'agglomérations technologiques concurrentielles dans l'industrie canadienne de la biotechnologie

Auteur

Vincent SABOURIN

Isabelle PINSONNEAULT


Résumé 

Cette recherche examine le développement d'agglomérations technologiques concurrentielles dans l'industrie de la biotechnologie. La recherche étudie plus particulièrement la compétitivité de trois grappes technologiques de l'industrie canadienne de la biotechnologie : la santé, l'agro-alimentaire et l'environnement. Elle met en lumière la façon dont le développement d'agglomérations technologiques concurrentielles repose sur la mise en valeur de quatre ressources stratégiques, soit : la main-d'oeuvre scientifique hautement qualifiée, les ressources sur le plan des connaissances, les infrastructures technologiques et les ressources financières.

Le processus de démarrage en petite entreprise. Complexité du système de gestion et émergence de scénarios de démarrage.

Auteur

Sylvie SAMMUT


Résumé

À qui profitent les stratégies d'assurance qualité? Essai d'analyse du partage de la valeur économique

Auteur

Henri SAVALL

Véronique ZARDET


Résumé

Les démarches ou programmes d'assurance qualité dans les entreprises françaises font l'objet depuis deux à trois ans d'un engouement particulièrement fort ; or, ces démarches sont coûteuses, et constituent donc semble-t-il de véritables décisions porteuses d'engagements financiers tout à fait significatifs dans les contextes actuels de perte de rentabilité. Nous nous sommes donc intéressés depuis quelques années, à l'observation, au sein d'entreprises françaises de la conduite de ces démarches. Plus récemment, en 1995, nous avons conduit une étude en Rhône-Alpes sur les effets des démarches qualité sur la gestion des ressources humaines. Cet article présentera la méthodologie et les hypothèses de notre recherche (section 1), puis les résultats de notre enquête (section 2) avant d'analyser les impacts des démarches d'assurance qualité sur les performances et l'efficacité des entreprises concernées (section 3).

Stratégie - information: une affaire de sens?

Auteur

Nathalie Schieb-Bienfait


Résumé

Malgré la profusion de recherches et travaux sur les relations Information – Stratégie depuis les années 60, le statut et le rôle de l’information ont peu varié dans les pratiques organisationnelles, qui, plus ou moins implicitement, renvoient aux modèles postulant une disponibilité de l’information mais aussi une abondance informationnelle quasi naturelle.

Certes les contributions de différents chercheurs, en particulier les théoriciens de l’émergence, (COHEN, OLSEN, MARCH 1991, WEICK 1969/1979...) ont mis à jour des pratiques informationnelles « déviantes », inattendues, insolites invitant ainsi à revoir concepts, modèles et outils afférant aux relations Information - Stratégie. Avec quelques années de recul, on constate aujourd’hui que leurs travaux ont eu relativement peu d’effet sur l’ingénierie organisationnelle ; à ce jour, on ne peut que déplorer un certain déphasage (HIRSCHHEIM & NEWMAN 1991, BOLAND 1987) entre les pratiques révélées par ces théoriciens et les dispositifs développés par le courant de l’ingénierie de l’information.

Le propos ici n’est pas de procéder à un recensement des différents travaux et débats traitant de la délicate problématique des relations Information - Stratégie ; nous avons préféré apporter un éclairage plus particulier sur le rôle de l’information dans la concrétisation d’une intention stratégique, afin de témoigner du caractère parfois caduque mais aussi pervers de certains principes régissant ces relations.

A partir d’une étude clinique, menée dans une grande entreprise publique française, FRANCE TELECOM, nous avons cherché à mieux comprendre par quels processus l’information s’est articulée et a pu contribuer au processus stratégique des réseaux câblés.

Dans cette communication, nous nous attachons plus particulièrement à identifier des voies de (re)-conciliation, de convergence entre les deux courants des sciences de gestion ci-nommés ; c’est-à-dire des voies qui soient susceptibles de constituer des perspectives de recherche à explorer, en vue d’un repositionnement de la problématique des relations Information - Stratégie.

Pour une définition opérationnelle et une modélisation de la mémoire organisationnelle

Auteur

Martine SEVILLE-GIROD


Résumé


Exemples d'action stratégique dans les compétitions technologiques à externalités de réseau

Auteur

Albéric Tellier


Résumé

Il est maintenant admis que bon nombre de secteurs industriels, notamment ceux de haute technologie, ne progressent pas de manière uniforme. A de longues périodes de changements incrémentaux peuvent succéder des moments de rupture radicale dont l'impact sur les positions concurrentielles est considérable : les segments stratégiques sont bouleversés, les produits leaders sont délaissés au profit d'une offre nouvelle, les entreprises dominantes sont supplantées par d'autres.

Constatant les effets destructeurs des innovations de rupture, plusieurs chercheurs se sont attachés à comprendre les mécanismes de diffusion de l'innovation sur un marché, à répondre finalement à la question : "Qu'est-ce qui fait le succès des innovations ?". En étudiant notamment l'introduction du Compact Disc au début des années 80, SHIBATA1 a montré que la compétition technologique prend souvent aujourd'hui la forme d'une double compétition : entre les formats disponibles et à l'intérieur d'un format choisi. La compétition entre les formats correspond à la tentative de chacun des innovateurs d'imposer son format comme un standard de fait largement diffusé et accepté par le marché. Ce type de compétition peut être illustré par la lutte qui a opposé les fabricants de magnétoscopes V2000, Betamax et VHS. La compétition à l'intérieur d'un format correspond à la tentative d'obtenir un avantage de coût ou de différenciation sur les concurrents qui ont adopté le même format. C'est cette situation qu'ont connu Philips et Sony après avoir signé un accord sur la conception du Compact Disc.

Il apparaît que pour obtenir une position dominante sur un tel secteur, l'acteur qui tente de lancer un nouveau format doit utiliser une stratégie "paradoxale" consistant à écarter des innovateurs éventuels du marché tout en incitant des concurrents à entrer sur ce marché en adoptant le même format. En effet, dans la compétition entre les formats, plus le nombre d'offreurs du même format est grand, plus les chances de créer un standard de fait sont élevées. Il faut donc veiller à ce que plusieurs entreprises offrent des produits basés sur le même format. Inversement, dans la compétition à l'intérieur d'un format, les chances d'un offreur seront d'autant plus élevées qu'il parviendra à s'accaparer une part importante du marché et à dresser des barrières à l'entrée. Dans ce cadre d'analyse, les décisions de coopération technologique, de dépôt de brevet, de normalisation, etc., sont essentielles et aboutissent à des intéressements d'autres acteurs bien avant la commercialisation.

L'objectif de cet article est d'exposer les grands axes d'une recherche, menée depuis 1992 et terminée dans sa phase qualitative, sur ces stratégies "paradoxales" des entreprises dans le processus de diffusion des innovations technologiques. Ce travail s'intéresse aux situations de compétition technologique avec externalités de réseau et cherche à mettre en évidence l'impact et les spécificités des stratégies de communication externe. Après un retour sur les concepts centraux de ce travail et la délimitation du cadre d'analyse, une synthèse des résultats majeurs, issus de l'observation de grandes entreprises innovatrices, sera présentée.

Le modèle japonais de gestion de la production et des ressources humaines: vers une hypothèse d'hybridation dans les entreprises japonaises au Québec

Auteur

Diane-Gabrielle TREMBLAY

David ROLLAND


Résumé

La mondialisation accentuant la concurrence sur les marchés internationaux, les entreprises et les facultés de gestion s'intéressent de plus en plus aux “modèles gagnants” d'organisation et aux nouveaux avantages compétitifs qui pourraient permettre de devancer leurs concurrents. Dans ce contexte, les chercheurs se sont aussi intéressés aux modèles ou stratégies gagnantes susceptibles d'aider à la compréhension des processus de création d'avantages compétitifs et, surtout pour les chercheurs en sciences sociales notamment, susceptibles d'influer sur la distribution de la richesse.

Thème large s'il en faut, l'exemple du Japon dans ce contexte semble toutefois se démarquer par son succès économique relativement durable et la compréhension de ce succès apparaît relativement incontournable. Mais l'itinéraire particulier de ce pays est-il imitable? Le mode de production japonais n'a commencé à retenir l'attention que lorsque les firmes japonaises ont posé un défi de compétitivité menaçant, en particulier pour l'industrie Nord-américaine de l'automobile, un secteur stratégique. Un sentiment d'urgence a donné lieu à plusieurs réactions défensives ou offensives selon que l'on percevait le modèle japonais comme imitable ou non. L'attraction du modèle japonais a déclenché une avalanche de recherches surtout parce qu'il semble s'agir ici d'un autre type de capitalisme remettant en question, le cas échéant, un ensemble de pratiques institutionnalisées. Plusieurs études comparatives ont cherché à identifier les facteurs pouvant expliquer les différences de performance économique entre le Japon et le reste du monde et, sans vouloir être restrictif, les contributions de Womack, de Coriat et d'Aoki nous sont apparues importantes pour évaluer la capacité d'adoption du modèle japonais hors Japon.

Les processus de diffusion d'un modèle de production sont complexes. En effet, un ensemble de configurations spécifiques à l'organisation industrielle et sociale incluse au sein d'un vecteur - la firme - peut-il être "transplanté" d'un ensemble culturel à un autre? Plusieurs études se sont donc orientées vers l'étude des filiales de firmes japonaises installées hors Japon et ont permis de mettre à jour un phénomène d'hybridation, soit la rétention de certaines pratiques et de la mise au rancart d'autres.

Notre recherche vise à enrichir la connaissance de ces processus d'hybridation. Comparativement à d'autres hypothèses concernant le succès du modèle japonais, il nous est apparu pertinent de considérer les modèles centrés sur la firme et la gestion des ressources humaines. Nous avons donc conçu un test empirique pour confronter ces modèles au comportement et à la structure des firmes au Canada.

L'environnement territorialisé: un nouveau concept de structuration de l'environnement dans la stratégie de l'entreprise

Auteur

Philippe VAESKEN


Résumé

L'organisation évolue dans un contexte environnemental qui agit directement tant sur sa structure que sur ses décisions stratégiques. Ce contexte ou plus exactement cet environnement reste cependant une notion large qui englobe un ensemble d'éléments difficilement identifiables et appréhendables pour les dirigeants d'entreprises. Il peut évidemment se concevoir de façon objective, en considérant qu'il représente tout ce qui n'est pas l'organisation, ce qui constitue une acceptation conceptuelle très large ayant une extension importante mais une valeur de compréhension et d'identification très faible. Il peut également s'appréhender en ne prenant en compte que ce qui touche de près ou de loin l'organisation. Ainsi, l'acceptation conceptuelle est plus réduite, par conséquent l'extension du concept se réduit également et laisse place à une capacité de compréhension et d'identification plus importante. Toutefois, on se trouve très rapidement gêné par l'introduction du niveau d'intensité de l'influence en question. Cette notion de contexte ou d'environnement est cependant abordée dans différents domaines disciplinaires. Nous nous contentons ici d'analyser les deux approches issues des sciences de gestion et des sciences économiques, à savoir, le concept d'environnement et le concept de territoire.

L'objet de cette communication est de montrer pourquoi les firmes cherchent, en conjuguant les concepts d'environnement et de territoire, à structurer leur environnement et, par conséquent, limiter les incertitudes liées aux turbulences de l'environnement. Une telle approche ne peut se concevoir qu'en considérant le niveau de prise en compte, par les dirigeants d'entreprises, du cadre territorial dans la perception de l'environnement.

Dans un premier temps, nous tentons de préciser en quoi et comment "environnement et territoire" peuvent couvrir une même notion, celle d'environnement territorialisé. Il s'agit alors d'une approche purement conceptuelle.

Ensuite, à partir de l'approche économique, nous insistons sur les différents types de territoires sous un angle productif, à savoir les systèmes locaux de production, dont l'analyse porte essentiellement sur le cas de PME/PMI. Ces territoires constituent des représentations du concept d'environnement territorialisé.

Enfin nous soulignons les apports de ce concept dans le cadre de la stratégie des firmes face aux turbulences de l'environnement.

La cartographie cognitive: outil pour une démarche d'essence heuristique d'identification des facteurs clés de succès

Auteur

Thierry VERSTRAETE


Résumé

Les dimensions déterminant la stratégie des banques internationales: une étude empirique

Auteur

Jean-Michel VIOLA

Vincent SABOURIN


Résumé

Cette étude empirique a permis d'identifier quatre dimensions stratégiques qui jouent un rôle-clé dans la stratégie des grandes banques internationales soit l'envergure géographique, l'intensité des activités d'intermédiation, la diversité des revenus et la capacité d'adaptation (mesurée par la variation annuelle des capitaux propres). Contrairement à ce qu'ont affirmé plusieurs auteurs, notre recherche indique que la taille de l'actif n'est pas le principal facteur déterminant la stratégie des banques internationales mais plutôt la variation de la taille de l'actif qui joue un rôle-clé dans la stratégique des banques internationales.

De la logique dominante de management à la logique dominante d'activité

Auteur

Éric VOGLER


Résumé

Dans la longue histoire du concept de diversification, la littérature en management stratégique a connu plusieurs ruptures. Depuis les origines (Wrigley, 1970 et Rumelt, 1974) sur les rapports entre diversité et performance jusqu'au concept de logique dominante (Prahalad et Bettis, 1986) en passant par les travaux de Porter (1985), les propositions et les contre-propositions se sont multipliées pour répondre à une question simple mais importante : comment assurer le succès d'une diversification ?

L'objet de cet article est d'apporter un éclaircissement supplémentaire sur cette question en continuant la réflexion sur la logique dominante, dernière grande étape dans ce champ. Pour le faire, l'article investit une revue de la littérature dense sur le concept de logique dominante et ses sources en psychologie cognitive pour proposer dans une deuxième étape une extension du concept à d'autres populations que celle des managers.

Les principales contributions sur le sujet seront présentées, jusqu'à la "rétrospective et l'extension" de la logique dominante (Bettis et Prahalad, 1995). Le thème sera approfondis pour aboutir à une proposition d'élargissement de son application à l'ensemble du personnel, et non plus seulement aux seuls cadres dirigeants. L'idée principale de l'article est de proposer de passer de la logique dominante de management à une "logique dominante d'activité" qui permet de mieux appréhender la diversification, et donc ses facteurs de réussite.

Intelligence économique et stratégie des entreprises: une nouvelle donne stratégique

Auteur

Christian HARBULOT

Philippe BAUMARD


Résumé 

Intelligence économique et stratégie des entreprises1 est le titre d'un rapport réalisé au Commissariat Général au Plan en 1993 et 1994. L'objectif de notre communication est de vous présenter les conclusions de ce rapport, les efforts réalisés depuis, pour enfin suggérer et débattre de l'agenda, à la fois en termes de changement et théorie des organisations, d'enseignement de la stratégie, de réforme des organisations et de leur forme d'interaction concurrentielle.