Communications non classées

Les effets d'un changement de paradigmes dans l'étude des stratégies d'alliance technologique

Auteur

Boualem ALIOUAT

Résumé

Notre communication consiste à tenter d'appliquer un schéma de réflexion de nature épistémologique à l'analyse des alliances. Notre projet initial était de nous interroger sur la nature des connaissances à produire à propos des phénomènes d'alliance interentreprises, sur la façon dont le chercheur en gestion pouvait situer son projet de recherche?

Gérer les affrontements de rationalités: une recherche exploratoire

Auteur

Jacques ANGOT

Christophe ASSENS

Résumé

Depuis l'apparition de la théorie des jeux, on tend à modéliser les décisions selon un schéma déterministe, dans lequel chaque joueur adapte son comportement à celui des autres en fonction des règles de concurrence propre à un environnement donné : duopole, oligopole, monopole imparfait, économie mixte. Le but du jeu et les règles sont identiques pour tous. Ce sont des paramètres exogènes qui affectent le raisonnement des joueurs. En effectuant ce parallèle, la tentation est grande de comparer l'économie à un gigantesque champ de bataille dans lequel les stratégies utilisées sont proches de celles déployées dans le registre militaire. C'est la raison pour laquelle Sun Tsu (1978) et Clausevitz (1955) ont inspiré de nombreux développements théoriques en management stratégique. La plupart des stratégies issues du registre militaire nous amène à percevoir les manoeuvres des entreprises sous l'angle de l'affrontement ( décision, concurrence, compétition, élaboration de solutions ) de l'évitement ou de l'entente entre plusieurs entités ( entreprises, individus, etc ). Dans ce papier, nous cherchons à renouveler la conception traditionnelle de l'affrontement qui tend à mettre l'accent sur le rapport des forces plutôt que sur l'aspect psychologique. En étudiant le déroulement d'un conflit en fonction des ressources et des objectifs affichés, on oublie de considérer le phénomène d'interaction entre les forces. De ce fait, on tend à émettre l'hypothèse selon laquelle chaque opposant partage la même conception de l'art de la guerre. Ce faisant on oublie de considérer les situations où les belligérants ont des modes de raisonnement différents qui les amènent à se comporter en dehors d'une référence commune. Dans ce contexte, l'issue du conflit porte davantage sur l'opposition des rationalités que sur le rapport des forces. C'est la raison pour laquelle, il nous semble intéressant d'explorer cette voie en étudiant un cas d'affrontement de rationalités. A travers l'exemple d'une opposition entre deux joueurs d'échecs, nous montrerons que la rationalité d'un individu à un instant t peut être comprise précisément comme une combinaison d'objectifs interprétés et assimilés en fonction de ceux de l'opposant. L'idée d'analyser l'affrontement de deux entités sous l'angle de leurs rationalités nous offre alors la possibilité d'appuyer nos réflexions sur des courants qui traitent de l'interaction de la contingence des rationalités ( propre à une situation ou à un individu ). De cette manière, nous serons en mesure de mieux comprendre la logique d'affrontement, et les motivations de certains de leurs comportements. En considérant que la rationalité n'est pas définie en dehors des joueurs, nous chercherons à voir ce qu'il ressort d'une telle confrontation : une forme de rationalité commune, des rationalités individuelles inchangées, des rationalités individuelles modifiées.

Rôle des routines organisationnelles dans le développement des réseaux d'entreprises : une application aux alliances

Auteur

Jean-Luc ARREGLE

Terry AMBURGEY

Tina DACIN

Résumé

Face aux changements de l’environnement et de la dynamique de la concurrence, de nouvelles formes d’organisation ont été avancées pour répondre à ces nouveaux défis. Dans les différentes solutions proposées, les modes d’organisation (entreprise virtuelle, constellation, entreprise réseau...) basés sur des coopérations interentreprises se sont fortement développés mettant, par la même occasion, en avant ces mécanismes de coopération tels que les alliances.

Ceci se traduit par le fait que, à présent, il est possible de considérer que « les choix de coordination des activités et des transactions économiques et industrielles ne se posent pas en termes d’alternative entre marché et hiérarchie mais par référence à trois solutions de base : marché, hiérarchie et coopération entre firmes » (Desreumaux, 1996, p. 89).

Accompagnant l’essor des alliances auprès des entreprises (Dussauge et Garrette, 1991 ; Menguzzato et Renau Piqueras, 1992 ; Hagedoorn, 1993), les recherches sur ce thème ont connu un essor important (Noël et Zhang, 1993). D’un point de vue conceptuel, elles se sont appuyées sur plusieurs théories : les coûts de transaction (Hennart, 1988), la dépendance de ressources (Pfeffer et Nowak, 1976), la théorie des jeux (Parkhe, 1993), les systèmes sociaux (Gulati, 1995) ou encore l’apprentissage organisationnel (Teece, 1986).

Pour la plupart de ces travaux, l’alliance correspond à la mise en oeuvre d’un objectif stratégique (Dussauge, 1990 ; Koenig, 1990 ; Doz, 1996) clairement défini, l’alliance est un moyen de le réaliser parmi d’autres.

Parmi les travaux récents, les alliances ont été abordées avec une perspective différente s’intéressant plus à des caractéristiques du réseau d’alliances comme sa forme, la position de l’entreprise ou les relations de pouvoir et de dépendance (Puthod, 1996) ... L’intérêt se porte moins sur l’étude de l’objectif stratégique poursuivie dans l’alliance que sur sa mise en œuvre et sur les effets induits par le réseau d’alliés.

Par exemple, cette approche à mis en avant l’importance de la confiance (Gulati, 1995a ; Gulati 1995b ; Ring et Van de Ven, 1992) entre partenaires pour expliquer la nature et le développement des alliances. Le contexte social dans lequel deux partenaires ont développé des alliances a un impact sur le développement de futures alliances.

Cette dimension joue donc un rôle pour expliquer le nombre d’alliances (contractuelles ou non) que deux partenaires feront, ainsi que la forme de l’alliance. Elle fournit des informations sur l’évolution et la structure des réseaux d’entreprises et sur les liens, directs et indirects, qui peuvent s’y développer.

Selon une approche similaire visant à mettre en avant la dimension organisationnelle et s’intéressant à la structure du réseau, nous proposons d’utiliser l’approche basée sur les ressources pour étudier les relations entre les routines organisationnelles des entreprises et le réseau d’alliances.

Les processus de contrôle dans la structuration de l'organisation

Auteur

David AUTISSIER

Résumé

Pour rompre avec un mode de fonctionnement jugé bureaucratique, les dirigeants d’EDF ont engagé une réforme en 1987. Cette réforme avait pour objectif l’autonomie, la décentralisation et la contractualisation. Des pratiques de contrôle caractérisées par une instrumentalisation de vérification se sont mises en place pour répondre à l’organisation divisionnelle préconisée. Les mutations socio-économiques des années 1990 et la déréglementation des marchés de l’électricité ont contraint l’entreprise à améliorer son management stratégique à travers le couple « coordination/réactivité » instrumentalisé dans les pratiques de contrôle. L’entreprise s’est alors posée la question suivante : « Est-ce que les pratiques de contrôle correspondent aux besoins stratégiques de l’entreprise ? ».

Le travail effectué en entreprise depuis 1994 pour apporter des éléments de réponse à la question de terrain a constitué un moyen pour développer une recherche sur l’émergence de la structuration sociale d’une organisation et de ses éventuelles incidences sur le management stratégique. Afin de vous présenter cette recherche en cours, seront abordés successivement le contrôle dans la structuration sociale d’EDF, les axes théoriques de la structuration et une recherche-action qualitative par études de cas. Le développement de ces trois points permettra d’apporter des éléments de réponse à la problématique générale qui est : « Comment un processus de contrôle participe à l’émergence de la structuration sociale d’une organisation ? »

Le management stratégique dans la complexité : un cadre de réflexion

Auteur

Marie-José AVENIER

Résumé

La conception du management stratégique dans la complexité, qui connaît un développement important depuis une dizaine d'année (Martinet, 1993a ; Thiétart & Forgues, 1993 ; etc.), et à laquelle nous nous référons dans cet article, s'inscrit dans le courant qualifié de "stratégie tâtonnante" (Avenier, 1996). La mise en oeuvre de cette forme de management stratégique repose sur une combinaison "d'émergence" et de "délibéré" (Mintzberg, 1988 & 1990), le délibéré étant entendu au sens de la rationalité procédurale et s'exprimant plus particulièrement sous la forme d'une dialectique continuelle fins/moyens rapportés à leurs contextes. L'émergence de projets délibérés est favorisée par la mise en acte d'interactions récursives entre réflexion et action stratégiques au sein des différents niveaux de l'organisation et entre ces niveaux.

Cet article a pour objet de présenter et discuter un certain nombre de présupposés (ou hypothèses de travail) qui sous-tendent cette conception du management stratégique dans la complexité. Ces présupposés se situent à différents niveaux logiques. Certains concernent le fonctionnement des organisations sociales. Ils définissent le cadre de validité des propositions avancées par la recherche : celles-ci intéressent les lecteurs qui considèrent que ces présupposés fournissent une représentation satisfaisante du fonctionnement des organisations qui les concernent. D'autres présupposés sont relatifs à la connaissance que l'on peut se forger de ces organisations. Leur explicitation (§1) importe d'autant plus qu'ils s'inscrivent dans une conception constructiviste de la connaissance (différente donc, de la conception traditionnelle), et qu’ils constituent le socle sur lequel reposent les présupposés sur le fonctionnement des organisations sociales évoqués ci-dessus (§2).

Pme et réseaux sociaux : les résultats d'une enquête menée auprès du "groupement des chefs d'entreprise du Québec"

Auteur

Paméla BAILLETTE

Résumé

Cet article est consacré aux relations que le propriétaire-dirigeant de PME entretient avec d'autres patrons : ses "pairs". Il a pour but d'analyser le rôle des contacts sociaux des décideurs en matière informationnelle. Pour cela, il s'appuie sur une enquête menée auprès des membres d'un réseau formalisé : le "Groupement des chefs d'entreprise du Québec". Les résultats montrent que les dirigeants apprécient la formule du réseau fondée sur l'entraide entre les adhérents, qui leur permet d'avoir des idées nouvelles dans un climat amical. Souvent limités par les ressources, ces relations sont très importantes pour les dirigeants de PME car elles leur donnent accès à des informations privilégiées. En comparant l'apport du Groupement avec celui d'autres sources (internes et externes à l'entreprise), l'enquête souligne que les informations collectées sont différentes et que seule la relation de parité procure un échange d'expériences similaires fondées sur le vécu des dirigeants.

Comment les dirigeants de grandes entreprises françaises élaborent-ils leurs stratégies ? (le traitement de l'information par les PDG)

Auteur

Michel BARABEL

Résumé

Historiquement, le champ disciplinaire de la stratégie s'est constitué à travers deux camps théoriques bien distincts (cf. l'article de Jauch faisant un état de la littérature des publications en stratégie: (1981)):

-les recherches portant sur le contenu de la stratégie (réponse aux questions Quoi? combien?)

-les recherches portant sur les processus stratégiques ( réponse à la question Comment?).

Le chef d'entreprise a été traité en abondance par la littérature. Cependant, les auteurs ont en grande majorité étudié "la dimension contenu" en cherchant à connaître les stratégies les plus performantes, les compétences, les qualités et les styles de direction requis pour un exercice efficace de leur métier et les éventuels corrélations avec son salaire.

En revanche, peu d'auteurs se sont intéressés aux activités effectives des PDG. Carlson (51) dans son ouvrage " A study of the workload and working methods of managing directors" est le premier à décrire le travail journalier des cadres (échantillon de 9 DG suédois) grâce à une approche par auto-enregistrement: les dirigeants notent dans un agenda pré-formaté l'ensemble de leurs activités en indiquant la durée, les interlocuteurs, le lieu, la forme et les motifs de chaque épisode. Ses travaux et sa méthodologie sont alors suivis par six auteurs Burns (57), Hemphill (59), Copeman, Luijk and Hanika (63), Dubin and Spray (64), Horne and Lupton (65), et Stewart (67).

Dans son ouvrage "the nature of managerial work" Mintzberg (73) propose une autre méthodologie, afin de combler ce qui lui semble être la principale lacune des méthodes par agenda à savoir leur incapacité à saisir le contenu des activités des managers . Son ouvrage fait référence et semble quasiment clore les études sur le travail quotidien des dirigeants. En effet, depuis, hormis quelques apports intéressants, comme ceux de Kotter (83), Wrapp (84) ou de Delpeuch et Lauvergeon (88), le champ a peu évolué.

Dans la filiation de ces auteurs, nous avons analysé le travail au quotidien des dirigeants de grandes entreprises en France et notamment leurs activités stratégiques, en adoptant une approche processuelle. Nous tentons de décrire comment les dirigeants français gèrent leur temps de travail pour acquérir les informations qui leur permettent de prendre leurs décisions. Cette recherche s'appuie sur une étude empirique portant sur 109 PDG de grandes entreprises (C.A supérieur à 1 milliard).

Les relations interentreprises dans le district industriel du biomédical de Mirandola

Auteur

Alessandro BARONCELLI

Résumé

Le thème des relations interentreprises et celui complémentaire des frontières des organisations sont devenus des thèmes fondamentaux soit dans le débat sur la théorie de l’entreprise soit pour la définition des modèles de comportement des entreprises. Voila donc la découverte, par les nombreux économistes et spécialistes de management stratégique qui se sont occupés de relations interentreprises et en particulier de relations de coopérations, de chemins de recherche empruntés des travaux de sociologie, d’histoire (Kieser, 1989; Balligand et Marquart, 1990), de géographie (Benko et Lipietz, 1992) et même de psychologie (Berne, 1967; Klein, 1984). Parmi ceux-ci un des concepts qui a eu plus de succès (pour le nombre des travaux qu’on y a consacré et pour la fréquence des citations dans la littérature) est celui de district industriel (Marshall, 1900). Sur la vague du succès des districts industriels des régions du nord-est et du centre-nord de l’Italie, celui du district industriel est devenu un véritable modèle organisationnel.

Mais quelles sont les relations qui se développent à l’intérieur d’un district industriel, le modèle organisationnel basé sur les relations est-il une alternative viable à l’entreprise “fordiste” à forte intégration verticale, peuvent les rapports de coopération être transposés à la totalité de la chaîne de valeur et devenir, comme l’attitude déterministe de la théorie économique souvent le suggère, un choix optimal de coordination économique dans n’importe quelle condition de marché?

Cette contribution a précisément pour objet de présenter le cas du district industriel du biomédical pour décrire et analyser les formes de coopération parmi les entreprises qui appartiennent à un district. L’article est organisé de la façon suivante. La deuxième partie porte sur la description du cadre théorique des districts industriels. Dans la troisième partie nous présentons les caractéristiques du marché global des technologies biomédicales. La section quatre traite de l’étude sur le district biomédical de Mirandola, enfin la dernière partie porte sur la discussion des résultats de l’étude et sur les conclusions du travail.

La planification stratégique au gouvernement du Québec : c'est d'autant plus beau que c'est inutile

Auteur

Luc BERNIER

Résumé

Ce texte cherche à expliquer comment des organisations gouvernementales peuvent fonctionner efficacement sans planification stratégique digne de ce nom. Des organisations gouvernementales établissent des plans stratégiques après de longs processus rituels mais n’utilisent pas les plans produits. Les gouvernements changent trop souvent d’idée et trop rapidement, lorsqu’ils n’improvisent pas, pour que la planification puisse servir. L’utilité de des investissements en planification stratégique est moins dans le produit de cette planification que dans les effets secondaires.

[…]

Dans la première partie du texte, nous revenons sur la littérature adaptant le concept de planification stratégique au secteur public dans le cas québécois. Dans une seconde partie, nous développons ce que nous avons retenu sur la planification dans le secteur public dans les sociétés d’État. Dans la troisième partie, nous passons aux relations internationales du Québec puis nous cherchons en conclusion à tirer des leçons de ces études en fonction de la littérature sur la planification stratégique.

Quel avenir pour la planification stratégique ? Les groupes industriels multi-activité multi-pays remettent en question leurs systèmes de planification

Auteur

Georges BLANC

Tamym ABDESSEMED

Bernard KAHANE

Résumé

La planification stratégique instituée dans les années 70 constitue l'un des moyens prônés pour améliorer la performance des groupes industriels. Nous venons plus loin qu’aucun travail de recherche n’est parvenu à démontrer de façon probante une liaison planification --> performance économique (Voir Boyd, B.K., 1991 et Powell, T.C., 1992). Le plan qui est produit vise essentiellement à fournir une représentation synthétique des activités au sein de la firme et à rendre plus lisible les choix permettant d'affronter le futur. Ces dernières années, la planification a subit une double remise en cause théorique et pratique car bien souvent elle est apparue comme fondée sur des hypothèses fausses et par ailleurs s'est révélée trompeuse par rapport aux attentes des praticiens.

Les accords inter-firmes et concepts associés: une grille de lecture en terme d'interpénétration organisationnelle

Auteur

Fabien BLANCHOT

Résumé

La nature des accords inter-firmes est à la fois spécifique et très diverse. Cette spécificité justifie qu’ils soient de plus en plus appréhendés en tant qu’objet autonome de recherche tant en économie (Baudry, 1995, p. 3) que dans les sciences de gestion. En même temps, pourtant, ce mouvement oecuméniste bute contre l’hétérogénéité des relations qu’il étudie, parce qu’elle risque de faire perdre à l’objet supposé de l’analyse toute spécificité (Michalet, 1988). Ce paradoxe, au sens d’antinomie, n’est en fait qu’apparent. Les dimensions qui fondent la spécificité des accords sont en effet différentes de celles sur lesquelles peut varier leur nature. Elles sont successivement présentées dans une première partie. On montre, dans une seconde partie, que la grille de lecture à laquelle aboutit ce travail, non seulement, facilite la distinction entre divers contrats observables dans la réalité des affaires, mais encore, permet de mettre en évidence la disparité, d’une étude à l’autre, des signifiés et des formules relationnelles associées à des concepts aussi divers que ceux d’accord de coopération, d’alliance ou de partenariat. On procède, pour ce faire, à l’analyse de quinze accords et vingt-deux définitions, des concepts susmentionnés, extraites de travaux anglo-saxons et français. Un tel état de fait est-il justifiable ? C’est à cette question que l’on propose finalement une réponse.

Communautés scientifiques et recherche en stratégie

Auteur

J-P. BOISSIN

J-C. CASTAGNOS

G. GUIEU

Résumé

Processus de marché et rôle de l’entrepreneur : l’apport de l’école autrichienne au management stratégique

Auteur

Jean-Philippe BONARDI

Résumé

Au sein de la littérature concernant la théorie économique de la firme, le « néoinstitutionnalisme » est aujourd’hui communément utilisé pour qualifier toutes les approches se démarquant du corpus néo-classique. Il est toutefois surprenant que ce terme ne soit le plus souvent compris que comme une filiation avec l’institutionnalisme américain de Veblen (1919) ou Commons (1934). En effet, si les institutionnalistes américains s’appuient bel et bien sur une critique de l’approche néo-classique, ils dénigrent aussi toute forme de théorie en économie, préférant une approche historiciste où l’introduction des institutions rend toute causalité relative à une période donnée (Langlois, 1991). L’étude comparative des institutions fondée sur l’analyse économique remonte en fait à Adam Smith (1776), bien plus qu’aux institutionnalistes américains. Or, les seuls économistes de la période moderne à reprendre le programme de recherche de Smith furent ceux de l’Ecole autrichienne (Vaughn, 1990). Il semble alors important d’étudier ce courant de recherche, dont les apports n’ont pas encore été totalement exploités.

[…]

L’objectif de cet article n’est toutefois pas de mettre en lumière l’injuste oubli de la contribution autrichienne dans les développements actuels concernant la théorie de la firme, mais plutôt de montrer en quoi elle permet de les enrichir. Les auteurs en management stratégique ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, un certain nombre d’articles récents se réclamant explicitement de l’Ecole autrichienne (Jacobson, 1992 ; Hill et Deeds, 1996 ; Young, Smith et Grimm, 1996). Peu de ces travaux tentent pourtant d’exploiter complètement ses apports, qui permettent de dépasser certaines limites des approches modernes de la firme (coûts de transaction, théorie de l’agence, théorie de la ressource, économie évolutionniste,...).

Pour une théorie renouvelée du développement des organisations ou La logique stratégique du développement des projets productifs

Auteur

Jean-Pierre BRECHET

Résumé

Les lectures traditionnelles de l'entreprise tentent de saisir cette dernière aux travers de sa morphologie (structures, frontières...) ou de caractéristiques identitaires (taille, structure juridique...). Ces lectures montrent rapidement leur insuffisance au regard de la réalité foisonnante des organisations. Plutôt que de multiplier les catégories et les subtilités des classifications, on peut privilégier une lecture plus dynamique qui repose alors sur la reconnaissance d'un projet productif (DE MONTMORILLON 86, 87 ; BRECHET 94, 96), porté par un pouvoir managérial (voire par l'organisation dans son ensemble), et nécessitant, sous diverses formes, la mobilisation de ressources et de compétences (MARCH, SIMON 58/91; PFEFFER, SALANCIK 78). Il s'agit alors plus de comprendre la logique de développement de projets que de cerner les évolutions morphologiques d'entités. Cette lecture sera ici la nôtre et nous voudrions essayer d'en montrer l’intérêt et la portée théorique, en nous fondant sur une analyse de la notion de projet et en développant la lecture stratégique du développement des organisations qui va de pair avec la reconnaissance de projets et d'acteurs au sens de l'individualisme méthodologique. Si l'on retient la lecture stratégique, au sens de M. CROZIER et E. FRIEDBERG (1977), les explications traditionnellement avancées pour expliquer la constitution et le développement des organisations ne peuvent prétendre qu'à saisir partiellement les phénomènes en cause2. Fondamentalement, la validité des fondements des interprétations traditionnelles nous paraît devoir être interrogée ; notamment les explications en termes de coût ou les analyses contingentes quels que soient les critères de contingence retenus. Si l'on devait synthétiser les orientations suggérées, ce serait pour dire qu'il s'agit de construire la socio-économie des projets productifs et des interdépendances qu'ils nouent, plus, sans doute, que l'économie des organisations.

L'articulation de la stratégie et du contrôle de gestion. L'apport de la modélisation en termes d'activités et de processus

Auteur

Jean-Pierre BRECHET

P. MEVELLEC

Résumé

Le déploiement de la stratégie se réalise au travers des pratiques de gestion dont la performance conditionne le succès des stratégies retenues. Ces pratiques doivent être identifiées, mises en oeuvre et suivies. L'optique de ce papier est de privilégier une lecture du déploiement stratégique et de la contribution des activités de gestion à la performance au travers des processus qui contribuent à la création de valeur. La modélisation de l'organisation par les activités et les processus, fondatrice d'un contrôle de gestion pertinent selon les méthodes inspirées de l’ABC, sera donc ici interrogée dans sa capacité de répondre aux exigences de mise en oeuvre et de suivi des orientations stratégiques retenues. A contrario, il apparaît aussi que la mise en place d'un contrôle de gestion par les activités, dans la mesure où il repose sur une modélisation construite par les acteurs des processus pertinents1 de gestion que l'entreprise déploie, peut largement nourrir le processus stratégique. Notammant en permettant une meilleure appréciation du potentiel de l'entreprise, et en favorisant en aval les développements envisageables du projet productif. Un management stratégique, mais aussi opérationnel, efficace, repose sur le renforcement des liens entre les stratégies et leur déploiement que constituent les processus. On pourrait dire d'une autre façon qu'il s'agit de nourrir ou de renforcer la zone de couplage entre stratégies et opérations. Ce renforcement apparaît comme une pratique managériale à part entière mettant en jeu des dimensions technico-économiques et socio-politiques, des aspects de structure, de fonctionnement et d’attitude. La stratégie et le contrôle en tant que producteurs d'information et de constructeurs de sens au travers des critères retenus, des indicateurs privilégiés et des pratiques favorisées doivent contribuer à des attitudes efficientes et efficaces.

Quelles recherches en stratégie pour les cadres et dirigeants d’entreprise?

Auteur

Jean-Pierre BRECHET

Nathalie SCHIEB-BIENFAIT

Caroline URBAIN

Résumé

Stratégie et modernisation des entreprises: une relecture des travaux anciens

Auteur

Marie-Andrée CARON

Résumé

Les entreprises en quête de modernisation3 s’inscrivent dans une rupture avec le passé, pour promouvoir une entreprise d’un type nouveau et mieux adapté à l’environnement économique et social. Le processus de modernisation en cours, visant à produire plus de fluidité et de flexibilité, est néanmoins souvent accompagné d’une minutieuse rationalisation et d’une définition plus explicite des différentes activités. Linhart (1994) met au jour ce paradoxe et son exposé consiste à soulever les menaces inhérentes à la modernisation, telle que conceptualisée par elle comme étant conduite par les gestionnaires, pour la réduction de l’aire d’autonomie des acteurs et finalement pour la survie de l’entreprise. Nous verrons en quoi les textes classiques dans le champ de l’administration renferment quelques lueurs d’espoir, concernant les défis posés au sein de chacun des espaces / champs de l’entreprise, tels que posés dans la théorisation sur les entreprises modernes.

Le diagnostic interprétatif : un instrument méthodologique pour le chercheur ingénieur en stratégie

Auteur

Valérie CHANAL

Nathalie CLAVEAU

Franck TANNERY

Résumé

Cet article s'inscrit dans la continuité de réflexions ébauchées sur les méthodes de recherche en gestion s'attachant à produire des connaissances procédurales (Claveau & Tannery 1996, Chanal, Lesca & Martinet 1997) Nous entendons par connaissances procédurales des constructions qui, opératoires dans leurs objectifs, permettent de comprendre et de raisonner, de faire comprendre et faire raisonner .

Transferts internationaux de compétences et théories de l'internalisation : une recherche sur le cas des sociétés de services informatiques

Auteur

Régis COEURDEROY

Michel GHERTMAN

Résumé

La présente recherche propose une modélisation des liens entre transferts internationaux de compétences et choix d'un mode d'investissement direct à l'étranger. L'hypothèse fondamentale, conformément aux arguments avancés par la théorie de l'internalisation, est que plus un transfert international de compétences requiert un fort contenu en propriété, plus il a de chances d'être supporté par une structure de gouvernance protectrice. Après un rappel des fondements de la théorie de l'internalisation (section 1), le champ de recherche est défini (section 2). Le domaine de recherche empirique, consacré aux SSII, est ensuite présenté (section 3). Le modèle théorique est développé (section 4) ainsi que les principaux résultats empiriques (section 5).

Innovation, actifs immatériels et structure financière des entreprises : une question de style (aussi)

Auteur

Régis CŒURDEROY

Résumé

Le présent texte aborde les relations entre nature des actifs et structure de financement des entreprises en matière d'innovation. Il est principalement soutenu que plus une entreprise développe une politique d'innovation, plus elle a de chances de recourir au financement propre et de placer en bourse une partie de son capital. L'innovation est ici comprise non seulement au niveau technologique mais également managérial.

Un test empirique comparatif sur 104 entreprises françaises permet de confirmer les principaux attendus théoriques. Les résultats autorisent à soutenir que le choix des modes de financement n'est pas indépendant de la nature des actifs développés au sein de la firme.

Risque et rentabilité: comment expliquer le paradoxe de Bowman?

Auteur

Denis LACOSTE

Résumé

Contribution à l’analyse de l’hypogroupe : application d’une grille d’analyse stratégique et émergence de logiques-types du processus d’hypogroupement

Auteur

Caroline DEBRAY

Résumé

La réalité des faits sur l'hypogroupe est mal connue : l'observation sur le terrain montre que cette forme originale d'organisation dans le domaine des petites entreprises est plus fréquente qu'on ne le croit, et présente des avantages certains, notamment en matière de pérennisation-transmission, problème crucial dans les petites entreprises familiales (GAULTIER, 1980).

Cette communication propose une présentation des résultats de la recherche menée durant notre thèse en Sciences de Gestion (DEBRAY, 1997). Elle cherche à caractériser la mise en oeuvre et les conditions d'évolution du processus d'hypogroupement, autrement dit, la constitution, par un dirigeant-propriétaire de petites entreprises, d'un groupe au sens juridique et financier du terme (GUYON, 1994, RICHARDS et Alii, 1987).

 

Profils concurrentiels de Petites Entreprises Industrielles Françaises et choix technologiques : de l'usage de l'analyse statistique des données

Auteur

Bénédicte DELNESTE

Résumé

« Les entreprises performantes ne sont pas du tout celles qu’on pense. Ce sont d’abord des entreprises de taille moyenne ou petite... Ce sont aussi celles dirigées par des familles ou des autodidactes, non par des polytechniciens. ». Ces propos recueillis auprès de Jacques MARSEILLE autorisent à s’interroger sur l’existence même de la petite entreprise, sur sa légitimité et sur la recherche d’une (ou des) explication(s) théorique(s) de la compétitivité de celles-ci, comme l’a d’ailleurs montré Pierre-André JULIEN dans deux articles. Cependant, il faut souligner l’extrême hétérogénéité qui les caractérise. On peut ainsi les distinguer au travers de leur parcours en séparant : (1) les entreprises « jeunes » en phase de croissance, amenées à devenir moyennes ou grandes, (2) les entreprises « naines » et condamnées à le rester et (3) les entreprises « recomposées », qui sont redevenues petites par suite de leur déclin. On doit en outre souligner son extrême hétérogénéité. « De plus, les PME jouent un rôle majeur dans le développement technologique. » (DODGSON, 1994). Comme la technologie est au coeur de la compétitivité, on ne peut ignorer son impact concurrentiel. C’est pourquoi, il semble opportun d’accorder un intérêt particulier aux choix technologiques que les PEI mettent en oeuvre et aux conséquences sur leurs positionnements concurrentiels.

L’objectif de notre travail réside alors dans la construction de profils de PEI, profils élaborés à partir de leur positionnement concurrentiel et conditionnés par leur système technologique, notre cadre théorique privilégiant d’ailleurs une approche concurrentielle et cognitive de la technologie.

Les stratégies discursives dans les annonces de mariages corporatifs

Auteur

Christiane DEMERS

Nicole GIROUX

Samia CHREIM

Résumé

La littérature souligne l'importance de la communication pour la réussite du changement (Ford et Ford, 1995; Kanter, 1987; Kirkpatrick, 1985). Elle présente la communication comme un instrument de diffusion des intentions de la direction (Demers, 1993), comme un outil de préparation des esprits à un nouveau contexte d'action (Giroux et Taylor, 1994), comme un moyen pour susciter l'adhésion aux transformations à venir (Armenakis et al, 1993). Néanmoins, à date, peu de recherches sur la mise en oeuvre du changement traitent spécifiquement de la manière dont les dirigeants annoncent, expliquent, justifient les changements à venir (Smeltzer et Zener, 1993).

Dans cette recherche, les annonces officielles de changement ont été choisies comme objet d'analyse parce qu'elles sont fréquentes et parce qu'elles peuvent avoir un impact non négligeable sur les partenaires internes et externes, voire même sur la valeur des actions de la firme (Ursel et Armstrong-Stassen, 1995). La littérature sur les annonces est toutefois relativement rare, en particulier la littérature à caractère empirique (Smeltzer, 1991).

Partenariat : mythes et réalités pour les fournisseurs. Étude empirique dans l’industrie automobile

Auteur

Carole DONADA

Alex KESSELER

Résumé

L'industrie automobile est un des secteurs industriels les plus étudiés par les chercheurs en gestion. Deux grandes raisons expliquent cette situation. Tout d'abord, cette industrie représente des enjeux économiques considérables pour les pays producteurs. Ensuite, c'est un immense champ d'innovation en matière d'organisation, tant au niveau de la production que de la conception. Ainsi, dans les quinze dernières années, la plupart des grandes entreprises automobiles sont passées d'un mode de production de masse popularisé chez FORD (modèle taylorien) à un mode de production au plus juste (lean production) développé chez Toyota.

Aujourd'hui, c'est l'organisation de la conception qui fait l'objet d'un vaste chantier, et qui conduit à une restructuration complète de la filière industrielle (lean conception). La réduction des cycles de conception des véhicules, l'introduction des nouvelles techniques de conception (CAO ...) et l'évolution rapide des technologies incorporées dans les véhicules poussent les constructeurs à profiter au maximum des compétences des fournisseurs spécialisés. En conséquence, le pourcentage des prestations assurées par les fournisseurs externes aux grands constructeurs mondiaux atteint souvent un niveau de 70% du coût global de fabrication d'un véhicule. En comparaison, ce taux était proche de 20% il y a 50 ans. Pour demain, tout porte à croire que les constructeurs ne seront plus que les seuls architectes de leurs véhicules.

Cette nouvelle organisation de la filière basée sur une externalisation massive des activités auparavant contrôlées par les constructeurs conduit ces derniers à développer des formes de coopération très poussées avec leurs fournisseurs. Chez certains constructeurs, ces nouvelles formes de coopération sont appelées des "partenariats". Si l'évolution des relations verticales intéresse profondément les chercheurs en gestion, il n'en reste pas moins que la majorité des études se focalise sur les seuls intérêts des constructeurs. Pourtant, ce sont aussi les comportements des fournisseurs qui valideront ou réfuteront à terme le bien fondé des choix stratégiques d'externalisation des constructeurs. C'est pourquoi l'objectif de notre recherche est d'observer les changements des relations client-fournisseurs dans ce contexte de développement de nouveaux produits, et d'étudier l'impact de ces changements sur les gains des entreprises fournisseurs.

Dans une première partie, nous présenterons rapidement le contexte actuel des coopérations client-fournisseurs dans l'industrie automobile. Cette étape nous permettra non seulement de préciser ce qu'est "le partenariat", mais aussi d'explorer les premiers effets des partenariats sur les entreprises fournisseurs. Les explications théoriques de ces effets seront présentées en seconde partie. Enfin, nous exposerons le modèle conceptuel, les variables et la méthodologie de la recherche empirique que nous menons sur un échantillon de 2500 entreprises fournisseurs automobiles dans le monde.

Les déterminants de la volonté de croissance chez les dirigeants français de PME. Proposition d’un modèle intégrant les aspects économiques et sociaux

Auteur

Frédéric DROMBY

Résumé

La croissance est un thème central en matière de management stratégique. Autour d'elle se regroupent des enjeux qui relèvent des principaux domaines de la vie de la firme et sont donc sujets de préoccupation pour les dirigeants: la taille comme signe d'accomplissement ou comme avantage concurrentiel; les modalités de développement (interne ou par acquisition); l'arbitrage entre la rentabilité à court terme et les orientations longues; l'adaptation des structures; l'évolution des modes de gestion et la répartition des pouvoirs, etc. Ces thèmes sont particulièrement cruciaux dans les PME, qui sont à l'heure actuelle le principal gisement de croissance du PNB et d'emplois. Cependant, la croissance ne se décrète pas. Elle dépend de conditions économiques générales, mais aussi de la volonté de croissance des dirigeants d'entreprises. Le gouvernement français l'a bien compris, qui a multiplié récemment les initiatives en ce sens à l'heure où la France comme l'Union Européenne battent tous leurs records de chômage.

L'intérêt tant théorique que pratique du thème est donc certain. Pourtant, et même s'il se nourrit d'une littérature abondante, les contributions sur le sujet de la croissance dans les PME sont souvent limitées à un aspect de celle-ci (économique ou plus rarement sociologique), et les déterminants de la volonté de croissance ne sont pas encore tous clairement identifiés. Nous pensons que l'élaboration d'un modèle synthétique, qui prenne en compte les aspects économiques mais aussi humains de la croissance des firmes peut aider à une meilleure compréhension des problèmes et enjeux qui lui sont liés. A partir d'une revue de la littérature sur la firme de taille petite et moyenne (i.e. en France, de moins de 500 salariés), nous seront conduits à constater des manques dans le corps de connaissances actuelles et à formuler plusieurs hypothèses ainsi qu'une ébauche de modèle(3). Nous présentons enfin une procédure de test à partir d'une base de données commercialisée par une importante revue française de management.

Le concept d’inertie de la firme: définition, état des connaissances et agenda de recherche

Auteur

Frédéric DROMBY

Résumé

Au plan académique, le but premier du management stratégique est sans doute l'élaboration d'une théorie du comportement général de la firme en milieu concurrentiel (Rumelt, 1994). Malgré les progrès accomplis depuis les travaux pionniers des années soixante, le foisonnement actuel de la discipline est la preuve que de nombreux thèmes restent à explorer ou consolider avant d'approcher ce but. Selon Rumelt, qui y consacre actuellement l'essentiel de ses efforts, le thème du manque de plasticité d'une firme -c'est-à-dire son inertie- est dans cette optique l'un des plus importants (1993: 3). Cette affirmation rejoint les remarques maintes fois faites dans la littérature en gestion que les firmes ne changent que lorsqu'elles y sont obligées (e.g. Reitter & al., 1991), c'est-à-dire parfois lorsqu'il est trop tard. Contrairement aux vues optimistes des premières théories sur le comportement de la firme, les entreprises font preuve d'inertie.

En tant que chercheurs en management stratégique, nous nous sommes fixés comme objectif une amélioration de la compréhension des causes, manifestations et conséquences des retards de réaction dont font parfois preuve les entreprises, en nous focalisant en particulier sur le premier point -les causes- dont l'élucidation conditionne celle des deux autres.

Cette communication constitue la première étape de notre programme de recherche sur les causes de l'inertie de la firme, que nous avons tenté ici de recenser de la manière la plus exhaustive et la plus organisée possible. Cet état des connaissances nous mènera à la constatation de lacunes dans la littérature actuelle sur les sources de l'inertie et la proposition d'un agenda de recherche, dont nous nous servirons pour aborder les étapes suivantes de notre programme.

Savoir, Savoir-Faire et Savoir-Etre. Repenser les compétences de l'entreprise

Auteur

Thomas DURAND

Résumé

Le présent article vise à tenter de creuser ce que recouvre la notion de compétence. A notre sens la littérature est restée trop en retrait ou trop vague et confuse sur cette question. Certaines tentatives de décomposition, de classification, de définition ont certes eu lieu mais elles nous semblent insuffisantes et incomplètes. Pourtant nous insistons pour rappeler qu'une théorie, si elle veut être utile, doit pouvoir s'appuyer sur une base solide et claire de définitions et de classifications. C'est là une condition essentielle de sa propre cohérence mais aussi de sa falsification. En effet, sans effort de mise en relation des concepts théoriques avec la réalité managériale, point de validation empirique possible.

Ce texte est essentiellement conceptuel dans sa forme et dans son contenu. Toutefois, pour le rendre moins aride, nous avons choisi de l'illustrer abondamment, d'une part en recourant à des figures tentant de visualiser les points clés développés, d'autre part en s'appuyant sur de courtes illustrations et analogies présentées en italique. Dans les deux cas, ces illustrations pourront paraître caricaturales. Il nous semble pourtant utile de les utiliser pour clarifier notre propos.

La section I, ci-après, vise à remettre en perspective la théorie de la compétence actuellement en émergence, en particulier dans le contexte de la théorie basée sur la ressource. La section II est consacrée à une récapitulation des différentes dimensions de la notion de compétence telles qu'elles sont identifiées dans la littérature en management stratégique. Deux typologies des compétences sont également présentées afin de clarifier le contenu et les limites du concept tel qu'il va être retenu ici. La section III traite de la question de la création et de l'accumulation de compétences à travers le thème de l'apprentissage.

Approches économique et écologique de la survie de populations d'entreprises : le cas des imprimeurs offset à Paris de 1950 à 1985

Auteur

Rodolphe DURAND

Jacques OBADIA

Résumé

Divers travaux portent sur la dynamique démographique des entreprises. Les recherches économiques multi-sectorielles réalisées aux Etats-Unis et au Royaume Uni mettent en avant les relations entre la taille, l’âge, le taux de croissance, la variabilité de ce taux et les taux d’entrée et de sortie des firmes. Toutefois, elles ne prennent pas suffisamment en considération les variables de secteur et de population. L’écologie des populations propose un modèle d’explication de la survie des entreprises explicitement fondé sur l’adéquation entre un environnement concurrentiel et l’ensemble des entreprises qui peuvent y prospérer. L’objet de cet article est de déterminer des variables explicatives de la probabilité de survie d’entreprises appartenant à la population des imprimeurs. Il montre que les hypothèses économiques et écologiques sont complémentaires. Dans un premier temps, on rappellera les principaux enseignements des études économiques sur les populations d’entreprises, que l’on comparera à ceux de l’approche écologique. Ensuite, on présentera les données, les hypothèses et le modèle. Enfin, les résultats seront analysés et discutés : il ressort principalement de cette étude, d’une part, que les évolutions relatives des variables allant dans le sens d’une réduction des coûts ou d’une augmentation des profits augmentent la probabilité de survie des entreprises de la population ; d’autre part, les précautions méthodologiques prises, que les analyses tirées de l’écologie des populations complètent la vision de la démographie des entreprises de l’économie industrielle.

Comment envisager l’évolution économique sans concevoir une firme évolutionniste, contributions de la théorie des ressources à une théorie évolutionniste de la firme

Auteur

Rodolphe DURAND

Bertrand QUÉLIN

Résumé

Les approches évolutionnistes ont une longue histoire en économie (Clark et Juma, 1990 ; Mokyr, 1991 ; Hogdson, 1993). Toutefois, elles n’occupent pas encore une place suffisante. La diversité des thèmes abordés et des méthodes utilisées y est pour beaucoup : entre les études quasi cliniques de l’apprentissage technologique (Coombs et al.,1992) et l’étude des systèmes nationaux de promotion de l’innovation (Foray et Freeman, 1994), la voie est large. Par ailleurs, les analogies biologiques à la base de l’économie évolutionniste contraignent sa vision de l’univers concurrentiel (Penrose, 1959 ; Jacquemin, 1985). Reposant sur les intuitions d’économistes du XIXème siècle (de Smith à Marshall, en passant par Spencer) pour lesquels la biologie n’en était qu’à ses balbutiements, l’économie évolutionniste, à la différence du courant orthodoxe dominant, n’a pas bénéficié d’un paradigme déjà constitué depuis deux siècles, comme celui de la physique mécanique, pour proposer un modèle robuste de la firme.

L’économie évolutionniste a concentré son analyse autour des notions darwiniennes de variation, de sélection et d’hérédité. Les économistes évolutionnistes ont étudié principalement ce qui, dans la nature concurrentielle pouvait apparaître comme le plus proche de ces notions : les mutations technologiques et le changement technique en général, profitant en cela d’une des déficiences les plus manifestes du courant orthodoxe. Promouvant l’idée d’hétérogénéité technologique entre firmes, et étudiant les processus d’irréversibilité temporelle du changement, l’économie évolutionniste cependant, à de rares exceptions (i.e. Rosenbloom et Burgelman, 1989), n’a pas pénétré plus avant la fameuse « boîte noire » de la firme. Pourtant, les processus internes à la firme d’innovation, d’apprentissage, et de sélection parmi plusieurs choix, les comportements de promotion et de distribution, ont leur part d’explication dans les évolutions des technologies et des marchés.

Ainsi, les approches évolutionnistes de l’économie ont besoin, nous semble-t-il, d’une part de bâtir un modèle robuste de la firme, plus complet que celui proposé par Nelson et Winter (1982), et d’autre part, d’analyser et de comprendre les processus et les comportements internes de la firme. Les critiques adressées à l’économie évolutionniste par Coriat et Weinstein (1995) demeurent trop théoriques, trop éloignées d’une conception stratégique de l’entreprise. Notamment, l’étude de la formation et de la mise en oeuvre stratégique, dans le domaine précis de la technologie ou plus général de la chaîne de valeur, paraît être une étape indispensable aux développement futurs de ce courant prometteur. C’est pourquoi nous proposons, à la suite d’autres (Teece, 1990; Teece et Pisano, 1994; Hogdson, 1995; Montgomery, 1995), de trouver dans l’approche par les ressources les fondements à une théorie évolutionniste de la firme.

L’approche par les ressources est une opportunité pour le développement d’une théorie de la firme qui soit le résultat d’une approche ‘essentialiste’: l’entreprise est à concevoir comme un creuset de ressources et non comme une entité seulement réactive, comme le défendent les modèles dominants d’analyse stratégique, s’écartant des travaux de Selznick ou du LCAG. Nous présentons d’une part les apports de la perspective évolutionniste ainsi que les questions qu’elle laisse ouvertes. D’autre part, nous montrons en quoi l’approche par les ressources permet d’y répondre et d’engager la réflexion sur la prise en compte d’une théorie évolutionniste de l’entreprise.

L'approche socio-cognitive de la formation de la stratégie : apports théoriques et méthodologiques

Auteur

Sylvie EHLINGER

Résumé

Alors que les années soixante-dix /quatre-vingts, principalement sous l’impulsion des recherches menées à Harvard ont consacré les écoles de pensées promouvant une vision conceptuelle, formelle ou analytique du processus de formation de la stratégie, un nouveau courant de recherche s’est développé ces dernières années, qui privilégie la notion de ‘management stratégique’ et fait apparaître de nouvelles dimensions cognitives et sociales, remettant en question la rationalité du processus.

A l’image de l’organisation tel un système formalisé, produisant un ensemble ordonné d’activités cohérentes convergeant vers des objectifs communs, se substitue l’image d’un système social au sein duquel une structure d’interdépendance lie les individus qui y travaillent (Fisher, 1990). Cette interdépendance se traduit en particulier par la coexistence et l’interaction de groupes différents. La dimension sociale de l’organisation, la complexité inhérente à son environnement social et à sa structure souvent multidivisionnelle, en font un lieu d’interactions entre des individus, ou des groupes d’individus, qui se différencient et s’opposent par leurs modes de pensée, leurs fonctions, leurs intérêts personnels... Ces interactions constituent des forces organisationnelles, sources de dysfonctionnement d’un hypothétique processus de formation de la stratégie rationnel et linéaire. Elles nous invitent à nous interroger sur les fondements socio-cognitifs de la stratégie.

Si les interactions sont sources de conflit, elles sont également l’occasion de négociations, de consensus, d’échanges entre les diverses représentations que les acteurs ont de leur organisation, de son environnement, de sa mission, de ses moyens d’action. Ces représentations font partie intégrante de la stratégie de l’organisation, ce sont elles qui alimentent le processus de décision sous-jacent à l’élaboration de la stratégie.

Ainsi il apparaît que si l’on veut améliorer notre compréhension du processus de formation de la stratégie, l’étude des interactions entre les multiples représentations présentes dans les organisations, est une piste de recherche intéressante.

Par ailleurs, en utilisant le concept de schéma cognitif comme point central d’analyse de la pensée stratégique, manageriale ou organisationnelle, de nombreux travaux s’inscrivant dans l’approche cognitive des organisations nous proposent une voie méthodologique pour capturer et analyser les représentations stratégiques : la cartographie cognitive.

Cet article va donc s’attacher à montrer dans un premier temps les composantes socio-cognitives de la formation de la stratégie. Puis, s’appuyant sur les résultats d’une recherche portant sur l’étude d’un processus de planification stratégique, des propositions de recherche seront élaborées et un cadre méthodologique sera proposé afin de construire un programme de recherche permettant de poursuivre l’investigation des fondements sociocognitifs de la stratégie.

Paradoxe des savoir-faire non-écrits : des perspectives pour les démarches "qualité"

Auteur

Caroline FAURE

Résumé

Dans cette communication, l'objectif est de présenter des propriétés singulières des savoir-faire non-écrits et de montrer l'opportunité de leur prise en compte dans les démarches qualité.

Dans un premier temps, un éclairage de la notion de savoir-faire permettra de présenter les fondements de leur rôle dans les stratégies qualité ; dans un second temps, une approche des limites des démarches centrées sur des savoir-faire écrits et une étude des propriétés singulières des savoir-faire non-écrits permettra d'ouvrir le débat sur les perspectives qu'offrent les savoir-faire non-écrits aux stratégies qualité.

Réflexions sur les fondements de la stratégie et du management stratégique en milieu public

Auteur

Christophe FAVOREU

Résumé

Les années 80 marquent indéniablement le rapprochement des logiques de gestion et l’effacement des frontières entre le secteur public et le secteur privé. L’influence de ce dernier s’est faite aussi bien sentir dans les principes de gestion (intégration des concepts de performance, de qualité, d’efficience et d’efficacité) que dans les innovations managériales adoptées par le secteur public; et ceci quelle que soit la nature des organisations qui le composent: entreprises publiques, hôpitaux, ministères, collectivités locales...... Deux raisons majeures expliquent l’utilisation croissante de pratiques de gestion par les organismes publics.

La première est d’ordre technique et environnemental et a trait aux différentes pressions au changement qui sont venues menacer l’existence et les logiques de fonctionnement des organisations publiques (tensions fiscales, baisse des dotations budgétaires...). La seconde explication d’ordre idéologique et théorique est liée à l’influence croissante du courant de pensée qui généralise l’idée selon laquelle il existerait une homologie structurale et gestionnaire entre toutes les organisations. L’absence de contradictions fondamentales entre les entreprises privées et les organisations publiques en ce qui concerne leur mode de fonctionnement et de développement nécessiterait, selon ce courant, une similitude des pratiques et des logiques de gestion. Si l’applicabilité et l’utilité des méthodes de gestion du privé au public semblent aujourd’hui une réalité ancrée dans les mentalités qui va au delà des effets de mode, il n’en est pas de même pour la totalité des fonctions de gestion, notamment en ce qui concerne le management stratégique. La faiblesse des travaux sur la transférabilité des outils en matière d’analyse et de gestion stratégique s’explique en partie par la spécificité affirmée par une majorité d’auteurs des processus de décision publics et des choix qui ont trait à l’impact et à l’orientation des politiques publiques. Ainsi, et dès lors que l’on s’élèverait dans la hiérarchie des décisions et des problèmes de gestion en passant d’une logique d’efficience à une logique d’efficacité, les caractères distinctifs du secteur public s’affirmeraient, rendant impossible tout transfert en matière de stratégie. Toutefois cette thèse souffre d’au moins deux faiblesses. D’une part, elle tend à évacuer la relation de causalité existant entre le mode de fonctionnement des organisations publiques et les modes de gestion spécifiques qui en découlent. D’autre part, elle tend à ignorer la montée en puissance des exercices de planification stratégiques, inspirés des méthodologies du privé, volontairement mis en place par certaines organisations publiques depuis quelques années.

C’est autour du thème de la transférabilité et de l’applicabilité des démarches stratégiques au secteur public que s’organisera cet article. Pour ce faire il conviendra de préciser dans un premier temps les concepts et les hypothèses sous-jacents à l’utilisation de démarches stratégiques dans une organisation afin de vérifier dans un deuxième temps les contradictions éventuelles existant entre les logiques de fonctionnement du secteur public et les concepts, méthodes et outils issus de l’analyse stratégique. Enfin, les implications de ces spécificités quant aux modes de management stratégique des organisations publiques seront exposées dans une troisième partie.

La ville comme toile organisationnelle: Salvador de Bahia, puzzle stratégique

Auteur

Tânia FISHER

Résumé

Le contrôle des réseaux d'entreprises : pour une extension du concept d'entreprise intégrée

Auteur

Frédéric FRERY

Résumé

Depuis l’avènement du fordisme et le développement de structures pyramidales toujours plus amples, les avantages des structures intégrées ont été largement décrits, tant d’un point de vue stratégique (Jones et al., 1990 ; Harrigan, 1993) qu’économique (Coase, 1937 ; Williamson, 1975, 1985 ; D’Aveni et Ravenscraft, 1994). L’intégration permet une meilleure allocation des ressources et une répartition plus fine des profits au sein de la chaîne de valeur, entraîne des économies d’échelle et des économies de champ, autorise de plus nombreuses diversifications par pivot, réduit des coûts logistiques et technologiques, évite les tractations avec l’essentiel des fournisseurs et des distributeurs, procure une forte indépendance de décision, donne un pouvoir de négociation supérieur, et surtout limite l’opportunisme des agents par un contrôle accru des transactions, régulées au sein d’une unique et vaste hiérarchie.

À l’inverse, l’intégration de la chaîne de valeur au sein d’une même firme pâtit d’un certain nombre d’inconvénients, tels que l’accroissement des conséquences d’une crise de la filière correspondante, du fait de la concentration d’actifs spécifiques, la moindre stimulation des agents, devenus des employés généralement plus soucieux de la gestion de leur carrière que de celle de leur entreprise, et le développement de deséconomies d’échelle liées à l’augmentation de la taille, telles que l’inertie, l’arrogance, l’inflation des frais généraux, le rejet des innovations radicales et la multiplication néfaste des jeux politiques internes.

Néanmoins, cette analyse des stratégies d’intégration repose le plus souvent sur une regrettable confusion. Implicitement ou explicitement, l’intégration verticale ou horizontale se confond avec l’intégration financière et capitalistique, c’est à dire la possession par un actionnariat unique de la totalité des actifs constituant une chaîne de valeur. Nous voulons montrer que cette implication n’est pas fondée, et que l’on peut tout à fait concevoir une structure d’entreprise intégrée pourtant constituée de plusieurs firmes capitalistiquement — mais non stratégiquement — indépendantes.

C’est donc une extension de la notion d’entreprise intégrée que nous proposons, notre définition incluant non seulement les entreprises financièrement intégrées, mais également les firmes réseaux et les réseaux d’entreprises — et plus largement les relations interentreprises — dès lors que le contrôle des transactions y relève d’un acteur stratégique unique.

En fait, dans notre acception, il convient de parler d’entreprise intégrée lorsque l’on constate une intégration stratégique (unité de conception, de coordination et de contrôle) et pas uniquement une intégration capitalistique (unité de possession d’un patrimoine et d’actifs spécifiques). L’intégration financière classique n’est en fait qu’une des approches permettant de contrôler les transactions au sein d’une chaîne de valeur, et des alternatives à cette structure de gouvernance existent et sont déjà utilisées : l’intégration logistique, l’intégration médiatique et l’intégration culturelle. Afin de mettre en évidence ces modes de gouvernance, nous devrons tout d’abord rappeler quelques spécificités des réseaux d’entreprises, sous l’angle des types de contrôle qui y prévalent.

Acteurs et Débats Structurants : En déambulant à travers les recherches sur les stratégies de coopération ...

Auteur

Thomas FROEHLICHER

Résumé

Parmi les thèmes qui ont rencontré du succès auprès des chercheurs en management stratégique, celui de la coopération interentreprises occupe une position appréciable. Les contributions sont multiples et hétérogènes, la notion de coopération interentreprises tendant à englober toutes les formes de relation interentreprises. Au total, elles produisent un champ de connaissance complexe sur lequel il est intéressant de se pencher au moment où celui-ci commence à entrer dans sa phase de maturité. Cette contribution souhaite revenir sur la manière dont le champ des formes de coopération interentreprises s’est constitué. Loin de n’être qu’une confrontation d’arguments théoriques, celui-ci révèle aussi des débats et des controverses qui reflètent les époques et les nations dans lesquelles ses contributeurs s’inscrivent. Il exprime aussi les stratégies personnelles ou collectives de ces derniers visant à s’imposer dans le champ, notamment à travers l’intensité de la médiatisation.

On pourrait comparer le champ que constitue les travaux sur la coopération interentreprises à une oeuvre musicale. Une oreille bien entraînée percevra la douce mélodie des débats théoriques, parfois concordants, parfois dissonants dont les tonalités changent au gré des paradigmes théoriques sur lesquels jouent les auteurs. Cependant, une deuxième mélodie sous-tend la première, la rythme et lui fournit sa trajectoire. C’est la mélodie du temps présent, de l’histoire entrain de se faire, des événements concrets qui réclament aux chercheurs d’orienter les travaux pour contribuer aux difficultés que rencontrent la vie des affaires. C’est à l’écoute de cette deuxième mélodie et à la présentation de ses structures, acteurs et débats structurants, que nous consacrons cette contribution.

Cette « déambulation » dans le champ de la coopération interentreprises ne se fait pas au hasard mais selon une méthodologie d’analyse de la littérature fondée sur la quantification de l’occurrence bibliographique des auteurs. Celle-ci nous permet d’isoler les contributions les plus marquantes, au sens de plus médiatisées, et d’en saisir les acteurs structurants : revues, ouvrages, colloques et auteurs.

Ensuite, nous tentons de décrire cette deuxième mélodie et d’en saisir les structures. Notre but est d’indiquer la trajectoire socio-historique que suit le champ des coopérations interentreprises à travers une sélection des finalités d’analyse les plus médiatisées par les auteurs. En réalité, le thème de la coopération suit fidèlement une tendance forte, la mondialisation de l’économie et la globalisation des stratégies d’entreprise. Ce trait dominant de l’économie actuel révèle les coopérations au grand jour.

La méthode des cas en management comme mode d’apprentissage de stratégies argumentatives

Auteur

Grégory GAMOT

Résumé

Toute réflexion sur la formation au management passe nécessairement par une prise en compte des contenus (quelles sont les "compétences" à acquérir ?) et des méthodes pédagogiques (comment peut-on les inculquer ?). Cette proposition a pour objet l'apprentissage de stratégies argumentatives par la méthode des cas. Cet objet est donc très restreint quant au contenu et à la méthode pédagogiques envisagés. Pour autant, il convient d'abord de justifier de l'intérêt que peut représenter l'apprentissage de stratégies argumentatives pour les participants aux programmes de formation au management. De plus, l'utilisation de la méthode des cas dans ce cadre ne va pas de soi : il va s'agir dès lors d'en spécifier les conditions d'utilisation. Enfin, quelques lignes directrices concernant les modes d'animation des cas et d'évaluation des participants seront proposées.

La contribution de la recherche en gestion française au champ du gouvernement d'entreprise

Auteur

Grégory GAMOT

Résumé

Les débats sur le gouvernement des entreprises initiés aux Etats-Unis et en Grande- Bretagne par des praticiens et des chercheurs, reçoivent un écho croissant auprès des praticiens et des chercheurs français. Entendu comme "l'ensemble des règles de fonctionnement et de contrôle qui régissent, dans un cadre historique et géographique donné, la vie des entreprises" (Pastré, 1994), le concept de gouvernement d'entreprise est, en effet, susceptible d'interpeller à la fois les praticiens et les chercheurs en gestion. Pourtant, il nous semble que la contribution de la communauté académique française au champ du gouvernement d'entreprise est des plus limitée : ainsi, la participation des chercheurs français aux réflexions menées par les organismes publics ou patronaux est marginale par rapport à celle des chercheurs de la communauté anglo-saxone; de plus, les connaissances "produites" ne permettent guère de cerner les spécificités du gouvernement d'entreprise français. Enfin, il nous apparaît que, tant que certains paradigmes de recherche (plus susceptibles de légitimer les pratiques existantes que de les éprouver, surtout si elles sont le fait des élites dirigeantes), continueront à dominer la production académique dans ce domaine, la contribution des chercheurs risque de rester marginale.

Trois modalités d'intégration des fusions/acquisitions : l'intégration planifiée, l'intégration émergente et l'intégration conjointe

Auteur

Nicole GIROUX

Dany DUMAS

Résumé

Les fusions et les acquisitions d'entreprises (F/A) sont une manoeuvre stratégique de plus en plus utilisée qui vient bouleverser les activités des organisations et la vie de ceux qui y travaillent. Beaucoup de ressources et d'efforts y sont investis. Néanmoins, cette manœuvre s'avère très souvent décevante (Cornett-De Vito & Friedman, 1995). Généralement, les déboires des F/A sont attribués soit à un mauvais choix de partenaire ou encore aux difficultés rencontrées lors de l'intégration. La littérature témoigne abondamment de tous les problèmes vécus lors de l'union de deux organisations ayant des modes de fonctionnement (leadership, culture, structure, technologie, système de gestion et de communication) très différents, voire incompatibles. Dans ce corpus de recherche, l'accent est alors mis sur le fossé existant entre les deux entreprises et sur les moyens de le combler ou d'en minimiser les effets. Dans cette présentation, nous soutenons que l'intégration des F/A est un phénomène plus complexe qu'il n'y parait de prime abord. Suite à l'étude du cas Consulpro décrivant la fusion de trois acquisitions par une grande firme de consultant afin de créer une division régionale polyvalente (Dumas, 1995; Dumas et Giroux, 1996), nous avons constaté qu'au fossé entre les entreprises se superpose un autre clivage, celui des niveaux macro et micro d'organisation.

Dans ce texte, nous décrirons tout d'abord deux perspectives (fonctionnaliste et constructionniste) qui fournissent deux façons de concevoir l'organisation et la F/A. Puis, nous présenterons les deux modalités d'intégration que ces deux perspectives nous ont permis d'observer dans un étude de soit l'intégration planifiée et l'intégration émergente. Par la suite, nous expliquerons comment la conjonction de ces deux modalités d'intégration peut générer des problèmes de distance, de décalage et de dissociation. Cela nous amènera à proposer une nouvelle modalité d'intégration: l'intégration conjointe de niveau méso qui vise à une meilleure articulation des préoccupations macro et micro présentes dans les situations de F/A. Finalement, nous ferons quelques suggestions pour la mise en oeuvre de l'intégration conjointe.

Stratégie et innovation technologique : le cas de l'insuline humaine

Auteur

Thierry GONARD

Résumé

Comprendre les processus d'innovation technique à l'aide du concept de réseau : un programme de recherche

Auteur

Thierry GONARD

Michel LOUAZEL

Résumé

Affirmer que l’innovation est une variable stratégique de tout premier plan pour des firmes exposées à une pression concurrentielle de plus en plus forte et qui change de nature est devenu un lieu commun. Il traduit pourtant une réalité sans cesse plus visible. La multiplication des travaux de recherche sur ce thème ne dément pas cette affirmation. Toutefois abondance ne signifie pas nécessairement clarification et le sentiment qui prédomine est qu’il apparaît toujours aussi difficile de rendre compte du mode d’existence des objets techniques. Même en poursuivant un objectif plus modeste il semble que l’analyse des mécanismes de l’innovation doive s’inscrire dans le programme de recherche des économistes comme des gestionnaires. Cette communication jette les bases d’un programme de recherche sur les processus d’innovation et sa gestion. Nous nous attacherons à expliquer en quoi l’innovation représente un processus collectif, puis nous préciserons comment le concept de réseau nous permet d’en proposer une méthode d'analyse. Nous illustrerons cette proposition à travers le cas du recyclage des bidons métalliques et nous présenterons les suites données à ce programme de recherche.

Le cas du "projet Pérou"

Auteur

Florence GOUESMEL

Résumé

Relations de sous-traitance en transport routier de marchandises. Une stratégie de domination ?

Auteur

Lionnel GRAND

Résumé

Les entreprises de transport routier de marchandises recourent de façon croissante à une politique d’externalisation de certaines de leurs activités. En 1992, près de 28 % du chiffre d’affaires total des entreprises de ce secteur a été réalisé en faisant appel à des sous-traitants, (soit environ 60 milliards de francs) alors que moins de 26 % l’était de la sorte en 1984.

Quels sont les déterminants de cette attitude ? Quelles sont les activités concernées ? Ces interrogations rejoignent la problématique du « make or buy » développée par nombre d’auteurs et en premier lieu R.H. COASE (1937). Sur la base des travaux théoriques de multiples auteurs (citons simplement COASE, 1937 ; BARREYRE, 1968 ; WILLIAMSON, 1975, 1985 ; PORTER, 1986) complétés par une analyse du secteur des transports routiers de marchandises en général et plus particulièrement des relations de sous-traitance (GRAND, 1996 ; GRAND et LEYRONAS, 1996), nous nous proposons de nous interroger sur les variables explicatives du développement de la sous-traitance dans ce secteur et sur leurs spécificités éventuelles. Cette question nous semble particulièrement intéressante dans la mesure où la sous-traitance ne présente pas que des avantages pour les entreprises de ce secteur (concurrence déloyale, risques accrus de faillites, etc.) et la collectivité. En outre, si des actions doivent être prises en vue de réguler le phénomène, il est tout d’abord nécessaire d’en appréhender les causes, ce qui n’a que rarement été effectué dans ce secteur.

Répondre à cette problématique implique de tenir compte à la fois de facteurs externes (l’environnement socio-économique et réglementaire au sein duquel les entreprises évoluent) et internes (relatifs à la gestion de l’entreprise).

Présentons rapidement le contexte environnemental du secteur avant de focaliser notre attention sur les déterminants internes de cette prise de décision. On peut caractériser ce secteur par sa structure atomisée et duale, la situation socio-économique des entreprises qui le compose et une réglementation forte mais peu efficace. En effet, il compte en 1994 guère moins de 36 000 entreprises dont plus des trois-quarts ont moins de cinq salariés. La majorité d’entre-elles est d’ailleurs contrainte de travailler en qualité de sous-traitants et bien souvent de réaliser des prestations banales et peu rentables. De ce fait, nombreuses sont les entreprises qui éprouvent de graves problèmes de trésorerie alors que d’autres disposent de capacités financières importantes, ce qui leur permet de focaliser leurs activités sur des créneaux plus rentables et/ou plus stratégiques.

Après cette brève présentation de la situation du secteur des transports routiers de marchandises, il convient d’étudier les déterminants internes de la réponse à la question du faire ou du faire faire. Dans ce but, nous allons distinguer les éléments de portée stratégique générale et les causes liées à la recherche d’économie de coûts de fonctionnement.

Changement organisationnel et processus de décision: pour une définition et une opérationnalisation du concept d’irréversibilité en management stratégique

Auteur

Anne GRATACAP

Résumé

La contrainte obstacle ou moyen à l'action stratégique des organisations ? - Nouveau regard sur le concept de Contrainte pour approfondir la relation duale Action Stratégique - Contrainte

Auteur

Corinne GRENIER

Résumé

Une des préoccupations centrales de la théorie des organisations et de la pratique manageriale des entreprises est de comprendre et « gérer » les degrés de latitude d’action stratégique de ces unités dans leur environnement. Cette thématique s’énonce fort diversement : déterminisme ou volontarisme; proaction ou réaction, changement radical ou adaptation incrémentale... En somme, il s’agit de s’intéresser au problème de la « contrainte » qui pèse sur l’action stratégique des organisations. La notion de contrainte est ici un terme générique, pour désigner ce que la littérature, s’appuyant sur différents courants théoriques, nomme Inertie (Aldrich 1979, Hannan et Freeman 1989), Résistances (Fredickson et Iaquinto 1989), Logiques Dominantes (Prahalad et Bettis 1984), Habitudes (Bouchiki 1991, Tushman et Romanelli 1985)...; puisque nous montrerons que ces vocables évoquent tous la problématique de la limitation de l’Action Stratégique des Organisations (ASO). Pour cette raison, nous définissons la contrainte comme un fait de toute nature (action, comportement ou structure interne et externe organisationnelles, événement ou tendance environnementaux...) « qui limite l’action stratégique » de l’organisation.

La manière d’aborder cette thématique, de la regarder «épistémologiquement» et de l’ancrer théoriquement ne cesse encore d’évoluer, nous amenant vers de nouvelles préoccupations manageriales. Ainsi, la littérature a souvent oscillé entre une vision déterminée et une vision volontaire du rôle de l’organisation dans son environnement; elle a été aussi amenée à admettre qu’il est parfois plus pertinent de réconcilier ces deux visions pour rendre compte du comportement de l’organisation.

Nous considérons (et nous expliquerons pourquoi) que les contraintes sont consubstantielles à l’action stratégique des organisations car elles en émergent et s’y imposent; en conséquence, elles expliquent tout autant qu’elles limitent cette action. Nous nous insérons donc dans une perspective de la reconnaissance de la dualité Action Stratégique - Contrainte (AS-C). Cependant, nous souhaitons poser une interrogation davantage radicale : dans quelle mesure l’organisation chercherait-elle à prendre appui sur des contraintes pour mener son action stratégique? Nous souhaitons apprécier dans quelle mesure la contrainte peut être un outil de gestion de cette action à la disposition des organisations et le sens stratégique d’une telle conception du rôle de la contrainte.

En ce sens, nous entendons ré-interroger la relation duale Action Stratégique - Contrainte. Cette question de recherche nous oblige également à porter un nouveau regard sur la notion même de contrainte (1). Cette communication a ainsi une triple visée : une visée théorique (porter un regard nouveau sur le concept de contrainte à l’ASO), une visée manageriale (s’interroger sur la contrainte comme moyen de gérer une ASO) ainsi qu’une visée méthodologique (une règle méthodologique de lecture du concept de Contrainte sur une étude de cas).

Pour ce faire, une première partie développera la problématique de cette communication (1° et 2° sections) et proposera la méthodologie développée pour conduire cette étude (3° section). Une seconde partie, qui s’appuie sur l’étude d’un cas réel d’une action stratégique, déroulera donc notre outillage méthodologique, afin d’étudier le concept de Contrainte et de donner un nouveau sens à la relation duale Action - Contrainte.

Une lecture critique de la remise en cause apparente du concept de frontière

Auteur

François GRIMA

Résumé

Face aux turbulences, l'entreprise doit-elle être réactive ?

Auteur

Gaël GUEGUEN

Résumé

Les démarches qualité en PME: méthodologie et résultats d’enquête

Auteur

Alice GUILHON

Michel WEILL

Résumé

L'objectif de la recherche dont cette communication présente les principaux résultats est d'analyser les répercussions organisationnelles de la démarche qualité des PME. Ainsi, le management par la qualité est fréquemment associé à un modèle de changement organisationnel (Boronat et Canard, 1995), dont la mise en oeuvre repose largement sur la capacité de l'organisation à s'adapter à ces principes. Ce "problème" d'adaptation et de changement est encore plus saillant dans le champ des petites et moyennes entreprises. D'une part, il est courant de montrer que les PME adoptent des démarches qualité de manière contrainte pour conserver un marché et satisfaire aux exigences d'un donneur d'ordres ce qui constituerait un facteur d'unicité du modèle. D'autre part, ces choix retenus sous contrainte conduisent les PME à adopter des stratégies qualité diverses et donc à des choix de changements eux-mêmes multiples (Guilhon, 1993).

Si je trouve un successeur je meurs, si je ne trouve pas de successeur je meurs aussi

Auteur

Slimane HADDADJ

Résumé

C'est en août 1989 que nous nous sommes rendus pour la première fois à la SICAMI, et cette première visite a été suivie d'entretiens successifs avec les acteurs et les témoins des événements qui ont marqué cette entreprise jusqu'en 1995. Puisque les études qui interrogent les acteurs et les témoins de la scène successorale sont rares (Bauer 1993), la nôtre va tenter de mettre en relief la façon dont l'entreprise ayant servi à notre étude a vécu sa succession.

Pour explorer les discours des divers acteurs de la succession - discours qui constituent la toile de fond de notre étude - nous avons interrogé - sans prétendre à l'exhaustivité - les personnes ayant vécu cet événement de l'intérieur et qui sont restés dans l'entreprise après le départ du fondateur. Nous faisons allusion au dirigeant-repreneur de l'entreprise, monsieur Audily, à trois des membres de la nouvelle équipe dirigeante, ainsi qu'à neuf salariés. Nous avons également donné la parole à des acteurs que l'on ne retrouve quasiment jamais après que la succession s'est réalisée et qui pourtant ont occupé ici, à divers degrés, un rôle durant l'étape de la transmission (et aussi bien avant celle-ci). Ces acteurs sont le fondateur de l'entreprise (monsieur Piovalano) ainsi que deux de ses trois enfants (Bernard et Alexandra). Ensuite, pour avoir une vision externe de la SICAMI, nous avons interrogé des acteurs externes à cette entreprise, qui, pourtant ont un rôle influent tant auprès des repreneurs qu'auprès de celui qui a cédé l'entreprise. Nous faisons allusion en l'occurrence à la B.N.P, à l'une de ses filiales spécialisée dans la transmission de P.M.E (la BANEXI). et au C.E.P.M.E.

La diversité des informations recueillies auprès des différents acteurs permet de rendre plus riche l'analyse des événements qui ont marqué une entreprise, et elle permet surtout de ne pas privilégier le discours unique du dirigeant. Dans notre étude, lorsque des contradictions sont apparues dans les discours des personnes interrogées nous avons utilisé (non pas pour les effacer mais au contraire pour mieux les saisir dans leur contexte) les propos des uns pour retourner demander un complément d'information aux autres, ce qui nous a permis, en affûtant nos entretiens au fur et à mesure des rencontres, de restituer la réalité. Dans la mesure où chaque acteur et témoin organisationnel possède son propre vécu, il n'était pas question pour nous de poser les mêmes questions à chacun, ce qui aurait été au détriment de la pertinence de notre analyse. Ne sachant pas par avance ce que nous allions découvrir, notre véritable questionnement s'est forgé au fur et à mesure de notre investigation sur le terrain. C'est pour cela que notre étude rapporte des faits qui sont confirmés par d'autres acteurs et témoins de la succession de la SICAMI, mais elle peut également faire apparaître des discours qui se contredisent ; c'est certainement le prix à payer si l'on ne veut pas se contenter de contes de fées.

Apprentissage organisationnel et coopération en R&D

Auteur

Marc INGHAM

Caroline MOTHE

Résumé

Cet article vise à la fois à décrire des processus d’apprentissage organisationnel et à identifier un certain nombre de déterminants de ces processus. Le contexte choisi pour leur observation est la coopération en matière de Recherche et Développement (R&D) - qui conduit essentiellement à l’obtention de résultats de nature scientifique et technologique.

Des stratégies de rupture à l’hypercompétition. Une analyse du groupe André dans l’industrie des biens d’équipement de la personne

Auteur

Pierre JEANBLANC

Jean-François VERDIE

Résumé

L'observation du contexte concurrentiel de la plupart des secteurs vient remettre en question le paradigme classique de l’économie industrielle selon lequel, au sein d’une industrie, le comportement des acteurs, régulé par le marché en fonction des caractéristiques propres à cette industrie, détermine l’émergence de structures qui doivent contribuer à maximiser le niveau de performances micro-économiques des firmes et, du même coup, le niveau de performance macro-économique des nations.

En effet, la situation économique des pays de la Triade ne cesse de se dégrader. Aucun état ne parvient à véritablement endiguer le chômage. Les déséquilibres budgétaires ne peuvent être réduits que par augmentation de la fiscalité et réduction des dépenses des nations, ce qui se traduit notamment par une remise en question des acquis sociaux. Si l’offre augmente qualitativement et quantitativement, elle ne trouve face à elle qu’une demande timide et anxieuse, c’est-à-dire limitée par une propension à épargner excessive. Nous semblons être dans une situation paradoxale dans laquelle la valeur créée par les firmes pour leurs clients n’a jamais été aussi forte, mais dans laquelle les modes de création de cette valeur engendrent les conditions d’une non consommation.

Si les stratégies de croissance mises en oeuvre par les firmes de l’après-guerre ont engendré du progrès économique et social jusque dans les années 80, il semble que celles des firmes de la décennie 90 contribuent largement à une dégradation du niveau de performance macroéconomique.

L’explication qui nous semble la plus cohérente - ce qui constitue l'objet de cette recherche - réside dans le fait que les nouvelles approches de la stratégie ont permis à des entreprises de pénétrer des secteurs oligopolistiques en brisant les barrières à l’entrée érigées par les firmes en place mais ne leur ont pas permis de valoriser d’avantages suffisamment significatifs pour déboucher sur un nouvel équilibre de marché.

La structuration d’une entreprise en réseau

Auteur

Emmanuel JOSSERAND

Résumé

Un nombre important d’entreprises sont amenées à modifier leur organisation et se rapprochent progressivement de ce que l’on peut appeler une organisation « en réseau ». Ce terme générique décrit une réalité variée et très riche. Il est donc difficile de décrire toutes les configurations que recouvre le terme. Nous retenons dans cette présentation une approche se fondant sur les modes d’organisation, c’est à dire sur de grands principes d’organisation qui permettent d’assurer la cohésion d’une organisation donnée. La notion de réseau-mode d’organisation une fois posée, il convient de la préciser, d’analyser de manière plus détaillée les dimensions auxquelles elle correspond, de comprendre son fonctionnement.

La démarche adoptée procède par allers et retours entre terrain et littérature. Il s’agit d’étudier un cas de structuration d’une entreprise en réseau afin de mieux comprendre les mécanismes qui sous-tendent ce type d’organisation. Une approche historique permet de reconstituer les grandes phases de l’évolution de l’entreprise et de mettre en évidences les principaux écueils relatifs à la mise en oeuvre d’une organisation par le réseau interne.

Epistémologies de la planification stratégique

Auteur

François LACROUX

Résumé

Temps et rythmes de la stratégie

Auteur

François LACROUX

Laetitia NOURRY

Résumé

La querelle du "contenu" et du "processus" : les enjeux de la transformation du champ de la stratégie

Auteur

Hervé LAROCHE

Résumé

Le champ de la stratégie connaît depuis quelques années (disons le début des années 1990) un changement profond. La nature en est désormais bien connue : il s’agit de la contestation du paradigme jusque là dominant, c’est-à-dire l’analyse concurrentielle, issue de l’économie industrielle, telle qu’elle a été codifiée par M. Porter. Les candidats à la succession sont encore assez nombreux, parmi les courants issus de la théorie néo-institutionnaliste, de l’écologie des populations organisationnelles, de la micro-économie évolutionniste, de l’école autrichienne de l’entrepreneur, de la théorie des conventions, ou encore de la théorie des ressources. Cette dernière apparaît sans doute aujourd’hui comme la plus susceptible de s’imposer, par sa capacité à intégrer les apports des autres courants, d’une part, et par sa convergence avec des propositions plus directement opérationnelles et recevables par les praticiens (Kay, 1993 ; D’Aveni, 1994 ; Hamel & Prahalad, 1994).

Cette évolution a incontestablement un caractère durable et ne saurait être réduite à un effet de mode. Elle constitue sans aucun doute une revitalisation de la discipline. Si on peut estimer que certains excès sont parfois commis dans le rejet de l’analyse concurrentielle, et que cela conduit à passer d’un déséquilibre à un autre dans l’approche stratégique des problèmes des entreprises, on peut aussi penser qu’il s’agit là d’un jeu somme toute normal de l’évolution d’une discipline scientifique, et que ces effets de balancier n’ont pas d’importance significative à moyen terme.

Cependant, l’analyse concurrentielle, bien que dominante, ne représentait pas la totalité du champ de la stratégie. On peut alors regarder cette montée des nouvelles approches sous un angle différent, en se demandant si elle concerne exclusivement le sous-champ occupé par l’analyse concurrentielle ou si elle est susceptible d’avoir un impact plus large. Comme l’a fort bien montré R. Déry dans son analyse des 599 articles publiés dans le Strategic Management Journal depuis sa fondation en 1980 jusqu’à 1993 (Déry, 1996), le champ de la stratégie est assez nettement divisé en deux sous-champs, qui forment des systèmes de références distincts, et qui sont appuyés sur des “disciplines de base” différentes :

- d’une part, le sous-champ du “contenu” de la stratégie, fortement structuré, qui est clairement dominant en quantité, et qui procède essentiellement de l’économie,

- d’autre part le sous-champ du “processus” stratégique, plus éclaté, minoritaire, davantage inspiré par la sociologie, la science politique, la psychologie, ou l’anthropologie.

La question que l’on voudrait poser est la suivante : les évolutions récentes de la stratégie, qui ont amené à la substitution, comme paradigme dominant, de l’approche centrée sur les ressources à l’analyse concurrentielle “portérienne”, remettent-elles en question ce clivage entre “contenu” et “processus” ? dans quelle mesure ? et sur quels points spécifiquement?

La stratégie militaire comme métaphore de la rivalité concurrentielle

Auteur

Frédéric LE ROY

Résumé

Après avoir pratiquement disparue dans la première moitié du vingtième siècle jusqu'au début des années soixante-dix, la Métaphore Militaire (MM) prend une importance croissante dans les discours des dirigeants (Clancy, 1989). Cette réapparition est d'autant plus remarquable que, dans une étude menée par Berth (Hinterhuber et Levin, 1995), les entreprises dont les dirigeants adoptent un discours militaire sont plus performantes que les entreprises qui refusent de considérer leurs concurrents comme des "ennemis".

Ces études sont publiées alors que, depuis plusieurs années, notamment sous l'influence de Lakoff (Lakoff, 1986; Lakoff et Johnson, 1980), des disciplines comme la psychologie cognitive accordent une importance croissante à la métaphore. Elle n'est plus conçue comme un simple discours figuratif mais comme l'un des plus importants mode de compréhension du monde, c'est à dire un processus par lequel est compris et structuré un domaine (Lakoff et Johnson, 1980). Les métaphores sont alors considérées comme des objets de recherche justifiant de la création d'une revue scientifique.

Sous l'influence de ces évolutions et dans la continuité des premières propositions de Morgan (1980, 1984), plusieurs auteurs se sont regroupés pour proposer que les métaphores deviennent un champ de recherche en sciences de gestion (Grant et Oswick, 1996; Palmer et Dunford, 1996). Deux champs de recherche principaux ont été proposées: le rôle des métaphores dans la construction des théories portant sur les organisations et le rôle des métaphores dans les organisations.

Dans cette perspective, l'objet de cette communication est d'étudier le rôle d'une métaphore spécifique, la Métaphore Militaire (MM), dans les organisations. Plus précisément, nous proposerons une synthèse des recherches antérieures permettant de définir un cadre d'analyse pour des recherches empiriques.

La fusion organisationnelle comme conversation et comme dialogue

Auteur

Frédéric LEROY

Bernard RAMANANTSOA

Résumé

Cette recherche aborde le processus de fusion entre deux organisations comme un phénomène d’apprentissage organisationnel. Celui-ci peut prendre la forme d’une transmission et d’un partage de compétences mais il peut aussi être compris comme une conversation, comme un dialogue (Isaacs, 1993; Nonaka, 1994; Senge, 1990) donnant lieu à l’élaboration d’un « texte et d'un discours organisationnel » communs. Ces termes de conversation et de dialogue sont évidemment un peu surprenants dans une étude portant sur les organisations. Soulignons cependant que les recherches sur les processus discursifs et les régimes de communication dans les organisations ne sont pas nouvelles. Ainsi, Weick (1979, 1995) a proposé d’analyser l’organisation comme une conversation tandis que Ford et Ford (1995) ou Giroux (1996) et Giroux et Taylor (1995) ont construit un modèle textuel et conversationnel de l’organisation. Le changement dans l’organisation est par exemple compris par Giroux (1996) comme une conversation modifiant le texte organisationnel institutionnalisé.

Le point de départ de notre recherche se situe plus dans les travaux sur l’apprentissage organisationnel mais s'appuie sur les notions de dialogue et de conversation que nous tenterons d'appliquer au monde de l’organisation et plus particulièrement à la fusion entre deux entreprises. Des travaux récents ont en effet montré que le rapprochement entre deux entreprises au cours d’une fusion pouvait être compris comme un apprentissage et un dialogue (Leroy et Ramanantsoa, 1996 a). Or, cela soulève certaines questions : est-ce que ce qui est décrit est un dialogue ? N’est-ce pas plutôt un marchandage, une négociation où chacun essaie de défendre ses propres intérêts ou ceux de son entité organisationnelle d’origine ? Là où on parle d’apprentissage, n'y-a-t-il pas plutôt changement et recomposition politique ? A "l’agir communicationnel" (Habermas, 1987) ou au processus dialogique invoqués ne faut-il pas voir, de façon plus réaliste, un "agir stratégique" ? La question qui se pose est donc de savoir si on peut légitimement parler de dialogue dans une organisation traversée par les phénomènes de pouvoir. Est-ce que le paradigme "machiavelien" du stratagème ou, plus simplement, l’analyse des actions des acteurs de l’organisation en termes d’intérêts et de pouvoir, laissent une place à l’apprentissage et au dialogue, et si oui, laquelle ?

Notre objectif sera de montrer ici, en nous appuyant sur l’étude empirique d’une fusion entre deux entreprises, comment les notions de dialogue et de conversation peuvent servir à décrire des phénomènes organisationnels et comment elles contribuent au processus d’apprentissage. Cela nous permettra aussi de mieux définir ce qu’il faut entendre par dialogue organisationnel et de le distinguer du marchandage et de la négociation. Ce texte est donc à considérer comme une mise en dialogue de deux conceptions souvent contradictoires, d’une part une approche dialogique du changement organisationnel et d’autre part une analyse de l’organisation en terme de confrontation d’intérêts et de pouvoirs.

Implantation d’une veille stratégique pour le management stratégique. Proposition d'un modèle conceptuel et premières validations

Auteur

Humbert LESCA

Sylvie BLANCO

Marie-Laurence CARON-FASAN

Résumé

Nous présentons dans cet article une approche stratégique de l’information à travers la mise en place d’un processus de veille stratégique. Notre clé d’entrée est donc le management stratégique de l’information, c’est-à-dire l’utilisation de l’information à des fins stratégiques, dans le but de tirer un avantage concurrentiel (LESCA, 1992).

De la stratégie aux processus stratégiques

Auteur

Philippe LORINO

Jean-Claude TARONDEAU

Résumé

La stratégie d’entreprise en tant qu’objet de recherche et de conceptualisation n’a qu’un tiers de siècle. Pourtant et malgré son jeune âge, elle est en train de se dissoudre dans des objets ou des champs théoriques voisins. Les frontières entre stratégie et management s’estompent. Le « marketing stratégique » obéit aux mêmes tendances hégémoniques que le marketing vis-à-vis des autres champs de la gestion. L’émergence du « contrôle stratégique », qui traduit une crise profonde du contrôle de gestion en tant que discipline, ne fait qu’ajouter à la confusion.

Le vocabulaire courant traduit ces pertes de sens. Le terme stratégie est employé pour décrire toutes sortes de décisions, d’actions, de processus ou de ressources. Lorsque tout devient stratégique, plus rien ne l’est. Ceci pose un défi épistémologique aux chercheurs et aux enseignants de stratégie auquel ce texte propose des voies de réflexion.

Pour supporter ces réflexions, nous nous proposons de procéder à un retour aux sources, aux temps proches ou lointains où la stratégie, qui fût longtemps un art militaire avant d’être empruntée par les managers, présentait moins d’ambiguïté. Les définitions héritées de ces périodes nous permettront de montrer que les développements actuels de la pensée en stratégie contribuent davantage à la confusion des genres qu’au progrès de la connaissance.

Pour tenter de redéfinir le concept de stratégie comme objet de recherche clairement identifié, nous proposons quelques propositions et voies de réflexion. Ces propositions s’appuient sur le concept de processus stratégique. La stratégie mise en oeuvre par des processus stratégiques traduit en actions des intentions finalisées. Les processus stratégiques sont créateur de valeur et visent à modifier les conditions d’insertion de la firme dans son environnement en exploitant des ressources et des compétences qui, sous certaines conditions, sont susceptibles de générer des avantages compétitifs durables. Enfin, les processus sont plus facilement observables que les ressources et compétences qu’ils mobilisent et les relations entre processus et performances sont relativement faciles à identifier.

L’intelligence stratégique: Contribution à une sociologie de l'action stratégique

Auteur

Christian MAHIEU

Résumé

Éloge de la singularité ou l'essence de la stratégie

Auteur

Christian MARMUSE

Résumé

Les modèles, mais aussi les pratiques des stratégies d’entreprises ont tour à tour adopté des logiques de trajectoire (la planification), de positionnement (les matrices stratégiques) ou de stratégies concurrentielles ou génériques (dans l’axe des travaux de M. Porter). De tous temps, les entreprises et les stratèges-modélisateurs ont cherché et cherchent encore la pierre philosophale, celle qui leur fera découvrir la “ vraie bonne stratégie ”, soit en sondant le futur, soit en analysant le comportement de celles des entreprises qui ont réussi dans le passé. Ces modes de réflexion sont vains et nombre d’entreprises ont séduit par leur mode de développement original; elles ont pris une place enviée parce qu’elle avaient su et voulu choisir un “ autre mode de développement stratégique ”.

Notre conviction aujourd’hui est celle de la supériorité des approches de la stratégie qui privilégient la singularité plutôt que le conformisme. Les exemples sont nombreux de ces entreprises qui ont réussi parce qu’elles étaient différentes ou plutôt parce qu’elles avaient choisi d’adopter ou d’inventer un nouveau modèle de parcours stratégique. L’exemplarité de certaines trajectoires peut nous inciter à reposer en d'autres termes le paradigme des choix stratégiques.

Notre projet est ici de poser les bases de ce paradigme de la singularité, comme point de départ d’une réflexion basée non sur l’étude du plus grand nombre, mais sur celle de l’identification des particularismes spécifiques à chaque organisation. Pour cela, nous choisirons des situations qui, pour être exemplaires, n’en restent pas moins des cas choisis librement par le chercheur, sans qu’il faille y voir encore le résultat d’un processus discriminant. L’exemple est d’abord une mise en situation du propos; il nous conduira à une tentative de première définition de ce qu’il faut entendre par singularité.

Fort de cette convergence entre l’expérience et le concept, nous chercherons à mobiliser les courants théoriques qui nous incident ou nous induisent à faire de la singularité un concept central de toute stratégie. Le courant du Management basé sur les ressources sera au coeur de l’analyse, mais nous y associerons celui de la complexité, de la logique paradoxale, ou du débat toujours ravivé entre stratégie émergente ou stratégie planifiée.

Au delà de la mobilisation de ces courants pratiques ou théoriques, on s’attachera à décrire les contours de ce paradigme des stratégies de la singularité, prémices d’une investigation plus large et sans doute plus longue sur la “ méthode ” de décryptage des stratégies de la singularité. Il conviendra également de poser les contours d'une approche adaptée des choix stratégiques, vue comme une logique des changements systématiques.

Déterminants d'une Configuration Méthodologique en Management Stratégique : de la lecture à la construction de faits stratégiques

Auteur

Bachir MAZOUZ

A. K. Gérard DOKOU

Résumé

Le concept de compétence en stratégie: perspectives et limites

Auteur

Pierre-Xavier MESCHI

Résumé

Connaissances, ressources, savoirs, savoir-faire ou capacités..... autant de termes, familiers aux spécialistes de gestion des ressources humaines ou d’organisation, qui trouvent une résonance nouvelle dans le champ de la recherche en stratégie. Ce dernier est ainsi traversé par un vaste mouvement qui s’interroge sur les enjeux de l’utilisation du concept de compétence en stratégie. Ce mouvement est entretenu par un foisonnement de recherches et d’articles publiés sur ce thème, preuve d’un véritable engouement qui touche aussi bien le monde académique que professionnelle. Le succès rencontré par ce concept dans le domaine de la stratégie s’inscrit dans un courant, en pleine expansion, qui s’intéresse à l’étude des facteurs stratégiques intangibles tels que l’apprentissage, les savoir-faire et la synergie (Rumelt, 1994 : XV) ; en reprenant les termes employés par Rumelt (1994), l’étude de ces facteurs spécifiques a rencontré un écho immédiat et inhabituellement large à l’intérieur de ces communautés (académiques et professionnelles). Aucun angle d’analyse de la compétence n’a été négligé. Le concept de compétence a ainsi été abordé sous un angle descriptif - il a permis d’apporter un regard différent sur la nature de la concurrence interentreprises - mais également sous l’angle prescriptif en tant que nouvelle source potentielle d’avantage concurrentiel. Si les perspectives stratégiques offertes par ce concept semblent nombreuses et prometteuses, l’observation des pratiques et l’analyse de la littérature soulèvent néanmoins un certain nombre de difficultés et de limites dans son application théorique et concrète. Ces difficultés et limites sont révélatrices d’un processus de formation et de maturation d’un concept qui n’est pas totalement abouti. Mieux comprendre le concept de compétence ainsi que ses enjeux pour la stratégie constitue l’objet principal de ce travail. Un retour sur les racines et sur les contours du concept doit permettre de décrire et de dépasser certaines difficultés (sémantique et méthodologique), tout en gardant présent à l’esprit les limites stratégiques inhérentes au concept de compétence lui-même.

Pour une approche cognitive du processus d’adoption d’une démarche d’assurance de la qualité de type ISO 9000 par le dirigeant- propriétaire de petite entreprise

Auteur

Karim MESSEGHEM

Nicolas VARRAUT

Résumé

Le développement des normes ISO 9000 touche tous les pays et tous les secteurs d’activités. L’Europe (notamment le Royaume Uni) est à l’origine de cette démarche de certification d’entreprise et de son développement. Selon l’AFAQ (Lettre de l’AFAQ, octobre 1996), sur les 130 000 certificats d’entreprise délivrés fin 1995 dans le monde, près de 73 % l’ont été en Europe contre 8 % seulement en Amérique du Nord.

L’assurance de la qualité peut être définie, selon la norme ISO 8402, comme « l’ensemble des activités préétablies et systématiques mises en oeuvre dans le cadre du système qualité et démontrées en tant que de besoin, pour donner la confiance appropriée en ce qu’une entité satisfera aux exigences pour la qualité ». L’assurance qualité a longtemps été réservée à des secteurs tels que l’aéronautique, le nucléaire, l’armement (Froman, 1986). La promulgation des normes ISO 9000, en 1987, a permis d’ouvrir ces démarches à de nouveaux secteurs d’activités tels que les services, les transports, l’agro-alimentaire. Les grands donneurs d’ordres ont contribué, au sein de l’ISO, au développement d’un modèle commun transposable à n’importe quel type d’entreprise. Les normes ISO 9001/2/3 fixent un certain nombre d’exigences relatives au système qualité qui peuvent aller de la conception à la mise sur le marché. La généralisation des modèles d’assurance de la qualité conduit de nombreux dirigeants, notamment de petites entreprises, à s’interroger sur leur pertinence par rapport à leurs activités. Est-il possible pour une petite entreprise d’adopter ces modèles d’assurance de la qualité ? Est-ce que les dirigeants de petites entreprises sont disposés à faire évoluer leurs organisations selon les canons des modèles ISO 9000 ?

Cette contribution vise à apporter des éléments de réponse à ces questions à partir d’une approche cognitive. Nous allons nous intéresser au processus de décision d’adoption d’une démarche de certification d’entreprise, de sa genèse à sa mise en oeuvre. Nous allons nous focaliser sur le dirigeant-propriétaire de petite entreprise. Pour conduire cette réflexion, nous allons notamment nous appuyer sur les notions de vision stratégique et d’intention stratégique. On peut d’ores et déjà noter que le problème de la qualité s’intègre dans une stratégie plus globale. La qualité semble donc correspondre seulement à un aspect de la vision et de l’intention stratégiques, un aspect qui peut jouer un rôle majeur ou mineur selon le dirigeant et selon le contexte. La décision de se faire certifier peut s’inscrire dans une stratégie proactive de recherche d’avantage concurrentiel. Mais, elle peut également s’inscrire dans une stratégie réactive qui répondrait aux exigences des donneurs d’ordres, des clients, de la réglementation ou qui ferait suite à la certification d’un concurrent.

Dans le cadre de cette communication, nous allons essayer de proposer un cadre conceptuel destiné à mieux comprendre le processus de décision de mise sous assurance qualité. Dans une première partie, nous proposerons une grille d’analyse qui s’articule autour des concepts de vision stratégique et d’intention stratégique. Dans une deuxième partie, nous nous attacherons à montrer la pluralité des démarches et donc des parcours cognitifs possibles suivant les dirigeants.

Coopération en R&D et création de compétences

Auteur

Caroline MOTHE

Bertrand QUELIN

Résumé

La théorie de la firme basée sur les compétences insiste sur les caractéristiques internes des firmes, en contraste avec le schéma des forces concurrentielles de Porter (1980). Le développement de cette approche s’est opéré en parallèle avec la volumineuse littérature consacrée aux coopérations inter-firmes. Certains travaux font converger la théorie basée sur les compétences et les analyses de la coopération (Hamel, 1991).

L’objet de cet article est la coopération en matière de R&D, entendue comme un moyen privilégié de création de ressources nouvelles comme les nouveaux produits, brevets, prototypes mais aussi les compétences scientifiques et technologiques. L’objectif de ce travail est de comprendre les relations entre la forme organisationnelle de la R&D et les caractéristiques des firmes engagées dans la coopération et la création de ressources. Précisément, cet article analyse le type de ressources développées en commun dans le cadre d’un consortium en R&D en liaison avec les caractéristiques des firmes et de leur engagement, donnant ainsi une dimension empirique à l’approche par les ressources et les compétences. Il contribue à une connaissance précise des ressources créées lors de coopération en R&D en testant les déterminants de la création de ces nouveaux actifs, et plus spécifiquement ceux relatifs à la création de nouveaux produits. Finalement, cet article offre des éclairages nouveaux sur la coopération inter-entreprises, encore peu couverts par l’immense littérature consacrée à ce thème.

Dans une première partie, nous analysons brièvement les principaux travaux consacrés aux compétences, aux coopérations inter-entreprises et aux consortia en R&D. Une seconde partie est consacrée à la présentation de la méthodologie adoptée et à l’analyse statistique des liens entre, d’une part, la forme d’organisation de la coopération et les caractéristiques des entreprises engagées et, d’autre part, les types de ressources créées. La création de nouveaux produits fera l’objet d’une attention particulière. Enfin, un certain nombre d’enseignements sont tirés pour le management des coopérations dans les domaines de la recherche et du développement.

Vision stratégique et formes d'apprentissage organisationnel : des stratégies d'adéquation aux stratégies d'intention

Auteur

Emmanuel MÉTAIS

Christophe ROUX-DUFORT

Résumé

L'apprentissage et le changement organisationnels sont désormais les seules sources d'avantage concurrentiel soutenables (Saïas & Greffeuille, 1992). Cette affirmation est devenue un leitmotiv pour la stratégie d'entreprise, dans un contexte économique caractérisé par une instabilité et une intensité concurrentielle croissantes. Consécutivement, de nombreux travaux se sont penchés sur les problématiques de l'apprentissage, afin de qualifier les différents processus de changement dont une organisation peut faire l'objet. Il s'agit notamment de déterminer avec précision les critères définissant une véritable entreprise apprenante.

Mais, si ces analyses des formes d'apprentissage sont nécessaires, elles ne sont pas suffisantes pour la stratégie d'entreprise. En effet, tout le problème consiste à savoir quelle forme d'apprentissage mobiliser et à quel moment. Même si certaines formes d'apprentissage sont reconnues comme plus efficaces par les théoriciens de l'organisation, elles n'en sont pas pour autant nécessaires à toutes les situations que l'entreprise rencontre. Les formes d'apprentissage sophistiquées nécessitent de l'énergie, induisant anxiété et perturbation. Le problème consiste à ne mobiliser ses ressources que dans le cadre d'actions à forte valeur ajoutée. C'est pourquoi il apparaît essentiel de réfléchir, du point de vue de la stratégie, au moyen de mobiliser de manière distincte les différentes formes d'apprentissage, selon les enjeux de la situation. Le concept de vision stratégique se pose comme l'une des réponses possibles à cette problématique. En effet, la vision est généralement envisagée comme un levier fondamental pour le développement de l'entreprise.

Dès lors, objectif central de cet article, il nous est apparu opportun d'évaluer en quoi la vision, en fonction de ses différentes caractéristiques, pouvait permettre d'induire, de manière sélective, différentes formes d'apprentissage organisationnel. Une première partie porte sur le concept de vision stratégique et ses composantes. Une seconde partie propose une catégorisation des différentes formes d'apprentissage. Enfin, une troisième partie articule les deux précédentes, afin de mettre en relation vision stratégique et apprentissage organisationnel.

L’ingénierie de la performance coréenne

Auteur

Jean-Jacques PLUCHART

Résumé

Le "modèle coréen" traverse une ère de profonds changements. Dès son accession au pouvoir en 1993, Kim Young Sam, le président de la Corée du Sud, a souhaité que chaque coréen saisisse "la dernière chance de modernisation qui s'offre à son pays" (Hoon, 1993). Le développement des firmes coréennes -et notamment des dix "chaebols" - a été à l'origine du "miracle économique coréen" (Mahon, 1992). Leur expansion a reposé sur des facteurs désormais bien identifiés : faible coût d'une main d'oeuvre qualifiée et motivée (notamment par le "syndrome japonais"), captation de technologies étrangères, protection du marché intérieur, aides sélectives de la part des pouvoirs publics (« la Maison Bleue présidentielle dirige de fait "Korea Inc")... Mais "l'économie sud-coréenne ne doit plus désormais sa forte progression qu'à l'accroissement des capitaux et de la main d'oeuvre, et non à l'amélioration de la productivité" (Krugman, 1994) et "l'époque où la Corée pouvait se contenter d'exporter semble définitivement révolue" ( Kim Woo Choung, 1995).

Les programmes nationaux dits de la "Corée Nouvelle", de "l'Economie Nouvelle" et des « Projets hautement avancés » (HANP), lancés depuis le début des années 1990, marquent un tournant décisif dans les stratégies des groupes coréens (Taylor, 1994). D'ambitieux plans de développement ont été affichés par ces derniers, engageant simultanément des processus d'innovation des procédés et des produits, de globalisation des activités, de réorganisation des structures et de changement culturel. Ces réactions ont d’abord surpris par leur rapidité et par leur ampleur, puis ont suscité des interrogations sur le sens des nouvelles stratégies et sur leurs processus de mise en oeuvre. Elles soulèvent en particulier la problématique de la portée et des limites des concepts, méthodes et instruments de pilotage de la performance, mis en oeuvre par les managers coréens.

Le développement de grands projets dans les Nouveaux Pays Industrialisés, d'une logique de positionnement à une logique de représentation

Auteur

Jean-Jacques PLUCHART

Résumé

La multiplication des investissements directs des firmes multinationales dans les Nouveaux Pays Industrialisés ( NPI ) vient relancer la problématique des choix publics et des décisions privées en matière de projets internationaux. La déreglementation des marchés a contribué, à partir des années 1980, à limiter la capacité d’intervention des Etats et à étendre le pouvoir des groupes étrangers sur les économies locales (Wright, 1984). Cette mutation a rendu plus complexes les choix des pouvoirs publics -exposés au « dilemme de la gouvernabilité et de la compétitivité » (Faucher, Hafsi, 1994)- et les décisions des firmes - confrontées à des « arbitrages entre pays-cibles et entre modes d’implantation » (Rainelli, 1996). C’est pourquoi les approches classiques -fondées sur des analyses croisées des attraits des marchés et des atouts des investisseurs- s’avèrent souvent inopérantes, notamment lorsqu’elles sont appliquées à des économies émergentes.

Les choix publics et privés reposent en effet sur des logiques d’ordres stratégique, organisationnel et comportemental (Doz, 1986). Les décisions des acteurs doivent en effet conduire à optimiser les avantages concurrentiels respectifs des pays d’accueil et des groupes d’investisseurs, mais également à concilier les intérêts parfois contradictoires, des diverses « coalitions d’acteurs» impliquées dans les projets. L’harmonisation de leurs logiques est rendue encore plus difficile dans le cadre de systèmes dits de « socialisme de marché », recouvrant des « économies duales » où coexistent une planification autoritaire et une concurrence surveillée dans des zones géographiques spéciales. « Tout se passe en effet comme si le lobby des marchés y faisait peser, par sa nature même, une menace sur la souveraineté nationale ; la difficulté de penser la politique économique dans un espace « marchéisé » conduit ainsi certains Etats à prendre des décisions arbitraires au nom de la responsabilité démocratique » (Emmerich, 1996). La difficulté de mesurer le risque encouru par un projet international en économie socialiste explique notamment pourquoi près des deux tiers des initiatives de « joint ventures » entre des combinats chinois et des firmes étrangères se traduisent par des échecs (Shi, 1994), et pourquoi les investisseurs tardent à s’engager dans certains secteurs de l’économie vietnamienne ou à pénétrer les marchés nord-coréen et cubain.

La présente recherche vise à analyser les processus décisionnels respectifs des pouvoirs publics des N.P.I. et des firmes multinationales qui y sont engagées. Elle s’efforce de montrer que la pertinence des approches usuelles -adaptées aux interventionnismes libéraux- est remise en question en « économie duale ». Elle s’appuie sur l’observation d’un terrain inexploré: celui du plus important investissement vietnamien du début des années 1990. Elle présente successivement le cadre théorique (1ere partie), la méthodologie de la recherche (2eme partie), le descriptif du cas analysé (3eme partie) et les termes de la discussion qu’il soulève (4eme partie).

Le Laboratoire GALDERMA. Le développement d'une stratégie d'alliance entre les groupes NESTLE et l'OREAL. La stratégie exportatrice d'un laboratoire pharmaceutique. (Etude de cas)

Auteur

Jean-Jacques PLUCHART

Résumé

Une approche multi-dimensionnelle de la mesure de L'impact du pays d'origine

Auteur

Jan PROPECK

Rolando ARELLANO

Résumé

La globalisation des marchés et la multiplication des accords internationaux a rendu de plus en plus importante la compréhension des facteurs qui influencent le succès des entreprises au niveau international. Depuis le milieu des années 60, des chercheurs cherchent à mieux comprendre le rôle que joue l’image du pays d’origine dans le processus d’internationalisation. Ils arrivent à la conclusion qu’une image positive du pays d’origine facilite l’adoption des produits des entreprises de ce pays au sein d’un nouveau marché. Si l’impact hiérarchique du pays d’origine fait consensus, le processus cognitif qui le soutient représente cependant un domaine de recherche relativement peu exploré. Or, à l’aube du 21ème siècle, les gestionnaires des entreprises ont besoin de mieux comprendre comment fonctionne cette influence du pays d’origine afin de réaliser de manière optimale l’internationalisation de leurs entreprises. Aussi, cette recherche vise à développer un modèle de mesure en s’appuyant notamment sur l’image des trois pays signataires de l’ALÉNA, ainsi que les dimensions perceptuelles utilisées par des gestionnaires originaires de ces trois pays.

La théorie de l’avantage concurrentiel fondé sur les ressources: une illustration avec le groupe Salomon

Auteur

Dominique PUTHOD

Catherine THEVENARD

Résumé

Une étude s'appuyant sur l'ensemble des références bibliographiques du Strategic Management Journal (R. Déry, AIMS 1995) a mis en évidence les différents courants structurant le management stratégique, et a fait ressortir, pour les années 90, deux écoles de pensée. La première, dont le représentant éminent est H. Mintzberg, aborde la stratégie sous l'angle des processus de décision au sein de l'organisation. La seconde, l'approche "Resource Based", développée par des auteurs comme B. Wernerfelt, J. Barney, G. Hamel, C.K. Prahalad..., se centre sur les ressources spécifiques qui permettent à l'entreprise de se singulariser. Dans cette approche, les racines de l'avantage concurrentiel sont en effet à rechercher à l'intérieur de l'organisation. Le dirigeant, par sa clairvoyance, doit engager l'entreprise dans une dynamique lui permettant de maintenir son patrimoine de ressources et compétences et d'acquérir celles nécessaires à son développement futur.

Il paraît aujourd'hui intéressant de rappeler les principaux enseignements théoriques de cette approche, mais aussi et surtout d'en proposer une illustration concrète. Les auteurs de ce courant ont en effet souvent utilisé comme exemples des entreprises japonaises, issues de secteurs d'activité où la technologie joue un rôle essentiel (J. Allouche et G. Schmidt, 1995). C'est pourquoi nous avons privilégié un leader des sports d'hiver, le groupe Salomon, dont le credo interne stipule qu'il faut "changer les règles du marché pour gagner". Pour y parvenir, cette société haut-savoyarde a toujours fait appel à des ressources et compétences distinctives, qui lui ont permis d'élaborer des produits innovants. Par ailleurs, ses dirigeants successifs ont su constamment définir une vision mobilisatrice, adoptée par l'ensemble du personnel.

Créée en 1947 par François Salomon, l'entreprise fabriquait à l'origine des carres pour le ski, dans un petit atelier d'Annecy. Six plus tard, elle s'est lancée dans la fabrication de fixations, pour en devenir le leader mondial en 1972. Durant les années 70/80, Salomon a poursuivit son internationalisation (création de nombreuses filiales à l'étranger) et s'est engagée dans la voie de la diversification (lancement de chaussures de ski alpin en 1979, achat d'une entreprise américaine de golf en 1984). Pour les années 90, la volonté du groupe est double : dominer les sports d'hiver (commercialisation d'un ski en 1990, acquisition d'un fabricant de vêtements de surf américain Bonfire en 1995, lancement d'une planche de surf des neiges en 1996) et équilibrer les chiffre d'affaires des activités hiver et été (entrée dans la chaussure de randonnée en 1991, acquisition du fabricant de jantes de vélo Mavic en 1994 et lancement dans le patin en ligne en 1998). Avec un chiffre d'affaires de plus de quatre milliards de francs français. et un effectif de 2 712 personnes, l'ambition du groupe est aujourd'hui de devenir un acteur incontournable du marché global du sport, en proposant des produits à forte valeur ajoutée.

Le groupe Salomon nous servira donc d'exemple tout au long de cette présentation du courant des ressources et des compétences. Ainsi dans cet article, nous traiterons en premier lieu de l'identification et de l'évaluation de ces dernières. Puis, nous verrons en second lieu comment l'entreprise doit et peut les renouveler, afin de maintenir dans le temps son avantage compétitif.

Les Fondements Théoriques des Stratégies Environnementalistes

Auteur

Emmanuelle REYNAUD

Résumé

Cet article met en exergue l'évolution de la place de la variable écologie dans les modèles stratégiques. L'étude chronologique des écoles stratégiques montre que, longtemps ignorée ou considérée comme une contrainte, l'écologie devient dans les modèles récents source d'opportunités, tandis que les notions de performance sociétales disparaissent. Au-delà de la mise en évidence de cette nouvelle donne concurrentielle, cet article s'attache à compléter les travaux antérieurs en repérant la place possible de la protection de l'environnement dans les modèles stratégiques et pas seulement la place prévue par les modèles.

Le point de vue structurationniste en stratégie: perspectives, notions et enjeux

Auteur

Linda ROULEAU

Résumé

La stratégie comme domaine d’étude et d’application a maintenant plus de 30 ans. Depuis la fin des années 1980, les désillusions sont grandes quant à l’utilité réelle des connaissances dans ce domaine. Jusqu’à maintenant, les connaissances en stratégie relèvent d’une rhétorique scientiste qui visent à établir des généralisations relatives au comportement de l’entreprise et des modèles d’action standardisés. À une époque de mutations profondes, il devient de plus en plus nécessaire de favoriser l’éclosion d’habiletés et de connaissances qui permettent de comprendre la particularité des situations et qui sont utilisables dans une multiplicité de contextes.

À cet égard, le point de vue structurationniste fournit une voie d’approche des plus intéressantes. Il renouvelle la représentation du gestionnaire au sommet comme principal acteur de l’activité stratégique et permet de réfléchir différemment sur les liens qui unit l’entreprise à son environnement. De manière générale, le point de vue structurationniste repose sur l’idée que c’est l’ensemble des acteurs qui assurent la transformation des orientations globales de l’entreprise tout en contribuant à la reproduction des routines organisationnelles. De manière particulière, il permet d’articuler les liens entre stratégie, structure et environnement de façon à représenter l’unité de l’entreprise tout en reconnaissant l’éclatement des actions individuelles et collectives qui, au quotidien, font en sorte qu’elle existe.

Après avoir mis en évidence la nécessité de dépasser les formes discursives modernistes qui caractérisent les connaissances en stratégie, je propose de recourir à quelques notions structurationnistes pour comprendre la formation des stratégies. Puis, je prends pour cas d’espèce la question des liens entre la stratégie et la structure qui est au centre des connaissances en stratégie. Après avoir circonscrit les principales dimensions de cette question, je suggère de les repenser en reconnaissant la dualité du stratégique, point de départ d’une perspective structurationniste. Enfin, je fais part de mes réflexions quant aux divers enjeux relatifs à la mise au point d’une approche structurationniste et, pour conclure ce texte, je soulève la nécessité d’avoir recours à des points de vue critiques pour comprendre la formation des stratégies.

Stratégie et concurrence des projets nord-américains d'autoroute électronique

Auteur

Vincent SABOURIN

Kais MAKHLOUF

Résumé

Compétences stratégiques et stratégies des multinationales canadiennes

Auteur

Vincent SABOURIN

Élie BENDAVID

Résumé

Cet recherche illustrent comment les multinationales canadiennes développent des stratégies de mondialisation basées sur un recentrage de leurs compétences stratégiques. Les stratégies des grandes entreprises canadiennes comme Alcan, Domtar et le Canadien Pacifique misent sur des centres de gravité différents. Alcan s'est recentré au niveau de la transformation primaire alors que Domtar a effectué un recentrage au stade de la transformation secondaire. Enfin le Canadien Pacifique a recentré ses activités au niveau des activités tertiaires.

Approche de la complexité par la prospective

Auteur

Ali SMIDA

Résumé

La problématique de la complexité se pose de manière aiguë à tous ceux qui cherchent à prendre des décisions dans l'environnement d'aujourd'hui. Face à cette complexité, le décideur dispose des méthodes classiques, qualifiées de simplifiantes, qui lui permettent de disjoindre et de réduire, mais qui ne tiennent pas compte des interactions, de la globalité, de l'interdépendance essentielle entre l'unité et le tout. Ces méthodes classiques sont régies par la pensée simple qui cherche à maîtriser complètement, à contrôler, à prévoir, à connaître dans le détail. Cette approche était pertinente, tant que le monde évoluait lentement et que les organisations avaient le temps de s'adapter et rectifier le tir.

Mais ce monde trop parfait, trop cohérent pour lequel les penseurs classiques ont construit leurs modèles coïncide de moins en moins avec le monde réel d'aujourd'hui. La complexité de ce monde-ci tranche avec la simplicité de ce monde-là. Ces modèles classiques ont tenu le temps que la stabilité et la continuité étaient la règle et que la turbulence et la discontinuité étaient l'exception. Mais l'exception d'hier devient le vécu quotidien aujourd'hui.

Il va de soi alors qu'une telle vision passéiste et rigide des phénomènes se trouve incapable de fournir aux décideurs les images de la réalité dont ils ont besoin, pour déterminer leur politique et pour se préparer à dépasser, à atténuer ou à contourner les obstacles et pour saisir les opportunités qui s'offrent à eux. Il serait inutile, et même dangereux, si, pour aborder des phénomènes complexes, on fait appel à des concepts et à des outils forgés par la pensée simple ( Avenier, 1993 ). L’objet de ce travail est de montrer comment les concepts et les outils de la prospective peuvent aider le manager à mieux appréhender la réalité complexe à laquelle il est désormais confronté de façon permanente.

Le démarrage international : entre contraintes et opportunités

Auteur

Sylvie SAMMUT

Olivier TORRES

Résumé

Rationality and the management of uncertainty in new product development

Auteur

Raymond-Alain THIETART

Jean-Marc XUEREB

Résumé

Innovation projects always introduce concomitant elements of uncertainty and complexity; concerning the product to be developed and any technological requirements, the prevailing market and competition, and the structure of the organization involved. We propose that organizations work to confine systems which are already complex and uncertain by relying on various means to create “islands of rationality”, so as to furnish project managers with the capacity to make decisions and act. The aim of this study is to investigate the effectiveness of the different means used by organizations to reduce the perception of uncertainty and complexity which confronts innovation project managers.

Le management stratégique en PME : entre spécificité et dénaturation

Auteur

Olivier TORRES

Résumé

L'objet de cet article est de proposer une "démarche critique" à l'égard du corpus théorique classique de la recherche en PME. Tout d'abord, nous verrons que les nombreux travaux concernant les PME ne permettent pas véritablement de s'interroger de façon critique sur la conception théorique qui domine la recherche en PME. La raison principale tient au fait que la thèse de la spécificité est devenue au fil des années le paradigme dominant et structurant de la pensée "orthodoxe" de la communauté scientifique en PME. Or, les évolutions actuelles suggèrent de s'interroger désormais sur le champ de pertinence de cette thèse. Pour se faire, la thèse de la spécificité ne doit plus être prise comme un paradigme mais comme une simple hypothèse de recherche contestable. La question est de savoir dans quelle mesure et sous quelles conditions, la conception théorique de la PME qui guide les chercheurs dans leurs investigations est-elle toujours valide ? L'approche de la dénaturation que nous préconisons est une démarche qui s'attache davantage à cerner les limites du cadre de validité et/ou du champ d'application du modèle théorique de la PME qu'à le valider.

Innovation, management stratégique et économie: comment la théorie économique rend-elle compte de l'innovation dans l'entreprise ?

Auteur

Diane-Gabrielle TREMBLAY

Résumé

Le modèle des ressources et des compétences: un nouveau paradigme pour le management stratégique?

Auteur

Stephane A. TYWONIAK

Résumé

Les dimensions cognitive, praxéologique et structurale de l'organisation entrepreneuriale

Auteur

Thierry VERSTRAETE

Résumé

Essai de conceptualisation de la notion de facteur clé de succès et de facteur stratégique de risque ou faut-il toujours appeler les facteurs clés de succès: "facteurs clés de succès"?

Auteur

Thierry VERSTRAETE

Résumé

Deux points circonscrivent la portée du concept ici proposé. Tout d’abord il concerne les entités téléologiques (le système qu’est la firme est supposé être une telle entité), c’est-à-dire guidés par un but ou tout au moins par une vision. Les exemples s’appuient sur l’image de l’entrepreneur, vu comme un organisateur, porteur du but de l’entité qu’il pilote à travers la vision qu’il a du futur de la firme, ou encore, comme le propose Bréchet (1994), comme porteur du projet d’entreprise. Le deuxième point est donc que l’entité est pilotée et dirigée par un leader qui inculque sa culture et sa vision au groupe (Schein, 1989). S’il y a dans l’entreprise multiplicité des schèmes d’interprétation, il reste que certains acteurs comme l’entrepreneur, par leurs décisions et actions, engagent davantage la firme dans une certaine trajectoire (surtout dans les PME et les jeunes firmes). Il est possible de passer de l’entrepreneur à la coalition dominante en utilisant ce que Martinet (1984) appelle le noyau stratégique : « nous appellerons noyau stratégique le groupe (composé de 1 à n individus) qui a, de par la propriété et/ou le mandat, le pouvoir d’émettre des stratégies favorables aux buts de l’institution et créatrices de l’entreprise. Il peut s’enrichir en s’agrégeant des individus puisés dans l’organisation (cadres...) ou à l’extérieur (experts, conseils, "alliés") » (p.40). Ici, l’entrepreneur constitue le noyau stratégique. Les précisions nécessaires à l’acceptation des propositions de notre étude dans un contexte plus large (notamment relativement à l’unité de but, ou du passage de la vision du niveau idiosyncrasique au niveau collectif) obligent des développements qui ne peuvent prendre place dans le cadre restreint de cette communication (concernant le passage de l’entrepreneur à la coalition dominante voir Koenig, 1996, p.61).

En préalable, il nous reste à faire une précision d’ordre épistémologique. Bien que le concept s’attache principalement aux perceptions des acteurs (notamment à la vision de l’entrepreneur), il ne postule la réalité exclusivement comme construire ou comme objective, donnée. Considérer la réalité comme construite (ou subjective), c’est admettre qu’une partie de cette construction peut être ordonnée; si on la considère comme ordonnée (ou objective), on n’oubliera pas que l’ordre d’un système social est relatif à l’observateur, à son interprétation. Parmi les éléments qu’un individu perçoit comme importants pour la réussite du projet qu’il mène, certains sont plus objectifs que d’autres, selon qu’ils soient matériels, biologiques, mentaux ou artificiels (artefacts) et selon qu’ils soient « objectivés » par le social (cf. le processus d’objectivation décrit par les psychologues sociaux).