Communications non classées

Description du système français de formation au management et de sa dualité

Auteur

Tamym ABDESSEMED

Résumé

Le marché de la formation supérieure au management (i.e. gestion) s'est considérablement développé en France depuis les années 1970 et a vu la création de très nombreux établissements délivrant des diplômes suite à des formations en gestion. Il se décline majoritairement en formations généralistes mais existent aussi depuis une quinzaine d'années des formations spécialisées. Après cette période de développement, on a assisté depuis peu à la disparition de certaines petites Ecoles et à des bouleversements dans le paysage de la formation au management. Le placement des étudiants est plus difficile, et certaines Ecoles se livrent des batailles très vives pour parvenir à recruter des candidats dans leurs programmes.

L’action organisationnelle comme le résultat d’une écologie interne des rationalités?

Auteur

Jacques ANGOT

Florence DURIEUX

Résumé

L’action organisationnelle est un élément important de la compréhension des organisations. Synthèse agrégée de choix individuels ou combinaisons de procédures, normes et comportements, l’action collective, au sens de Brunsson (1982), constitue une problématique majeure, principalement dans la recherche de moyens pour l’induire, la motiver, l’ordonner ou encore la contrôler. A ce titre, un outil important a toujours été le concept de rationalité. En effet, soit il est à la base des modes d’organisation et de coordination (que ce soit dans l'organisation scientifique du travail (Taylor, 1965 ; Fayol, 1949) ou dans la représentation en chaîne moyens-fins (March et Simon, 1971)), soit il devient un élément de référence sur lequel se fonde la construction d'une perspective inverse (relativisme à la Boudon (1991) ou les réflexions sur l’irrationalité (Zey, 1995)). Plus important, la rationalité est devenue non plus un moyen d'atteindre la performance ou la maximisation du profit mais elle a intégré la vie organisationnelle en termes de finalité (Franck, 1988) est en passe de devenir une croyance (Bowles, 1997).

Néanmoins, le concept de rationalité a vu sa définition et son statut évoluer au cours des écrits passant de l'idée d'une Raison universelle (Cf. rationalisme) à celle plus modeste de plusieurs rationalités substantives mais aussi à celle de la pratique limitée de cette Raison (Simon, 1972) à l'origine de la recherche d'une rationalité procédurale qui, pour certains, aboutirait à des mécanismes de rationalisation (Gomez, 1996). Bref, l'organisation regorge de multiples rationalités substantielles ou de pratiques différentes de Raisons proches, qui sont engagées (au sens de Martinet (1995)) au sein d'activités plus ou moins stratégiques.

Dès lors, du fait de ces nouvelles considérations, il paraît légitime de s’interroger sur la manière dont ces différentes rationalités coexistent au sein de l'organisation. Cette question nous paraît d’autant plus importante que le concept de rationalité, devenu plus proche de l’acteur et de ses comportements, n’en reste pas moins liée à la notion d’action individuelle. Plus précisément, dire que l’organisation est le siège d’une variété de rationalités revient à dire que l’organisation est le siège d’une potentialité d’actions plus ou moins individuelles au sein desquelles l’organisation doit opérer un choix pour elle-même agir.

Or, la rationalité se définit à partir d'une combinaison particulière de moyens-fins et de règles d'adéquation et, au niveau interne à l’organisation, les moyens ainsi que les finalités sont en concurrence sur des ressources particulières qui peuvent être physiques, telles que les ressources financières, mais aussi sur des notions telles que l'attention ou la compréhension ou l'acceptation au sein des représentations des différents acteurs. Dès lors, sur ces modes de concurrence, il semble pertinent d’envisager une perspective évolutionniste. De ce fait, cela revient à chercher à comprendre si pour une fin donnée, il existe une écologie des moyens. De même, nous essaierons de voir si pour un moyen donné, il existe une écologie des fins.

Il est clair que cette écologie (si elle existe) permettra de définir les modes de sélection et de rétention des règles d'adéquation au sein de combinaisons moyens-fins et plus précisément de s'interroger sur l'idée de rationalité organisationnelle, à savoir celle qui se définit à l'issue d'un processus de variation - sélection - rétention (Campbell, 1969).

Pour cela, nous avons construit un cas en prenant comme unité d’analyse la notion de projets. Ce choix s’explique par deux raisons principales. La première repose sur l’idée qu’un projet qui se définit par "une démarche spécifique qui permet de structurer méthodiquement et progressivement une réalité à venir ... [Il] est défini et mis en oeuvre pour répondre au besoin d'un client et [...] implique un objectif et des besoins à entreprendre avec des ressources données" (AFITEP-AFNOR, 1992 : 136) permet d’identifier de la manière la plus directe les notions de fins et de moyens qui lui sont associées. La deuxième, plus pragmatique, repose sur des facilités d’accès au terrain, aux acteurs et aux données primaires et secondaires. Cette recherche porte sur une population de projets techniques d’EDF GDF SERVICES. Bien sûr, la nature des projets aurait pu être tout autre : ressources humaines, développement commercial, etc. Aux vues de cette méthodologie qui comporte assurément des limites, nous essaierons de montrer les différentes phases confirmant l’idée d’écologie avant de nous pencher sur les « configurations » issues de cette écologie en termes de règles d’adéquation entre moyens et fins. Nous n’avons retranscrit que quatre projets en raison de la nature différente d’éclairage qu’ils apportent.

Les problèmes de légitimités au sein d’un mode d’organisation non hiérarchique : le cas d’une « reprise en main »

Auteur

Jacques ANGOT

Olivier MEIER

Résumé

L’environnement a fait apparaître ces dernières années de nouvelles formes d’organisation dont l’une des caractéristiques est l’instauration de mode d’organisation non hiérarchique inscrits dans une logique de coopération (Jarillo 1988, Chiles & Mcmackin 1996).

Ce modèle trouve sa cohérence dans le développement de relations basées sur la confiance mais également sur la complémentarité entre les différents acteurs de l’organisation au travers d’une valorisation des qualités personnelles des individus et de leur contribution à l’efficacité organisationnelle.

Ces organisations présentent par conséquent des modes de fonctionnement peu classiques en ce sens que les spécificités organisationnelles, telles que les procédures ou les règles formelles, semblent être négligées au profit d’ajustements personnalisés et d’une valorisation des compétences individuelles (et ce indépendamment du statut des acteurs au sein de l’organisation)

Ceci nous amène à penser que des changements puissent être perçus et vécus différemment dans le cas d’un mode d’organisation non hiérarchique, en comparaison à des entreprises plus traditionnelles En particulier comment une organisation non hiérarchique peut-elle réagir à des changements d’orientation importants ? C’est la question à laquelle nous nous proposons de répondre au travers d’une étude de cas ; Le cas étudié correspond à une reprise en main par les mandants de l’une de leur société, nommée pour des raisons de confidentialité, Tulipe. Le cas relate la décision des mandants d’opérer un changement de direction au sein d’une société habituée par son histoire et son métier à développer des relations de coopération dans un cadre « déhiérarchisé », dotée d’un centre de pouvoir réduit. Cette reprise en main se traduit par l’introduction d’un nouveau système d’autorité basé sur des mécanismes de contrôle et la mise en place de relations hiérarchiques.

L’intérêt du cas est justifié par le phénomène d’escalade engendré par cette mesure et ses conséquences dramatiques pour le fonctionnement de l’organisation (phénomènes d’implosion, individualisation des conflits, rejet des propositions du nouveau dirigeant, multiplication des comportements déviants). En cherchant à comprendre les raisons de l’impact par l’introduction d’un système d’autorité différent de celui pratiqué jusqu’alors, nous avons été amenés à réfléchir sur la manière dont l’autorité peut s’exercer dans une organisation non hiérarchique.

Dans ce mode d’organisation, l’autorité ne repose pas sur le statut hiérarchique des acteurs qui se voient dans l’incapacité d’imposer a priori telle ou telle procédure dans un mode d’organisation non hiérarchique. L’autorité n’est pas une simple « affaire de forme », où il s’agit de respecter des règles en vigueur. L’autorité doit, pour être légitime, de justifier le contenu de ses propos et leur intérêt pour les membres de l’organisation. C’est seulement de cette façon que l’autorité pourra bénéficier de l’obéissance active des collaborateurs (Filion 1994). Ceci revient, par conséquent, à aborder le fonctionnement des modèles non hiérarchiques comme la résultante d’un siège de légitimités substantielles, où le « contenu » prime sur la « forme ».

Notre problématique de recherche revient alors à analyser comment une organisation non hiérarchique qui s’appuie sur des légitimités substantielles, peut réagir à l’introduction d’un système d’autorité formel. Plus précisément, d’un point de vue intraorganisationnel, nous essaierons d’analyser les logiques d’affrontement entre des légitimités substantielles et une légitimité rationnelle-légale qui correspond à l’arrivée d’un nouveau dirigeant mandaté par les membres constitutifs de l’entreprise Tulipe (c’est-à-dire ses mandants).

Après avoir élaboré, à partir de la « littérature » une grille de lecture des légitimités, nous analyserons les différents « moments de ruptures » (Laufer 1996) puis tenterons de proposer des pistes de réflexion sous forme de propositions.

La dialectique de la coopération et de la compétition dans un réseau d’entreprises

Auteur

Christophe ASSENS

Hamid BOUCHIKHI

Résumé

Cet article est le fruit d'une recherche empirique visant à comprendre le fonctionnement d'un réseau d'entreprises situé dans l'univers des services aux collectivités locales. Fondée sur la méthode des cas, la recherche met en évidence trois processus d'interactions entre les unités de ce réseau : la collaboration, la sous-traitance et la concurrence interne. Les observations montrent donc la coexistence de la collaboration et du conflit en raison de la complémentarité ou du recouvrement de compétences entre les membres de l'organisation. Partant de ce constat, ce travail remet en question les visions normatives qui opposaient deux logiques de fonctionnement au sein du réseau : une logique axée uniquement sur la recherche de consensus et une logique fondée essentiellement sur les conflits d'intérêts individuels.

Faute de gestion et contrôle interne : le cas Metallgesellschaft

Auteur

Wilfrid AZAN

Résumé

Sur quelles bases juger une stratégie dans un univers de complexité ? Cette question naît de l’observation d’une réalité troublante. Il n’est de pays qui ne détienne son scandale « Crédit Lyonnais », « Procter and Gamble » ou « Metallgesellschaft » (MG). S’abstraire des pesanteurs administratives et juridiques est sans doute un rêve caressé par de nombreux entrepreneurs. De même, il est grisant pour le stratège de se fier à sa vision même si celle-ci se heurte à des contraintes matérielles. Il est envoûtant pour le décideur d’opter pour une stratégie, sans la discuter, en outrepassant ce que l’on nomme le contrôle interne et qui est la somme des procédures mises en place dans une entreprise pour en assurer la pérennité. En déduire une opposition de fait entre contrôle interne, hémisphère gauche de l’entreprise, garant de la légitimité et pensée stratégique, vagabonde, hémisphère droit est sans doute rapide. Par exemple un contrôle interne peut accepter d’être contourné pour permettre à l’entreprise de s’affranchir de contraintes notamment juridiques ou industrielles. De même, un contrôle interne peut volontairement délivrer des chiffres inexacts pour permettre à la pensée stratégique de s’épanouir au risque de laisser la faute de gestion survenir. Il ne s’agit plus de disposer d’un contrôle interne parfait, ce qui ne génère que très peu de valeur, pour une consommation énorme de ressources. L’objectif est de rester dans les franges du quasi-légal et du presque légitime, en évitant que le flou entretenu ne dégénère en scandale retentissant. La complexité ambiante continue à alimenter l’absence de repères légaux juridiques ou comptables. Le contrôle interne n’a plus qu’une fonction, celle d’éviter l’irréparable, et de détecter la faute de gestion. Le contrôle interne est donc cerné. Il doit composer avec des stratégies de plus en plus audacieuses et garantir la détection des décisions conduisant à une insuffisance d’actifs, c’est à dire isoler les fautes de gestion. Le contrôle interne est le seul rempart afin que l’extraordinaire liberté que procure notre environnement ne soit source de perditions.

La société Metallgesellschaft est spécialisée dans l’extraction et la transformation de métaux. En 1993, cette société perd la somme de 1.265 millions de dollars, sur les marchés à terme du pétrole aux Etats-Unis, et passe tout près de la faillite. Le projet stratégique de la multinationale allemande est unique dans l'industrie. Pour la première fois, une société industrielle se détourne de son objet social, pour se livrer au marketing de contrats financiers. L’attitude du contrôle interne durant cette affaire est un mélange troublant d’incompétence et de complicité.

Dans une première partie nous dresserons un bilan schématique de ce que fut l’aventure de la Metallgesellschaft aux Etats-Unis. Nous expliciterons la relation théorique qui noue complexité et contrôle interne. Dans une troisième partie, nous nous demanderons si la détection d’une faute de gestion est réalisable au travers d’instruments comme la notation. Au travers du scandale Metalgesellschaft, nous montrerons qu’il s’agit d’un système de détection de l’anomalie stratégique.

Du succursalisme à la franchise. Un choix de désinvestissement stratégique

Auteur

Alessandro BARONCELLI

Angelo MANARESI

Résumé

Les modalités d’exploitation des activités commerciales peuvent aussi être classifiées selon les deux options classiques à partir desquelles la théorie de l’entreprise a représenté les formes organisationnelles (Williamson, 1975). La gestion directe basée sur des relations hiérarchiques, c’est à dire le succursalisme, et celle organisée par le marché où le producteur de biens ou de services fait appel à des intermédiaires multimarques (commerce indépendant associé et indépendants isolés). La formule de la franchise qui s’inscrit du point de vue formel (aspect fonctionnels et juridiques) dans le cadre du commerce associé représente à notre avis une forme organisationnelle réticulaire, qu’il faut considérer comme forme originale et différente par rapport aux autres (Lorenzoni, 1997). L’importance des activités commerciales en terme de création de valeur sur l’offre globale des entreprises a souvent obligé les firmes à abandonner l’option liée au marché et à consacrer des ressources importantes à l’organisation directe des activités commerciales.

Plus récemment l’exigence de faire face à une pénurie de ressources et au changement rapide des conditions concurrentielles a amené les fabricants de plusieurs secteurs à se recentrer sur leur métier principal.

Cette transformation des activités concerne aussi les activités commerciales et demande un effort important de restructuration. Une modalités de restructuration intéressante pour les conséquences qu’elle entraîne pour la stratégie des entreprises, le style de gestion et la forme organisationnelle, est le désinvestissement des points de vente en propriété par leur transformation en relations de franchise.

Notre propos est de montrer l’existence et l’importance en France de ce phénomène qui semble s’affirmer dans plusieurs pays européens (Baroncelli et Manaresi 1993, 1995, 1996, 1997, 1998). Les autres objectifs de cette contribution sont les suivants: analyser la nature et les conséquences de l’opération de restructuration qu’on appellera désinvestissement par la franchise et montrer que cette manoeuvre permet la création d’une forme organisationnelle réticulaires différentes par rapport aux “idéaux types” williamsonniens.

Pour ce faire, nous allons mobiliser un corpus empirique important tiré de réseaux de franchise français que nous avons étudié durant l’année 1997: 85 franchiseurs français (sur une population sélectionnée de 243 franchises) et leurs relations avec les 11.776 franchisés-partenaires lors des phases de marketing et vente. Le corpus de données comprend les réponses valables aux 303 questionnaires envoyés aux franchiseurs français identifiés à partir de plusieurs bases de données.

Ce travail est organisé de la façon suivante: tout d’abord nous présentons la notion de désinvestissement par la franchise et les caractéristiques de la franchise comme forme organisationnelle réticulaire (parties 2 et 3). Ensuite, nous passons à l’analyse du phénomène de la franchise en France. La cinquième partie porte sur la description de la recherche empirique réalisée où nous présentons la méthodologie suivie et les résultats obtenus. La dernière partie présente les conclusions du travail.

L’enchevêtrement des formes organisationnelles, marchés, hiérarchies et réseaux

Auteur

Alessandro BARONCELLI

Thomas FROEHLICHER

Résumé

Quand il proposa sa théorie de l’organisation fondée sur deux pôles, marchés et hiérarchie, Williamson ne se doutait probablement pas qu’elle serait massivement appliquée à l’étude de la coopération interentreprises et des alliances stratégiques. Vraisemblablement ne l’espérait-il pas non plus. En effet, la persistance du phénomène coopératif dans le champ de la stratégie d’entreprises et des structures d’organisation le conduit à accepter une évolution de ses théorisations. Il reconnaît alors une variété plus grande de structures organisationnelles qui se trouvent entre les deux formes canoniques que constituent marchés et hiérarchie. En définitive, la bipolarité, discrète ou continue, va fonder une véritable plate-forme conceptuelle que de nombreux auteurs vont emprunter, prosélytes ou critiques, pour fonder leurs travaux sur la coopération et les réseaux d’entreprises. Certains partent à la découverte des « formes hybrides », entre marchés et hiérarchies.

D’autres dénonçant la « tyrannie » imposée par cette bipolarité des structures de gouvernance ont recours à une forme supplémentaire, le réseau, pour décrire et analyser une réalité toujours plus difficile à appréhender que ne le laisse présumer les théories. De façon générale, un réseau se définit comme une structure de liens entre des noeuds. Dans le domaine organisationnel ces noeuds peuvent être des organisations, des rôles organisationnels à l’intérieur des organisations ou des individus, ce qui amène à considérer trois types de réseaux : le réseau inter-organisationnel qui relie des entreprises ou d’autres types des personnes morales, le réseau intra-organisationnel qui relie des pôles organisationnel (fonctions, divisions, sociétés contrôlées) à l’intérieur des organisations et le réseau inter-individuel ou personnel qui relie des personnes physiques (Boari, Grandi, Lorenzoni, 1989).

La littérature sur la place des réseaux dans les relations inter-entreprises tend à isoler chacune de ces formes. On trouve ainsi toute une littérature qui associe le réseau inter-organisationnel à une forme de gouvernance stable et alternative à la dichotomie marché-hiérarchie (Miles et Snow, 1986 ; Thorelli, 1986; Eccles et Crane, 1987; Powell, 1990 ; Lorenzoni, 1997). Un autre ensemble de travaux identifie des réseaux de personnes et mesurent l’incidence de ces structures relationnelles sur les marchés d’organisations (Burt, 1992 ; White, 1981). Cette dimension physique de la relation inter-individuelle est d'autant plus prégnante qu'elle est absente de la coopération inter-organisationnelle si, comme il est le cas de l’approche économique à la compréhension des organisation, l'on s'interdit d'observer les individus qui représentent et incarnent ces organisations. Par nature, ces trois types de réseaux sont intégrés dans le cadre de la coopération inter-entreprises, et la nature des régulations qu’on y retrouve les rapproche plutôt au marché ou à la hiérarchie. Cependant le choix d’analyser le organisation réelle selon la proposition de Williamson (1975, 1985, 1991) par confrontation aux « idéaux-types » nous amènerait, par la notion de coûts de transaction, à découvrir que même les organisations qui se rapprochent le plus des modèles contiennent des éléments de l’autre forme. Sur ce point, la critique faite à cette approche par Stinchcombe (1990) est encore plus radicale puisque, selon lui, hiérarchie et marché ne sauraient être définis que de manière résiduelle l’un par rapport à l’autre.

De cette vision triangulaire ressort un monde économique complexe ou s’entremêlent marchés, hiérarchies et réseaux. Dans cette communication, nous adhérons à une représentation triangulaire de la réalité. Nous nous attachons, dans un premier temps, à stabiliser le troisième terme que constitue le réseau au côté de la « marchandisation » et de la hiérarchie. Le réseau possède une existence et des propriétés qui leur sont extérieures. Cependant, notre propos n’est pas pour autant de faire l’impasse sur les autres formes d’organisation.

Au contraire, nous discutons la notion de réseau en mobilisant plusieurs contextes d’action pour faire ressortir cet inextricable enchevêtrement des formes organisationnelles. Les conclusions présentées dans cette contribution ressortent de recherches empiriques menées à la fois par questionnaires sur des échantillons représentatifs des ensembles étudiés et d’entretiens conduits en face à face ou au téléphone avec les principaux responsables. Ainsi, nous serons amenés à décrire deux districts industriels italiens, celui de Mirandola consacré au biomédical et celui de la chaussure de Casarano. Nous intégrerons aussi l’analyse d’une organisation complexe associant l’ensemble des musées municipaux de la ville de Strasbourg, « Musées de la Ville de Strasbourg » (MVS) et d’une structure organisationnelle dans le domaine de la distribution articulée autour de firmes-pivot.

Le marketing achat, conception et état des pratiques dans les entreprises industrielles

Auteur

Nathalie BARRIOL

Résumé

Depuis son apparition, au début des années 1970, le concept de marketing achat a suscité de nombreux écrits.

- Réalisées à partir de 1973, les premières études universitaires s'intéressent essentiellement à la fonction commerciale du marketing achat (KOTLER et LEVY, 1973 ; DAVIES, 1974 ; SANTI, 1974 ; VALLA, 1978).

- Renouvelées au début des années 1980, les recherches académiques s'attachent à montrer la dimension stratégique des volets internes et externes du marketing de l'acheteur (MARCEL et NASSOY, 1985).

- Dans les travaux effectués au cours des années 1990, l'objectif d'une approche marketing achat est de favoriser une meilleure adéquation entre les possibilités du marché fournisseur et les besoins de l'entreprise (SOSTENES, 1994-a).

Alors que sur un plan théorique le concept paraît aujourd'hui relativement bien cerné, il convient d'admettre que l'on sait peu de choses en ce qui concerne sa situation dans les entreprises. L'objet de cet article est de rendre compte d'une étude empirique réalisée pour répondre aux deux questions de recherche suivantes :

- sur le terrain, les définitions du marketing achat sont-elles aussi convergentes que celles proposées dans la théorie ?

- s'agissant des pratiques, quels outils, associés au marketing achat dans la littérature, sont-ils réellement utilisés dans les entreprises ?

Dans une première partie, une revue de la littérature permettra de clarifier le concept et d'élaborer une grille de lecture destinée à confronter, sur le terrain, théorie et pratique. Une seconde partie présentera les résultats d'une enquête engagée, en 1997, auprès d'un panel de douze entreprises industrielles.

La problématique de l’avantage pionnier : revue de la littérature et approche par la théorie de la ressource

Auteur

Jérôme BARTHELEMY

Résumé

Il est courant de penser qu’il existe un lien entre l’ordre d’entrée sur le marché et la performance. La croyance en l’existence de cet « avantage pionnier » est telle que les entreprises n’hésitent pas à annoncer l’introduction d’un produit à l’avance pour s’assurer des bénéfices censés revenir au pionnier (Robertson, 1993 ; Tellis et Golder, 1996). Un des premiers auteurs a avoir abordé la problématique de l’avantage pionnier est Levitt (1965), qui utilise la métaphore de la pomme pour caractériser le dilemme auquel les entreprises doivent faire face lors de la phase de développement d’un produit. En effet, on peut comparer un marché à une pomme. Si la première bouchée est beaucoup intéressante que les suivantes, elle implique une plus grande prise de risques («the trouble with being a pioneer is that the pioneers get killed by the Indians», Levitt, 1965, p. 82)). Toutefois, il faut rester parmi les premiers entrants pour ne pas se retrouver avec « the tenth skimpy bite». Il faut alors attendre le milieu des années quatre-vingts pour que la recherche sur la question de l’avantage pionnier connaisse un véritable essor (Robinson et Fornell, 1985 ; Robinson, 1988 ou Urban et al., 1986 par exemple). Depuis l’année 1994 la tendance s’est inversée et les articles publiés se font rares.

La rédaction de cette proposition de communication est fondée sur une constatation simple. Si, dans le domaine du marketing, la littérature s’est montrée florissante, le management stratégique s’est assez peu intéressé à l’avantage pionnier. Les articles sont rares et anciens (Mitchell (1989 et 1991) ou Lambkin (1988) par exemple) et on se borne habituellement à considérer que la problématique a été épuisée par la revue de littérature de Lieberman et Montgomery (1988). Il nous semble donc qu’un traitement renouvelé de la problématique par le management stratégique s’impose, d’autant plus que la question centrale posée par Lieberman et Montgomery (1988, p. 52) n’a pas encore reçu de réponse : « The fundamental (and in our view most interesting) question of how fist-mover opportunisties arise and are pursued by specific firms remains almost completely unexplored ».

Une analyse de la littérature permet de distinguer deux grands pôles, en partie complémentaires. D’une part, les études empiriques issues du marketing, cherchent à prouver l’existence d’un avantage pionnier. D’autre part, la littérature théorique, issue de l’économie et du marketing, étudie les mécanismes qui permettent de transformer un ordre d’entrée en avantage pionnier. Après avoir mis en lumière les limites de la littérature existante, la théorie de la ressource nous permettra d’affiner notre compréhension de la problématique de l’avantage pionnier. En effet, il nous semble que deux différents types de ressources et compétences entrent en jeu dans la constitution d’un avantage pionnier. Le premier conditionne l’ordre d’entrée en tant que pionnier.

Le second conditionne la transformation de l’ordre d’entrée en un avantage concurrentiel véritable, l’avantage pionnier. Cette approche en deux temps, fondée sur la théorie de la ressource, permet d’expliquer pourquoi certaines entreprises, entrées les premières sur leur marché, connaissent le succès sur le long terme alors que d’autres disparaissent rapidement.

La dimension contractuelle de l’outsourcing : analyse théorique et étude de quinze cas informatiques français

Auteur

Jérôme BARTHELEMY

Résumé

Cette communication se compose de deux parties : une étude théorique du phénomène de l’externalisation et une étude empirique de quinze opérations d’externalisation de l’informatique menées en France. Nous commencerons par présenter la littérature managériale, qui est actuellement la seule à aborder le phénomène de l’externalisation. Nous lui adressons deux reproches : sa focalisation excessive sur la question de la décision d’externalisation et son manque de rigueur théorique. Pour pallier ces limites, nous développerons une analyse théorique fondée sur la théorie des coûts de transaction. L’originalité de notre approche repose sur deux éléments.

D’une part, nous estimons qu’il est essentiel d’adjoindre la théorie de la ressource à la théorie des coûts de transaction pour analyser le phénomène de l’externalisation. En effet, l’externalisation présente la particularité de remettre en cause une décision d’investissement et d’induire un transfert de ressources vers un prestataire. Prendre la décision de « faire » ou de « faire faire », sujet classique pour la théorie des coûts de transaction, n’a pas du tout la même signification selon que l’on a déjà réalisé l’activité en interne ou non. D’autre part, il nous semble que lorsque des ressources cruciales pour le bon fonctionnement de l’entreprise sont externalisées, la question de leur gestion est essentielle. Pour aborder ce sujet, nous mettrons l’accent sur les mécanismes, contractuels et organisationnels de suivi du prestataire, habituellement négligés par la recherche sur l’externalisation. La deuxième partie de cet article consiste en une étude empirique. Si l’un des intérêts de cette enquête est de décrire des opérations d’externalisation, son objectif principal est de pré-tester les principaux résultats issus de la réflexion théorique.

L'action stratégique et le souci des réactions des firmes rivales

Auteur

Faouizi BENSEBAA

Résumé

Le premier point de cette contribution décrit succinctement les voies tracées par les principales théories des organisations pour acquérir les avantages compétitifs. Le deuxième point propose une autre perspective pour analyser les stratégies concurrentielles, comprendre la compétition et repérer les sources de l’avantage compétitif. Le troisième point expose les caractéristiques principales de la dyade action-réaction, définie comme l’unité d’analyse des stratégies concurrentielles des firmes. Le quatrième point est lié à la méthodologie adoptée et au secteur d’observation choisi. Le cinquième point présente les résultats obtenus. Le dernier point enfin porte un regard sur les apports de ce travail, ses principales limites et propose quelques pistes de réflexion futures.

Stratégie des OMN et transfert des techniques de gestion : une approche exploratoire

Auteur

D. BIGET

Résumé

Les travaux récents de U. ANDERSON et C. PAHLBERG1 ont mis en évidence le rôle que pouvait jouer une filiale dans la définition de la stratégie d'une Organisation Multinationale. G. HEDLUND2 (1980) et M.P. KRIGER (1988) estiment par ailleurs que la participation à la définition de la politique du groupe est un des moyens de détendre les relations filiales-maison-mère.

On considèrera que la stratégie comporte deux niveaux imbriqués, la stratégie externe, définissant le mode de relation avec le marché, et la stratégie interne, définissant les pratiques administratives (sous-système d'animation) et d'animation (sous-système d'animation et de contrôle social)3. L'approche stratégique, parce qu'elle définit un mode de communication interne et externe, une conception de l'avenir et des relations sociales, semble connotée culturellement; on s'aperçoit en effet que les outils opératoires concernant la définition et la mise en oeuvre des intentions stratégiques du Groupe ne sont pas neutres culturellement, si l'on s'en tient à une lecture culturaliste des résultats du Management Comparé.

Ces outils relèvent de dimensions classiques des Structures et de l'Organisation (planification, degré de formalisme, contrôle de gestion) mais aussi de dimensions liées à la communication interne et externe.

Il se pose par conséquent au préalable et de manière concomittante à la mise en place de la stratégie la question du transfert des techniques de gestion du contexte culturel de la maison-mère au contexte de la filiale, suite par exemple à une opération de fusion ou d’acquisition. L'objectif de la présente étude est de mesurer la perception de l'adaptation de techniques de gestion réputées allemandes dans un contexte français, notre étude empirique exploratoire portant sur un échantillon de 42 entreprises.

Après avoir rappelé les différences culturelles mises en évidence par le Management Comparé (I), nous examinerons les résultats empiriques obtenus, qui sont à certains égards inattendus (II).

Une approche dynamique des stratégies génériques de M. PORTER

Auteur

Laurence BILLARD

Résumé

Les analystes ont toujours eu les plus grandes difficultés à mettre en évidence les raisons du succès, ou de l’échec, des entreprises. Suivant les époques, ou les modes, « l’excellence » des entreprises les plus performantes a été attribuée au charisme de leur dirigeant, à la qualité de leur organisation ou de leur culture, à un marketing efficace, voire au hasard ou à la chance (Blanc, Dussauge, Quelin, 1992). Sans sous-estimer l’importance de ces facteurs, on peut penser que l’un des déterminants essentiels, du succès, ou de l’échec, d’une entreprise est la nature de la stratégie qu’elle met en œuvre pour affronter ses concurrents. Porter (1991) confirme cette tendance lorsqu’il annonce les origines de l’avantage concurrentiel d’une firme. Ceux-ci dépendent de deux facteurs:

* l’histoire de l’entreprise : la firme a une réputation préexistante, des compétences, des activités en place et les conditions initiales influencent les choix stratégiques et les contraignent parfois.

* les choix managériaux pertinents, adaptés à l’environnement qui conduisent l’entreprise a une position favorable dans son secteur. Ces choix, réalisés dans l’incertitude du futur, définissent le positionnement de la firme.

M. Porter (1980, 1986) présente trois stratégies permettant d'obtenir des profits supérieurs à la moyenne du secteur : la domination par les coûts, la différenciation et la concentration. Mais confrontés à un environnement turbulent et hypercompétitif, ces travaux connaissent des limites. Aujourd'hui, il s'avère dangereux pour une entreprise de suivre une seule stratégie si elle veut obtenir un avantage concurrentiel durable. Des études ont montré que les firmes combinant les stratégies ont de meilleures performances que celles suivant des stratégies pures. D'autre part, une analyse sectorielle dynamique est devenue impérative pour anticiper les relations des concurrents. Face à ce constat, nous proposons un modèle d'analyse permettant de mieux comprendre la mise en place des stratégies combinées puisque celles-ci garantissent à l'entreprise un avantage concurrentiel plus durable.

Sélection et exploitation des signaux faibles de veille stratégique : deux cas d’utilisation de guides utilisateurs

Auteur

Sylvie BLANCO

Marie-Laurence CARON-FASAN

Humbert LESCA

Résumé

La Veille Stratégique suscite un grand intérêt chez les chercheurs, notamment en tant que dispositif d'aide au management stratégique (Thiétart, 1990 ; Marmuse, 1992 ; Koenig, 1996).

Du côté des praticiens, nombre d'entreprises investissent dans la mise en place de tels dispositifs. Cependant, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes (Smith et Prescott, 1987 ; Gilad et Gilad, 1988 ; Lesca, 1994). Souvent, on observe des situations paradoxales de surcharge et de manque d'information, entraînant l’incapacité des entreprises à anticiper les changements de leur environnement.

Nombre d'explications émergent des publications en management stratégique. Elles sont essentiellement liées aux aspects cognitifs du traitement de l'information en situation d'incertitude (Kiesler et Sproull, 1982 ; Schwenk, 1984 ; Weick, 1995). Plus précisément, la sélection et l'exploitation des informations sont présentées comme cruciales mais difficiles à appréhender (Daft et Weick, 1984 ; Thiétart, 1990 ; Smircich et Stubbart, 1985 ; Koenig, 1996). Ces difficultés appellent au développement d'aides procédurales pour la prise en compte des informations stratégiques, aides qui auraient un rôle d'amplificateur cognitif. C'est en cela que nous les appelons "outils d'aide au processus de prise de décision" et non "outil d’aide à la décision" (Laroche et Nioche, 1994).

Cependant, de tels supports sont rares (Hedberg et Jönsson, 1978 ; Cats-Baril et Huber, 1987 ; Boland, 1994 ; Brannback, 1997) et le faible accès aux données de terrain sur la façon dont les individus appréhendent les informations stratégiques rendent les méthodes de conception traditionnelles inutilisables (Hambrick, 1982 ; Cowan, 1986).

En réponse, nous proposons une approche "originale". A travers une recherche ingénierique (Chanal et al., 1997), nous développons des "aides cognitives et procédurales". Sous la forme de prototypes de "guides utilisateurs", leur mise en oeuvre permet d'observer et d'aider les acteurs de la veille mais aussi d’effectuer un retour sur les concepts théoriques utilisés et de produire de nouvelles connaissances (Brannback, 1997 ; Chanal et al., 1997).

Structuration bibliographique de la recherche francophone en stratégie à l’aide des outils de scientométrie

Auteur

Jean-Pierre BOISSIN

Jean-Claude CASTAGNOS

Gilles GUIEU

Marie-Angèle DE LOOZE

Résumé

Nouvelle étape de travaux engagés début 1996, sous l’impulsion de l’AIMS, cette communication propose une représentation de la structuration bibliographique de la recherche francophone en stratégie. En l’absence de revues propres à la discipline, une base de données a été constituée et résulte de la sélection, sur la période 1990-1995, de 249 articles issus de sept supports éditoriaux (Revue Française de Gestion, Revue Internationale PME, Gestion, Revue d’Economie Industrielle, Economies et Sociétés - série Sciences de Gestion, Gestion 2000 et Perspectives en Management Stratégique5). Ces 249 articles s’appuient sur 7075 références bibliographiques. Le travail présenté met l’accent sur l’identité des auteurs référencés.

Après une description succincte de la méthodologie mise en oeuvre, deux types de résultats sont présentés. Dans un premier temps, une approche descriptive permet d’identifier les auteurs référencés. Le palmarès des 38 auteurs les plus cités globalement dans la base de données s’avère relativement hétérogène. Les bibliographies des 249 articles font apparaître une mobilisation différenciée de ces références. Les traits identitaires des auteurs citants issus des travaux précédents (BCG, 1996 et 1997) permettent de discerner différents comportements.

Dans un second temps, la méthode des cocitations donne une nouvelle perspective à l’analyse. Le dépassement de la dimension individuelle de l’auteur cité autorise à s’engager sur le rôle des réseaux de recherche appréhendés à travers les cooccurrences multiples d’auteurs dans les bibliographies. Une première représentation est construite autour de deux dimensions : le degré d’intégration des auteurs (cf. définition infra) francophones aux réseaux et le degré de centralité (cf. définition infra) mesurant les connexions inter-réseaux. Une seconde représentation aboutit à proposer une généalogie de la recherche francophone articulant les objets stratégiques de recherche, les fondements internes et les fondements externes à la discipline.

Externalisation des activités immatérielles, identité de l’entreprise et performance

Auteur

Ahmed BOUNFOUR

Résumé

L’externalisation d’activités immatérielles est une pratique managériale qui tend à se généraliser à l’ensemble des fonctions de l’entreprise. Selon les données de l’outsourcing Institute , le marché de l’externalisation aurait atteint les 100 milliards de dollars en 1995. L’une des raisons d’un tel développement est bien lié à la performance supposée des prestataires externes et à son corrélât : le retour des entreprises sur leur métier de base. L’objet de cette communication est de considérer le problème de l’externalisation des activités immatérielles, du point de vue de la performance de l’organisation externalisante et de l’impact de l’externalisation sur son identité. Une première section présentera trois approches complémentaires de l’externalisation. Une seconde section analysera plus spécifiquement les résultats d’évaluations pour deux fonctions pour lesquelles les pratiques managériales, apparaissent a priori comme opposées : la Recherche et Développement et la logistique informationnelle (informatique et télécommunications). Une troisième section considérera de manière plus synthétique le problème de la performance, une quatrième section traitera du problème de l’identité de l’entreprise, face à des frontières sans ces changeantes. Enfin, la conclusion tentera de mettre en perspective, à la fois sur un plan théorique et pratique, les implications que posent l’externalisation du point de vue de la performance et de l’identité de l’entreprise.

Les sociétés de reconversion des groupes : des réseaux pour le développement local

Auteur

Pascale BRENET

Résumé

Les sociétés de reconversion de quelques groupes industriels français sont chargées depuis vingt ans de contribuer à la création d'emplois dans les PME, afin de compenser les baisses d'effectifs de leurs groupes. Ces "acteurs de territoire" qui oeuvrent pour le développement local expérimentent des formes nouvelles de relation, en marge des relations de marché habituelles entre groupes et PME. Ils sont le point d'articulation de réseaux à travers lesquels sont diffusées des informations et compétences multiples. A travers eux, les groupes externalisent une partie de leur gestion de l'emploi et mettent en oeuvre des stratégies relationnelles qui attirent l'attention sur l'intérêt de leur ancrage régional.

Stratégies internationales : changer les règles du jeu

Auteur

Roland CALORI

Tugrul ATAMER

Pancho NUNES

Résumé

Dans ce papier nous soulignons le biais déterministe des théories économiques et stratégiques et nous montrons l'influence des actions concurrentielles innovantes sur la dynamique internationale des industries. La compréhension de cette dynamique passe par la réconciliation de la perspective déterministe (ou écologique) et de la perspective volontariste (ou téléologique).

L’externalisation des activités d’achat : l’apport de la théorie des coûts de transaction

Auteur

Richard CALVI

Résumé

Selon une enquête récente1, moins de 5% des firmes délèguent une partie de leurs achats à des sociétés de services spécialisées. Pourtant, les entreprises externalisent de plus en plus les services auparavant assurés en interne [Quinn et all 1991]. Pour quelles raisons cette vague du « facility management » ne devrait-elle pas toucher la fonction achat elle même [Sals, 1989] ?

Si le développement des politiques d’impartition [Barreyre, 1968] a sans conteste affirmé le rôle stratégique des acheteurs dans la recherche de compétivité des firmes [Barreyre, 1997], ne peut-on point imaginer que cette logique de mise en réseau des fonctions et de substitution de la coordination hiérarchique par des mécanismes de marché [Miles et Snow, 1986] n’induise un exil des acheteurs hors des firmes industrielles ? L’objectif poursuivi dans cet article est d’éclairer le débat mais aussi de fournir une aide méthodologique aux choix de « faire ou faire faire » appliqués aux activités du service achat. Ce travail exploratoire sert de cadre de conceptuel à une enquête par étude de cas en cours de réalisation, dont nous ne possédons pas de résultats concrets à l’heure actuelle. Dans notre approche, nous nous affranchirons des contraintes liées à l’état actuel du marché de l’offre pour nous focaliser sur les variables à prendre en compte dans le diagnostic interne préalable à l’externalisation. Ce sujet n’ayant, à notre connaissance, fait l’objet d’aucune recherche antérieure, nous emprunterons nos fondements théoriques aux concepts généraux qui guident les choix d’intégration tout en cherchant, à chaque fois, à cerner les spécificités propres au type d’activités considéré.

Cet article tentera d’apporter des éléments de réponse à deux questions qui nous semblent essentielles dans le cadre d'une démarche d'externalisation des achats :

- A quels types d'achats peut-on appliquer cette externalisation ?

- Quelles activités du processus d'achat-approvisionnement sont concernées par cette externalisation ?

Cognition et stratégie d’entreprise : l’exploitation individuelle des informations de veille stratégique

Auteur

Marie-Laurence CARON-FASAN

Résumé

Kairos et capacité adaptative en situations d’urgence : regards sur la «chrono-organisation » du SAMU 59

Auteur

Jean Jacques CARPENTIER

Résumé

Dans la première partie de l’article, nous nous interrogeons en forme de préambule sur la nécessité stratégique de la maîtrise de l’urgence et de l’action opportune, dans le cadre d’une dimension polychronique du temps et nous nous attachons à préciser l’intérêt de la «chrono-organisation» pour le management stratégique (I) ; dans la seconde partie, nous fournissons une analyse compréhensive des pratiques «chrono-organisationnelles» d’un univers entièrement focalisé sur l’urgence et sur son traitement régulé, celui du SAMU 59 (II) ; en troisième partie nous concluons, à partir de ce cas d’urgences canalisées, sur les intérêts d’une conception interactionniste de l’organisation propice à une valorisation des processus d’interaction structurant l’urgence (III).

Incidence des performances économiques sur le management stratégique de la technologie

Auteur

Vincent CHAGUÉ

Résumé

Situation sectorielle, lien avec l’acquisition et évolution de la performance de l’acquéreur

Auteur

Michel CLAESSENS

Pascal NGUYEN

Résumé

Dans une période d’importantes restructurations de nombreuses industries (pharmaceutique, chimique, télécommunications...), notamment sous forme de Fusions/Acquisitions (F/A) et désinvestissements, la réalité de la performance post-acquisition de la firme acquéreuse devient une question fondamentale. En un mot, une entreprise améliore-t-elle sa performance par une acquisition ? Dans ce cas, l’amélioration est-elle systématique? Sinon, dans quelles conditions a-t-on le plus de chances de l’observer? Ces questions intéressent autant les actionnaires de la firme initiatrice, soucieux de l’utilisation appropriée de leur fonds, que les managers de cette firme, dépositaires des intérêts de leurs actionnaires et responsables du développement de leur firme. A un autre niveau, les pouvoirs publics, soucieux d’éviter les situations de monopole et de collusion, sont également concernés par cette problématique.

Alors que la littérature suggérait majoritairement que les acquisitions n’influent pas de façon significative la performance des entreprises acquéreuses (Mueller, 1980; Ravencraft, Scherer, 1987; Herman, Lowenstein, 1988), des études plus récentes (Agrawal, Jaffe, Mandelker, 1992; Healy, Palepu, Ruback, 1992; Loderer, Martin, 1992) montrent que, au moins dans le cas d’acquisitions liées, on peut observer une amélioration de la performance, cette dernière étant mesurée par le ratio des cash-flows opérationnels sur actifs réévalués. Selon ces études, le type d’acquisition (liée ou non liée à l’activité de la firme acquéreuse), permet de prédire si on observera ou non, en moyenne, un accroissement de la performance post-acquisition de la firme acquéreuse.

Toutefois, une étude récente menée par Anand et Singh (1997) dans le secteur de la défense américaine vient moduler cette affirmation et relancer le débat. En effet, on constate que dans ce secteur, quel que soit le type d’acquisition (liée ou non-liée), lorsque l’acquisition a lieu pendant la phase de croissance, la performance post-acquisition, mesurée par ce même ratio des cash-flows sur actifs réévalués, n’enregistre aucun changement. En revanche, pendant la phase de déclin, la performance post-acquisition des firmes acquéreuses est supérieure, et ce, quel que soit la nature de l’acquisition (liée ou non-liée). Cette étude suggère donc que, selon la situation sectorielle de la firme acquéreuse (phase de croissance ou phase de déclin), on peut prédire si on observera ou non, de manière générale, un accroissement de sa performance suite à l’acquisition.

Dans ces conditions, notre étude, essentiellement qualitative, fournit une proposition de typologie des acquisitions en fonction, à la fois du type de diversification externe (liée ou non) et de la phase sectorielle de la firme acquéreuse (en croissance ou en déclin). Puis, nous développons la relation qui peut exister entre la performance post-acquisition de la firme acquéreuse et l’effet combiné du type d’acquisition et de la situation sectorielle. Alors que la considération isolée de chacune des dimensions ne semble pas permettre d’apporter une conclusion quant à la variation de performance que l’on peut attendre de la firme acquéreuse, la prise en compte simultanée de ces deux dimensions devrait permettre de le faire. A cette fin, nous adaptons au cas des opérations de F/A le modèle d’équilibre en signalisation (Cho, Kreps, 1987). Par hypothèse, une entreprise révèle de l’information privée en sa possession lorsqu’elle prend une décision stratégique. Lors d’une F/A, les informations dévoilées par une firme concernent principalement sa capacité en terme de ressources, sa position concurrentielle, sa capacité financière et ses perspectives de rentabilité, voire de survie, à long terme.

Pour étayer notre raisonnement, nous passons d’abord en revue les arguments développés pour expliquer l’absence ou la présence d’un gain de performance après acquisition pour la firme acquéreuse selon le type de F/A. Ces arguments sont le plus souvent empruntés à l’approche de la firme basée sur les ressources. Nous passons ensuite en revue les arguments justifiant l’absence ou la présence d’un gain de performance après acquisition pour la firme acquéreuse selon la phase sectorielle dans laquelle elle se trouve. Ces arguments sont le plus souvent issus de l’approche industrielle et sectorielle de la stratégie. Puis, nous présentons dans notre typologie, sous forme de propositions appuyées par de courtes études de cas spécifiques ou empruntées à la littérature, l’effet combiné des types et circonstances de l’acquisition sur la performance post-acquisition de la firme acquéreuse. Enfin, nous discutons des mérites relatifs de l’approche basée sur les ressources et de l’approche industrielle pour expliquer la performance post-acquisition des firmes acquéreuses. Nous évoquons aussi l’impact et les conséquences du choix du ratio des cash-flows opérationnel sur actifs réévalués comme mesure de performance sur la portée et la validité des conclusions que l’on peut tirer en termes de performance post-acquisition de la firme acquéreuse.

La dimension stratégique émergente de la fonction juridique des entreprises

Auteur

Thierry COME


Résumé

Le monopole funéraire est mort et enterré en France depuis le 10 janvier 1998. Sur ce marché, estimé à 15 milliards de francs par an, l'évolution du droit a bouleversé bien des positions acquises et offre des opportunités à de nombreux entreprises. Dans l'immobilier et la finance, les procédures judiciaires se multiplient et la condamnation de l'ancien patron du Comptoir des entrepreneurs par un tribunal correctionnel pour présentation de comptes inexacts constitue une première d'une liste qui s'allonge mais la relance du secteur passe par ce nettoyage. Le droit est donc facteur de risques mais aussi source d'opportunités, voire d'avantages concurrentiels lorsqu'il est maîtrisé dans une politique de communication. La création d'une fonction juridique au sein de l'entreprise est désormais une nécessité et son évolution d'un stade opérationnel à une démarche stratégique une hypothèse que ne doivent plus négliger les managers. Cependant il est assez difficile de mesurer comment l’entreprise intègre le juridique dans sa stratégie. La plupart des exemples médiatisés concernent des grandes ou très grandes entreprises alors que les « entreprises » sont majoritairement des petites ou très petites unités.

L’analyse proposée ici vise à comprendre comment les entreprises intègrent leur environnement juridique dans leurs choix stratégiques, au travers de la mise en oeuvre d’une fonction juridique. Trois traits, qu'il s'agit de conforter dans cet article à partir de l'observation, caractérisent cette intégration :

- La mise en place d'une fonction juridique au sein de l'entreprise dépend en grande partie de la perception et de la valorisation du risque juridique par les dirigeants.

- L'organisation de cette fonction juridique au sein d'un service interne n'exclut pas l'appel à des prestataires externes. Gravité, fréquence (perçues objectivement et subjectivement) mais aussi coûts de résolution du problème juridique sont des éléments importants du choix entre service juridique externe et interne.

- La fonction juridique n’est plus seulement une fonction de sécurité (éviter les risques et résoudre les problèmes), elle devient une fonction d’orientation (saisir les opportunités), accroissant ainsi le rôle de conseil des juristes d'entreprise et favorisant la remontée hiérarchique et l'émergence d'une dimension stratégique.

L’essaimage : analyse du processus entrepreneurial à travers le rôle de ses principaux acteurs

Auteur

André DAVAL

 

Résumé

L’essaimage fait aujourd’hui partie intégrante du management stratégique de l’entreprise. Par ce biais, elle a l’opportunité d’externaliser, tout en les conservant dans leur réseau, les activités non viables à l’intérieur, mais qui peuvent s’avérer potentiellement viables à l’extérieur. L’essaimage peut également concerner les activités qui ne représentent plus un caractère stratégique pour l’entreprise, ou encore celles qui appartiennent à un secteur qu’elle souhaite abandonner, ou quitter progressivement.

L’essaimage présente donc des intérêts évidents pour les entreprises, mais il demeure paradoxalement ignoré des chercheurs et auteurs académiques, ce qui entraîne de profondes lacunes théoriques et conceptuelles. De plus, l’absence d’intérêt porté à l’égard de cette pratique rend les acteurs vigilants quant à l’utilisation de l’essaimage.

Une meilleure connaissance théorique de ce phénomène entraînera certainement un accroissement de la confiance des praticiens dans l’essaimage et une relance des processus mis en oeuvre.

Notre objectif est ici d’étudier le processus mis en place grâce à la collaboration plus ou moins étroite entre les différents acteurs, et d’analyser le profil de l’essaimé et le rôle que peut jouer l’entreprise essaimante, afin d’améliorer l’efficacité et l’efficience de ce processus. Il sera notamment montré que l’implication des deux acteurs dans les différentes phases du processus est un élément déterminant dans l’atteinte des objectifs fixés. En effet, en influant sur le déroulement du processus, les acteurs influencent nécessairement le résultat associé, le niveau d’action restant à déterminer.

L’intérêt est d’apporter un enrichissement théorique à l’essaimage en s’appuyant sur une meilleure compréhension du processus et de ses atouts, afin d’accroître la crédibilité de ce phénomène auprès des acteurs économiques qui ne l’utilisent plus aujourd’hui que de manière ponctuelle.

Le Management stratégique : Contrôle de l’Irréversibilité

Auteur

Jean-Pierre DEBOURSE

Roger Pierre DECLERCK

 

Résumé

Rationalité limitée et "paradigme" statégique

Auteur

Laurent DEHOUCK

 

Résumé

Management stratégique et entrepreneuriat techno-logique : éléments d’une perspective dialogique

Auteur

Valérie-Inés DE LA VILLE

 

Résumé

Réglementation ou régulation? Un modèle théorique enraciné

Auteur

Benoît DEMIL

 

Résumé

L'objectif de l’article est de proposer une théorisation portant sur les liens entre droit et organisations. Plus précisément, nous traitons de la mise en oeuvre du droit lors de l'apparition d'une nouvelle réglementation, en répondant à la question suivante : "quel est le droit qui est réellement appliqué dans une situation réglementée ?". On peut en effet penser, comme nous le verrons, que le nouveau droit n’apparaît pas in abstracto, hors de tout contexte et que son application ne tient pas de la pure mécanique. Comme le rappelle Gaillard (1992 : 19), « la qualité première du droit, celle à laquelle on ne prête plus attention, tant elle paraît naturelle, est sa « sociabilité » : le droit est intrinsèquement un phénomène social, étroitement lié à l’évolution de la société dans son ensemble ».

Chrono stratégies face à un processus réglementaire

Auteur

Benoît DEMIL

 

Résumé

Les décisions au sein des organisations ne concernent pas uniquement les contenus. Souvent, se pose la question du "quand agir ?". Le temps constitue en effet une valeur économique que les organisations doivent gérer, au même titre que d’autres ressources. Il représente une variable d’action qui est « ce que l’on décide d’en faire » (Martinet, 1991 : 53). Certains auteurs avancent même qu’il serait la prochaine source d’avantage concurrentiel (Stalk, 1988). Dans le domaine de la production, les techniques de juste-à-temps, les usines flexibles ou encore le raccourcissement des cycles de développement de produit auront ainsi fourni des avantages décisifs aux entreprises japonaises (Stalk, 1988). De la même manière, Combier et Pras (1995) soulignent qu’en marketing, le temps d’action, c’est à dire l’écart de temps entre une idée et sa commercialisation, devient un facteur de leadership sur les marchés. Enfin, dans le domaine du management stratégique, des auteurs comme Hamel et Prahalad (1995) exhortent les entreprises à avoir un comportement de pionnier et de défricheur, c’est à dire à être les premières sur les marchés.

On peut donc penser que la façon dont le temps est géré par les organisations influence leurs performances. Dans la littérature managériale, cette problématique est notamment traitée par le cadre théorique et empirique de l’avantage au pionnier. Ce dernier relie les temps d'action des organisations à leurs performances et avance, de façon générale, qu'un pionnier obtient des performances supérieures à celles des suiveurs.

Après avoir présenté dans une première partie de l'article, le cadre de l'avantage au pionnier, nous présentons une recherche empirique qui tente de répondre aux insuffisances relevées et aux questionnements potentiels que soulèvent la littérature du domaine. Une méthodologie qualitative est notamment employée pour entrer dans une logique de découverte (Wacheux, 1996) et pour contextualiser la recherche (Brouwers et al., 1997). Le travail empirique présenté se penche sur un champ particulier d'application des chrono stratégies, à savoir la réglementation. Ce domaine a été choisi pour deux raisons.

D'une part, les rares études sur les stratégies politiques des organisations se sont plus volontiers penchées sur le contenu des décisions que sur les temps d'action des organisations. Nous n'avons ainsi relevé qu'un seul article traitant des stratégies de pionnier et de suiveurs face à la réglementation (Nehrt, 1996). D'autre part, ce sujet nous semble devenir crucial pour les organisations. En effet, le contexte actuel de déréglementation dans de nombreux secteurs publics en Europe, fait souvent oublier que les textes juridiques se multiplient et que s'installe une complexité réglementaire importante. On estime par exemple que le nombre de textes juridiques touchant l’entreprise est passé en France, entre 1980 et 1991, de 8 690 à 26 162 (L’Usine Nouvelle, 1992). Ainsi, voit-on se multiplier les dilemmes juridiques quant aux temps d'action face aux réglementations. Concernant la loi sur les 35 heures en France, une entreprise doit-elle immédiatement tenter de mettre en place de nouveaux horaires de travail (avec, par exemple, des avantages en termes de primes) ou doit-elle attendre le terme échu de la réglementation (en espérant que les positions du gouvernement français auront été revues à baisse d'ici l'an 2000) ? Ce type de dilemme a également préoccupé le secteur chimique à propos des chlorofluorocarbones (CFC). Fallait-il immédiatement se lancer dans la recherche de substituts aux produits prohibés après le traité de Montréal ou attendre de développer des produits substituts de seconde génération, et dépasser ainsi les pionniers (Détrie et Quelin, 1993) ?

Finalement, les conclusions de notre recherche permettent : (1) d’éclairer des aspects spécifiques à la réglementation et les avantages des différentes stratégies possibles dans ce domaine et (2) de proposer un cadre général pour aborder les phénomènes de pionnier.

La croissance externe comme corpus théorique pour la reprise d’une entreprise par une personne physique

Auteur

Bérangère DESCHAMPS

 

Résumé

Depuis une dizaine d’années, en France, tous les ans, 50 000 déclarations de reprises d’entreprises sont enregistrées (Problèmes Economiques, 1997) ; de plus en plus de managers, désireux de réaliser leur rêve et d’investir leur expérience dans leur propre entreprise, d’artisans souhaitant voler de leurs propres ailes et de cadres en rupture de salariat caressent, en effet, l’ambition de racheter une PME. Cependant, nombre de ces opérations sont réalisées par des firmes qui en acquièrent d’autres dans le cadre de leur politique de croissance. En 1993, Paturel réalise l’état des lieux des restructurations par croissance externe en France et insiste sur leur importance (47 % des opérations), sur leur caractère international et sur l’objectif recherché par les entreprises, à savoir le renforcement sur les métiers de base.

La variété des entreprises reprises entraîne une grande diversité au niveau des impacts de la reprise sur l’environnement, en termes de nombre et qualité des emplois sauvegardés, richesse supplémentaire générée, ressources renouvelées pour les collectivités locales, modification de l’équilibre concurrentiel au sein du secteur, renouvellement éventuel des méthodes de management.

Dans les deux types d’opération (la reprise d’une firme par une personne morale ou physique), le résultat de la démarche est le rachat d’une firme. Aussi, nous nous interrogeons sur les similitudes de ces deux processus aux niveaux de la démarche, et des aspects temporel, financier, organisationnel et humain.

Plus généralement, si les deux opérations se révèlent semblables, qu’en est-il du rapprochement d’un corpus théorique très riche en recherche académique, celui de la croissance externe, à un thème très pauvre pour le moins en France, celui de la reprise d’une entreprise par une personne physique ?

Parmi la diversité des opérations de croissance externe et de reprises, seules certaines situations semblent répondre à notre problématique ; c’est pourquoi, nous commencerons dans la première partie par nous positionner sur les deux concepts et par expliquer quelles acquisitions nous intéressent.

La seconde partie de l’article, sur les similitudes entre les implications des deux opérations de rachat, est le fruit d’une double analyse, à la fois théorique et empirique. Nous avons commencé par étudié de façon isolée la reprise d’une entreprise par le particulier (essentiellement à partir d’articles pratiques) et la croissance externe des entreprises. L’idée de rapprocher ces deux thèmes, notamment au niveau de leurs implications, est née de l’analyse de quatre entretiens exploratoires, que nous avons réalisés en région grenobloise.

Par « acquisition », terme que nous utiliserons particulièrement en deuxième partie, nous regroupons les deux opérations : reprise et croissance externe. Pour la suite de l’article, la croissance externe sera notée CE et le mot « reprise » impliquera automatiquement la reprise d’une entreprise par une personne physique.

1980-1995: la déconstruction sociale d’une entreprise de transport routier de marchandises

Auteur

Mathieu DETCHESSAHAR

 

Résumé

Pédagogie du suivi-accompagnement et développement de la petite et moyenne entreprise industrielle (P.M.I.). L’expérience de la région Nord-Pas de Calais

Auteur

Gérard Kokou DOKOU

Michel ROGE

 

Résumé

Les agents économiques, sociaux et politiques s’intéressent de plus en plus aux PMI (Julien, 1997). Elles soutiennent d’emblée l’économie de certains territoires. En fait, elles constituent l’une des principales sources d’innovation et d’emplois. C’est le cas dans le Nord-Pas de Calais qui est passé de quelques industries lourdes (notamment, charbon, sidérurgie et textile) à une économie plus diversifiée. Mais les PMI régionales souffrent des difficultés liées, entre autres, à une mauvaise approche stratégique et marketing. C’est pourquoi, depuis 1990, un produit spécifique d’intervention en P.M.I. a été créé conjointement par un consultant (le gérant de la SCOREX)1 et l’Agence Régionale de Développement (A.R.D., Conseil Régional Nord-Pas de Calais) avec l’appui de certaines chambres de commerce et d’industrie (notamment les C.C.I. de Valenciennes, d’Avesnes, de Lens et de Dunkerque financées, dans le cadre cette opération, par la D.R.I.R.E. [Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement] c’est-à-dire l’Etat). Sa mise en oeuvre est effectuée par des intervenants extérieurs à l’entreprise. Il s’agit de consultants, d’étudiants et d’universitaires. Son expérimentation pendant neuf ans sur plus de 450 P.M.I. avec plus de 600 missions d’intervention met en évidence des enseignements plus que pertinents qui suscitent quelques interrogations.

On sait que la P.M.I. intègre avec beaucoup de temps, d’inertie voire de difficultés, les techniques de management stratégique de la grande entreprise. Mais peut-on l’aider à asseoir un développement sérieux et régulier en mettant au point un corps de méthodes adaptées à ses préoccupations ? Doit-on se résoudre à accepter les remarques classiques des chefs de P.M.I. qui disent, « c’est complètement différent chez nous, dans notre entreprise, c’est spécial » ? Il est vrai que l’entreprise construite par un dirigeant au gré des vicissitudes du marché, réalisant, entre autres, des développements de produits, des investissements ou des diversifications de clients, apparaît à l’instant « T » comme un corps singulier et unique. Mais ne peut-on rien lui apporter pour la rendre plus performante ? Une réponse nous est fournie à travers la pédagogie du suivi-accompagnement. Elle s’appuie sur trois propositions de base.

Il s’agit d’abord de montrer que la mise en place d’une véritable politique commerciale dans une P.M.I. passe souvent par une démarche marketing complète. Au départ, on croit être confronté à un simple problème commercial. Mais en réalité sa résolution exige une formule marketing propre à la situation de chaque P.M.I.. Il faut en circonscrire le volet stratégique, structurer la partie opérationnelle et mettre en place les procédures de contrôle. Cette démarche doit s’inscrire dans une philosophie de développement global (ou politique générale) et dans une logique organisationnelle sous-tendue par certaines fonctions stratégiques (Brechet, 1987).

Il est ensuite question d’insister sur le fait qu’une telle démarche obéit à un véritable changement culturel dans la plupart des P.M.I.. C’est un changement qui passe difficilement par un processus mutationnel. D’où l’importance de l’approche incrémentale centrée sur des outils simples : l’aide à l’auto diagnostic (conduisant à identifier les problèmes commerciaux qui s’inscrivent eux-mêmes dans une problématique de politique générale), le suiviaccompagnement (mettant en mouvement une équipe composée des acteurs de l’entreprise, le consultant, un étudiant et un enseignant universitaire) et la sensibilisation de l’entrepreneur aux nouveaux outils marketing, commerciaux et de gestion.

Il apparaît enfin que pour faire avancer un monde aussi difficile que celui de la P.M.I., il faut un système de guidage complexe mais centré sur des outils simples et ouverts. Ceux-ci doivent être acceptés par le dirigeant et son équipe qui adhèrent au pilotage effectué par des partenaires extérieurs à la fois intellectuels et pragmatiques.

Ces partenaires se mettent au diapason des préoccupations du dirigeant en lui proposant une démarche ouverte sur les réalités de son entreprise. Ils vont au-delà du diagnostic classique suivi des prescriptions. Avec l’universitaire, le consultant devient un repère qui permet de faire valoir les apports des étudiants. Ceux-ci finissent par connaître le fonctionnement de la P.M.I. et y investissent leur potentiel avec le regard d’un adhérent ou d’un futur salarié de l’entreprise. C’est l’originalité du dispositif du suivi-accompagnement qui réduit la méfiance du chef de la P.M.I. à l’égard des consultants en général (puisqu’il le met en position de force vis-à-vis des intervenants extérieurs) et qui lui laisse le temps pour assimiler ou s’approprier les procédures et les outils de gestion proposés et pour mieux les inscrire dans son organisation.

Ainsi, les développements qui vont suivre consolident ces propositions. Les enjeux, les mécanismes de mise en place et les modalités de fonctionnement de la pédagogie du suivi-accompagnement sont présentés et expliqués. S’ensuit l’analyse des apports de ce dispositif aux P.M.I. dans leur quête de développement. Il apparaît alors qu’il s’agit d’un dispositif de réflexion et de mise en oeuvre de stratégies et d’apprentissage collectif de l’acte entrepreneurial.

Le rôle ambivalent du dirigeant à travers son agenda décisionnel

Auteur

Carole DRUCKER-GODARD

 

Résumé

L'objectif de ce papier consiste, dans un premier temps, à élargir les connaissances sur les processus de construction et fonctionnement de l'agenda décisionnel du dirigeant : comment les préoccupations décisionnelles accèdent-elles à l'agenda, puis comment y vivent-elles ? Et comment se situe, à ce niveau, le rôle du dirigeant ?

Dans un second temps, nous tentons d'établir un lien entre les concepts d'agenda décisionnel et de décision et action. Le concept d'agenda décisionnel pouvant aussi rendre compte de phénomènes de non-décision.

Enfin, nous élargissons la discussion en observant qu'au niveau même des processus de construction et fonctionnement de l'agenda décisionnel du dirigeant, nous pouvons entrevoir ce besoin du dirigeant de légitimer son rôle, et de créer et gérer autour de lui un ensemble de représentations communes.

Cela soulève de nouvelles interrogations sur le rôle même du dirigeant : qu'est-ce-qu'un dirigeant ? Est-il uniquement un décideur ou est-il également un "gestionnaire du symbolique" ?

Notons encore que nos propos proviennent à la fois de la littérature et des premiers résultats issus du terrain, un terrain particulier puisqu'il s'agit de directeurs d'usine. Nous n'entendons donc pas, dans ce papier, apporter de nombreuses réponses, mais plutôt établir des liens entre des concepts managériaux, soulever des interrogations et élargir la discussion dans le domaine de la décision, des dirigeants et des décideurs.

Histoire d’une médiation dans un conflit social, quelques implications pour le management stratégique

Auteur

Thomas DURAND

 

Résumé

Les représentations partagées au sein des organisations : entre mythe et réalité

Auteur

Sylvie EHLINGER

 

Résumé

Alors que le concept de partage (partage de valeurs, d’objectifs, de connaissances, de représentations...) est souvent utilisé en management stratégique comme une donnée organisationnelle, deux recherches récentes portant sur la nature des représentations organisationnelles, individuelles ou collectives, remettent en cause l'existence de représentations partagées.

Il nous est donc apparu indispensable à travers cet article, d’une part de clarifier ce que l’on entend lorsque l’on se réfère à cette notion de partage, d’autre part de chercher à établir ce qui est réellement partagé au sein des organisations, et enfin d’envisager les conséquences d’une nouvelle acception de la notion de partage pour les recherches futures en management stratégique.

Ainsi, dans un premier temps, cet article présente une synthèse de la littérature sur la notion de partage de représentations. A travers les travaux antérieurs qui ont abordé la notion de représentations collectives ou organisationnelles, si celles-ci sont dans la majorité des cas décrites comme des représentations partagées, le terme même de partage semble ambigu : Suffit-il qu’une minorité de membres de l’organisation possède les mêmes représentations ? Quelle est la nature de ce qui est réellement partagé ? Le partage est-il une fin en soi ?... Pour approfondir nos investigations nous nous sommes appuyés, dans une deuxième partie, sur deux recherches récentes qui présentent l’avantage de s’être centrées sur des études empiriques. Bien qu’ayant étudié les représentations collectives et organisationnelles à différents niveaux (l’une au niveau des unités périphériques organisationnelles et de la direction générale - Ehlinger, 1996-, l’autre au niveau des individus et des groupes restreints - Allard-Poési, 1997-), ces deux recherches arrivent à des conclusions similaires : la remise en cause de l’existence de représentations partagées au sein des organisations, malgré l’existence de mécanismes d’interaction et de communication.

Confrontant ces résultats à d’autres recherches, nous avons tenté dans une dernière partie de proposer des implications s’adressant d’une part aux chercheurs désireux d’accéder aux représentations organisationnelles et d’autres part aux managers souhaitant développer des mécanismes interactifs de partage d’expériences ou d’idées au sein de leurs entreprises.

Les déterminants de la planification à l’exportation en PMI

Auteur

Jean-Marcellin FANKAM

 

Résumé

En dépit d’une abondante littérature sur la relation planification/performance, il existe peu de recherches sur les variables qui pèsent effectivement sur les dimensions de la planification (Desreumaux, 1993). En effet, de nombreux chercheurs ont examiné la nature de la relation entre la planification des activités nationales et la performance des entreprises (voir entre autres les synthèses fournies par Greenley, 1986 ; Rhyne, 1986, Pearce et al., 1987 ; Boyd, 1991).

Certains se sont intéressés à la formalisation de la planification dans les entreprises de grande taille ; d’autres se sont penchés sur le degré de sophistication du plan dans les entreprises de petite et moyenne taille. Dans le contexte de l’exportation, de nombreuses recherches montrent que les PMI s’engagent sur les marchés extérieurs de façon réactive, répondant le plus souvent à des sollicitations externes (Bilkey, 1978 ; Bonaccorsi, 1992). Par conséquent, la décision d’exporter est rarement planifiée (Simpson et Kujawa, 1974 ; Brasch et Lee, 1978 ; Kothari, 1983). Cependant, Cavusgil et Godiwalla (1982), Cavusgil (1984) font remarquer que les PMI suffisamment engagées et/ou expérimentées à l’exportation auraient tendance à planifier leurs activités. Dans cette perspective, quelques chercheurs ont également analysé la relation entre le degré de sophistication du plan export et la performance des PMI exportatrices (Samiee et Walters, 1990 ; Walters, 1993).

Alors que l’ensemble des travaux réalisés sur les petites et moyennes entreprises conclut que le degré de sophistication du plan est positivement et significativement relié à la performance nationale et à l’étranger, il est surprenant de constater que les facteurs qui influencent le degré de sophistication du plan sont rarement étudiés. Pourtant la littérature suggère un certain nombre de variables liées à l’entreprise et au dirigeant qui semblent jouer un rôle important.

L’objectif de cet article est de mettre en évidence, dans le cadre d’une approche intégrée et explicative, le poids respectif de ces variables sur le degré de sophistication du plan export en PMI.

Dans les développements qui suivent, nous présentons d’abord ce qu’est la planification ainsi que ses rôles principaux, les facteurs d’influence et les différentes hypothèses. Nous exposons ensuite notre méthodologie et les résultats obtenus. Nous terminons par une discussion de ces résultats et les limites de la recherche.

De l’aménagement du territoire à la gestion stratégique des villes : étude de l’évolution des méthodologies de planification urbaine dans une perspective de comparaison public-privé

Auteur

Christophe FAVOREUX

 

Résumé

Ainsi que l’affirmaient les villes membres du réseau Metropolis dans leur rapport de synthèse, la rapidité et l’ampleur des changements auxquels les villes ont à faire face depuis une quinzaine d’années imposent une refonte totale des modes de pensée et d’action en matière de gestion urbaine. Comme nombre d’auteurs l’ont souligné la pression des enjeux démographiques socio-économiques et environnementaux a plongé les villes dans un environnement incertain, turbulent et complexe qui a rendu inopérant les techniques traditionnelles de planification urbaine. Face à cette obsolescence, un nombre croissant de villes ont eu recours à des techniques de planification stratégique directement inspirées des méthodologies du privé. Ce renouveau de la planification urbaine tel que l’a qualifié Asher (1991), outre ces emprunts aux techniques et méthodes de l’analyse stratégique privée, est marqué par l’intégration de la dimension concurrentielle dans la gestion urbaine. Bien que ces pratiques se soient diffusées depuis plus de 20 ans à l’ensemble des grandes villes des pays industrialisés, elles suscitent toujours un nombre important de critiques et d’oppositions. On reproche généralement aux démarches stratégiques leur inadéquation face aux spécificités des organisations publiques, leur assimilation abusive de la ville à une entreprise et plus fondamentalement leur impact réduit sur les décisions publiques en matière de développement local. Les effets de mode et d’imitation, les logiques d’image et de publicité expliqueraient en grande partie le recours à de telles méthodes. D’autres insistent au contraire sur leurs performances et leurs capacités à rationaliser les choix publics et à gérer de manière effective la rapidité des changements et la raréfaction des ressources locales. L’objet de cette article est de caractériser les pratiques stratégiques des villes à travers une étude historique et technique des modes de planification urbaine . Dans un premier temps, l’évolution des modes de planification urbaine depuis la période de l’après guerre jusqu’à nos jours sera retracée; ceci afin de cerner les facteurs explicatifs du transfert privé-public dans le domaine de la stratégie. Dans un second temps, la relation privé-public sera étudiée plus spécifiquement à travers une description des principaux outils et techniques d’analyse constitutifs des nouvelles méthodologies de planification urbaine. Enfin dans un troisième temps, nous tenterons de trancher entre les deux thèses contradictoires citées précédemment en concluant sur les impacts et la portée réels de ce type de démarche en gestion urbaine.

Le management comme pratique discursive

Auteur

Grégory GAMOT

 

Résumé

Récemment, plusieurs représentations ont proposé de comprendre les discours stratégiques à l'aide des théories de la narration (Barry et Elmes, 1997), de considérer les processus de décision comme des phénomènes discursifs (O'Connor, 1995), voire même d'appréhender les organisations comme des environnements constitués avant tout de discours (Boje, 1991; Giroud, 1996). Pour le moment, cette perspective n'a pas pris en compte le niveau individuel d'analyse. Quelques chercheurs ont certes argumenté en faveur d'une représentation du leadership comme un jeu de langage (Pondy, 1978), pour un management de l'éloquence (Weick, 1980), ou pour considérer le langage comme le travail des dirigeants (Gronn, 1983). Ces formulations relativement anciennes n'ont pas été utilisées pour élaborer des propositions systématiques en faveur d'une représentation du management comme pratique discursive. Sur la base d'une investigation empirique menée auprès de huit dirigeants, nous proposons de distinguer quatre conceptions de la communication qui déterminent quatre types de pratiques discursives, c'est-à-dire ultimement autant de styles de management possibles. Plusieurs propositions de recherche sont ensuite avancées pour améliorer notre représentation du management comme pratique discursive.

Profil de dirigeants et réseautage en P.M.E. : Proposition d’un cadre de recherche

Auteur

Sébastien GEINDRE

 

Résumé

Le concept de réseau est aujourd’hui si commun que proposer une recherche dans ce domaine peut parfois tenir de la gageure. Le grand nombre de travaux sur ce sujet relèvent de réalités multiples, générant des résultats très hétérogènes, difficiles, voire impossibles à agréger. Progressivement, la notion même de réseau se vide de son sens, et, à l’instar de CURIEN (1991), on peut s’interroger sur ce qu’est vraiment un réseau et ce qu’il n’est pas?

Bien qu’étant de plus en plus difficile à utiliser et à présenter, ce concept demeure au centre de débats fructueux et essentiels au management des entreprises dans l’environnement actuel. (VENKATRAMAN, 1995).

L’objet de cet article est de positionner nos travaux par rapport à un ensemble de recherches et d’approches possibles. Ainsi, si la littérature laisse à penser, parfois, que « tout est réseau », nous nous efforcerons de montrer que seules certaines des relations interentreprises présentent des caractéristiques distinctives de ce qu’est une relation de réseau, de ce qu’elle n’est pas (durée, confiance, dépendance partagée, hybridité, gains mutuels). Notre objectif est moins de proposer une nouvelle définition du réseau, que de présenter un cadre de recherche au sein duquel il paraît pertinent de se limiter.

Les premiers résultats obtenus avec ce cadre de recherche, montrent qu’il n’existe pas une pratique unique de réseautage, mais plutôt deux façons de gérer et utiliser son réseau : une pratique active du réseautage (avec l’objectif d’utiliser le réseau comme un appui à la croissance) et une pratique plus passive, où le réseau peut-être perçu comme une contrainte de l’environnement. Nos premières investigations, exploratoires, nous indiquent que le profil du dirigeant (type d’entrepreneur, valeurs) a une incidence sur l’action de l’entreprise sur son réseau et sur la perception de l’action du réseau sur l’entreprise.

Dans une première partie, nous reviendrons rapidement sur les débats qui alimentent la confusion autour du concept de réseau, et qui conduisent souvent à proposer des recherches dans un cadre très large du type « tout est réseau ». Ensuite, nous présenterons les critères que nous retenons comme cadre de notre recherche sur les réseaux. Dans une seconde partie, nous mettrons en évidence des liens entre le profil du dirigeant et le type de réseautage pratiqué. Nous constaterons, qu’il n’existe pas un seul type de réseautage et que celui-ci est notamment influencé par le profil du dirigeant.

Construction de connaissances organisationnelles dans le cadre de processus de planification à transversalités fonctionnelle et hiérarchique

Auteur

Marie-Léandre GOMEZ

 

Résumé

Les problèmes de connaissance sont désormais une préoccupation majeure pour les organisations, qui les considèrent soit comme un avantage concurrentiel, soit comme une nécessité dans le cadre de changements internes ou environnementaux. La recherche en management stratégique a produit une littérature riche sur le sujet, principalement autour du concept d'apprentissage organisationnel et plus récemment, de la construction de connaissances organisationnelles. Les recherches empiriques restent cependant peu nombreuses dans le domaine. De plus, un outil majeur du pilotage de l'entreprise, la planification, a été négligé : la planification stratégique a fait l'objet de nombreuses critiques, dont d'aucunes sur le fait que la planification stratégique bloquerait les mécanismes d'apprentissage. Pourtant, les phénomènes de construction de connaissances au cours des processus de planification (en particulier la planification non stratégique) restent méconnus.

Cette recherche exploratoire vise à observer les mécanismes de construction de connaissances organisationnelles au cours de processus de planification, au sein d'une même organisation. Elle montre en particulier que dans le cadre de planification qui associent des acteurs issus de différents domaines dans l'organisation et de niveaux hiérarchiques variés, les mécanismes de construction de connaissances organisationnelles sont particulièrement riches et complets.

La gestion de l'innovation technologique en France : résultats d'une enquête sur 52 innovations réussies ou échouées

Auteur

Thierry GONARD

Claude DENISSE

William SOUDER

 

Résumé

Cette communication a pour objectif de présenter les résultats de l'enquête que nous avons réalisée en France. Dans la première partie nous examinons les méthodes et les résultats des principales études sur la gestion de l'innovation technologique afin d'en préciser les apports et leurs limites, puis nous présentons la perspective adoptée dans notre recherche. Dans la deuxième partie, nous présentons la méthode utilisée pour notre enquête : les différents questionnaires, la manière dont ont été collectées les données, les entreprises et les innovations qui composent notre panel, l'approche adoptée pour analyser les données. Dans la troisième partie, nous présentons les résultats. Nous cherchons en particulier à mettre en relation le management des projets avec la perception que les acteurs ont des nouveaux produits et de la capacité des firmes de les développer. En conclusion, nous présentons les suites que nous souhaitons donner à l'enquête.

Retour sur les pratiques de coopération appliquées aux systèmes productifs localisés

Auteur

Hervé GOY

 

Résumé

Connaissant bien le système industriel localisé de la Vallée de l’Arve pour l’avoir côtoyé à plusieurs reprises, et à la suite de lectures de certains travaux empiriques relatifs à ce terrain, le présent travail a pour objet de revenir sur les pratiques de coopération entre firmes telles qu’elles sont généralement décrites dans la littérature traitant des districts industriels. Plus précisément, il s’agit pour nous de contester l’idée selon laquelle les petites et moyennes entreprises des SPL doivent joindre leurs ressources à celles d’autres entreprises, pour être en mesure de déterminer leurs choix stratégiques.

Pour ce faire, nous illustrerons notre propos, tout au long de ce travail, par le cas de l’industrie du décolletage dans la Vallée de l’Arve. A la liste d’approches sur l’étude des systèmes locaux proposée par Ganne, il conviendrait à juste titre d’ajouter le point de vue du management stratégique, axe sur lequel nous reviendrons plus particulièrement en seconde partie. Mais auparavant, il nous semble utile d’esquisser une synthèse rapide de ce que l’on entend par l’expression « système productif localisé » en France.

La pérennité et le fonctionnement des regroupements d’entreprises en transport : avantages et dilemmes

Auteur

Lionnel GRAND

Christophe LEYRONAS

 

Résumé

Sur la base d'une étude exploratoire réalisée à partir de quinze entretiens semidirectifs auprès d'experts de ce secteur et/ou des regroupements d'entreprises et de dirigeants de petites entreprises de transport routier de marchandises, appartenant ou ayant appartenu à un regroupement, nous avons étudié certains mécanismes permettant un développement pérenne des regroupements d'entreprises (Cf. annexe). Le développement des intérêts des groupements pour les entreprises du secteur (1) ne serait pourtant pas cacher le fait qu'un certain nombre de limites et de freins institutionnels existe (2).

Entreprise-réseau et dynamique apprenante : le rôle clé des acteurs interface dans la mise en place de la coopération

Auteur

François GRIMA

 

Résumé

Changement organisationnel et gestion du corps social dans les activités de service

Auteur

Amaury GRIMAND

Franck TANNERY

 

Résumé

La place dorénavant reconnue aux activités tertiaire ou de service dans l'économie contemporaine appelle un effort pour clarifier et spécifier les cadres théoriques du management stratégique à ce contexte. Ce texte souhaite contribuer à cet édifice en partant du principe qu'il est pertinent pour un groupe dirigeant, ou noyau stratégique, d'une entreprise ou d'une unité organisationnelle de pratiquer et mettre en place des dispositifs de management stratégique. Cette intention passe par le déclenchement et l'amplification d'une dynamique durable incluant des changements de stratégies, structures, systèmes de gestion, représentations et comportements. A ce titre on perçoit immédiatement l'imbrication existante entre stratégie et changement.

Cette question du changement a surtout donné lieu à des travaux et recherches génériques qui visent implicitement à élaborer une "théorie générale du changement", de ce qu'il est, des processus qui le définissent. De manière récurrente, la question centrale tourne autour de la double fonction innovation - normalisation qui, comme le soulignaient déjà en 1975 Tabatoni et Jarniou, est toujours aussi difficile à mettre en oeuvre. C'est ce jeu de polarités que le modèle de l'équilibre ponctué (oscillation et alternance de courtes phases de changement radical et de longues phases de stabilité) (Tushman et Romanelli - 94) propose de trancher sans considérer pour autant la possibilité d'un changement continuel (Brown et Eisenhardt - 97). Pour se repérer devant la profusion des travaux, des tentatives de cartographie des grandes approches sont forts propices et appréciables (Van de Ven et Poole - 95). Force est alors de constater que les débats s'apparentent plus à une querelle sur la forme et la nature générale du changement qu'à un approfondissement des processus et des dispositifs de gestion pour pratiquer ces changements. Les innovations managériales requises et développées restent bien souvent dans l'ombre (David - 96).

Ce double constat (spécification du contexte des services, faible attention aux dispositifs de gestion du changement) définit la ligne générale de ce texte. Dans une première partie, à défaut d’une analyse descriptive d’un nombre significatif de cas, nous nous attacherons à repérer les conditions générales du changement dans les services. Fort d’une appréciation du contexte d’activité (Gadrey - 92) et des dimensions stratégiques des services (Tannery - 97), il s’agira de conceptualiser et de caractériser les principaux problèmes à partir des quatre logiques génériques autour desquelles s’articulent les recherches en management stratégique. En effet, à la suite d'Alain Charles Martinet, on peut considérer que les savoirs en stratégie et les pratiques de changement tendent à privilégier et sont attirés par quatre grands types de logique (téléologique, écologique, sociologique, idéologique) (Martinet - 93). La tâche du management stratégique devient alors de proposer et concevoir des dispositifs de gestion assurant des combinaisons et des articulations pertinentes et cohérentes entre elles.

Cette évaluation conceptuelle n’est pas suffisante pour autant. Si elle permet de comprendre les avis de nombreuses recherches qui mentionnent la place centrale du corps social de l’entreprise, elle ne permet pas de traiter précisément cette question. Dans une deuxième partie, en l’absence de développements formalisés sur le changement et la gestion des ressources humaines dans les services, il nous faudra privilégier un cas concret. Nous effectuerons une analyse d’un dispositif de gestion du corps social, « le modèle de la compétence », qui a pris forme en parallèle de la croissance des services (de Bandt - 94). A partir de là nous serons en mesure d’exposer les grandes logiques de gestion du corps social dans les services.

L’effort général de conceptualisation des deux premières parties permettra dans un dernier temps de formuler un ensemble de propositions pour la conception des dispositifs de management stratégique et de changement dans les services.

Turbulences environnementales, effets chaotiques et degré de sensibilité aux conditions initiales : contribution à la théorie de l'adaptation de l'entreprise

Auteur

Gaël GUEGUEN

 

Résumé

L'objet de la présente communication rentre dans une tentative de définition des turbulences environnementales en sciences de gestion, volontairement basée sur les travaux de ce domaine, et dans un essai de compréhension des différentes capacités d'absorption, face aux changements environnementaux, des organisations en fonction d'une variable : le degré de sensibilité aux conditions initiales. L'articulation entre définition des turbulences environnementales et compréhension de la capacité à intégrer ces dites turbulences repose sur le souci d'une meilleure identification du concept afin de pouvoir le développer, à terme par le biais d'une recherche empirique, dans la théorie de l'adaptation de l'entreprise.

L’apprentissage organisationnel : processus de changement et d’évolution des organisations

Auteur

Alice GUILHON

 

Résumé

Cette communication a pour objectif de présenter une approche de l'apprentissage organisationnel dans l'organisation comme un processus de changement organisationnel, expliquant l'évolution des organisations. En s'appuyant sur une analyse détaillée des principaux travaux sur l'apprentissage organisationnel, il est possible de proposer une approche "homogène" de cette notion en la définissant comme un processus de changement. Cette approche s'appuie à la fois sur le processus cognitif, structurel, contextuel transformateur et le processus de réponse de l'organisation à l'environnement (et vice versa).

L'organisation est alors définie à partir de quatre éléments fondateurs reliés entre eux par des relations constitutives soumises au changement et dans lesquelles sont localisées les moments d'apprentissage organisationnel. Ces relations sont reliées par le cycle de conversion des savoirs expliquant les formes et les styles des apprentissages.

Stratégies de coopération interfirme et compétition technologique : les enseignements d’une analyse du portefeuille d’alliances des innovateurs

Auteur

Raymond GUILLOUZO

 

Résumé

L'objectif de cette contribution est de proposer une lecture de la compétition technologique qui, sans remettre en cause le modèle dominant des rendements croissants d’adoption [Arthur, 1988 & 1989], intègre pleinement les stratégies de coopération interfirme. Il s’agit notamment de cerner la dynamique des alliances et la logique des portefeuilles d’accords constitués par les firmes innovatrices dans un contexte de course à la standardisation.

Cette réflexion s'inscrit dans le courant évolutionniste et a pour cadre un processus de standardisation portant sur des technologies alternatives mais incompatibles. Si le modèle des rendements croissants d'adoption (R. C. A.) concourt à une meilleure compréhension de la compétition technologique, certaines limites constatées plaident pour la prise en compte des manoeuvres stratégiques engagées par les firmes et dont la traduction la plus fréquente est la conclusion d’alliances. La démarche retenue repose sur l’analyse, à partir d’une grille originale, des alliances scellées autour de la technologie Risc. L’étude de la contribution des alliances à la diffusion d’une technologie est réalisée à partir du croisement des sources de RCA et des catégories d’accords, celle de la logique des stratégies menées par chaque firme innovatrice se fonde sur l’examen de la structuration de son portefeuille d’accords.

La gestion des modes relationnels entre concurrents

Auteur

Jérôme IBERT

 

Résumé

La coopération entre entreprises s’est imposée comme l’une des formules les plus populaires du management stratégique. Les relations entre firmes concurrentes se sont diversifiées. Il nous est donc apparu nécessaire d’étudier les interactions entre les différents modes relationnels pour restituer une dynamique. Nous présenterons le cadre conceptuel que nous avons mobilisé pour notre investigation pour ensuite préciser notre méthodologie de recherche et exposer nos résultats.

Le réseau comme mode d’organisation interne

Auteur

Emmanuel JOSSERAND

 

Résumé

L’apparition de “ nouvelles formes organisationnelles ”, liée à des mutations profondes de l’environnement des entreprises, remet en cause la cohésion par la hiérarchie. Une internationalisation croissante des transactions et une concurrence accrue placent le client au coeur des préoccupations de l’entreprise. Il apparaît ainsi nécessaire de donner plus d’autonomie aux unités en contact avec ce dernier. D’autre part, le temps - capacité à intégrer rapidement les innovations mais aussi réduction des cycles d’exploitation - est un facteur de plus en plus déterminant dans la lutte concurrentielle. L’importance du temps se traduit par le besoin d’une plus grande flexibilité.

Les entreprises s’adaptent et évoluent vers une moins grande influence du management central et dun décloisonnement entre unités périphériques. On voit donc apparaître des organisations se rapprochant de ce que l’on peut appeler une entreprise en "réseau". Ce thème du réseau concernait, à l’origine, des arrangements externes à l’entreprise comme les relations avec des sous-traitants ou des partenaires. Ces domaines sont maintenant assez bien maîtrisés. En revanche, la cohésion d’organisations composées d’unités autonomes interdépendantes, où la pluralité est exacerbée, est encore mal analysée. Ainsi Pascale (90) parle-t-il de cette : “barrière invisible, l’ancien état d’esprit, [qui] nous sépare des secrets de la compréhension intime [de ces] entreprises. On peut faire une analogie avec une paroi de verre si transparente qu’on ne la remarque même pas” (Pascale 90 : p 9) Cette recherche vise à briser cette paroi de verre, à améliorer la compréhension de la cohésion d’entreprises éclatées, d’entreprises “en réseau”.

Notons d’ores et déjà que le réseau est ici une métaphore dont nous serons amenés rapidement à souligner les limites. Cette métaphore permet dans un premier temps de présenter la problématique de la recherche de manière simple. L’analyse de la littérature montre toutefois que l’idée d’entreprise en réseau est trop large, qu’elle recouvre des réalités multiples et ne permet pas d’analyser de manière rigoureuse la cohésion d’organisations diverses. On pourrait se fixer comme objectif de définir les idéaux-types des entreprises en réseau mais comme nous le verrons par la suite, il semble plus pertinent de se référer à des principes généraux d’organisation ayant euxmêmes une portée idéal-typique : les modes d’organisation (Jarillo 88). Le réseau représente alors un mode d’organisation coopératif et non hiérarchique et l’évolution récente peut alors s'analyser comme résultant d’une importance croissante donnée au réseau comme mode d'organisation. Cette communication vise à donner du contenu, à préciser sur quels éléments peut reposer le réseau comme mode d’organisation interne. Elle vise également à montrer les limites et les problèmes liés à ce mode d’organisation.

Prospective et complexités

Auteur

François LACROUX

 

Résumé

« Sur une route bien connue, le conducteur d’une charrette qui se déplace au pas, la nuit, n’a besoin, pour éclairer sa route, que d’une mauvaise lanterne. Par contre, l’automobile qui parcourt à vive allure une région inconnue doit être munie de phares puissants. Rouler vite sans rien voir serait proprement une folie ». Cette citation de G. Berger constitue l'un des vade-mecum de la pensée prospective.

Mais songe-t-on souvent à ses présupposés ? Elle n'est vraie qu'à deux conditions : que la route existe, donc qu'elle ait déjà été préalablement tracée ; et corrélativement, que cette route supposée tracée permette de rouler à vive allure. En conservant la métaphore routière, l'avenir tel que le décrit G. Berger s'apparente à une route de plaine. Mais peut-on conserver le même comportement sur une route de montagne, où virages brusques et lacets se succèdent ? Ne serait-il pas alors aussi pertinent de diriger les phares vers le haut et le prochain lacet, plutôt que vers une hypothétique ligne droite située devant le véhicule ?

Pour paraphraser A. C. Martinet (1994), l’incertitude constitue un « invariant épistémologique » de l’action stratégique. Néanmoins, force est de reconnaître que si cette incertitude perdure, son degré a varié entre le début des années 60 et la situation telle qu'on la connaît aujourd'hui. Quelque entreprise engageant une démarche prospective doit s’attendre à devoir prendre en compte des environnements à degré d’incertitude fort, ceux qui s'apparentent justement à la « route de montagne » que nous citions. Des environnements « où le hasard et le désordre sont irréductibles, [...] où l’incertitude demeure » (E. Morin, 1990, pp. 163-165) ; des situations « d’imprévisibililté essentielle » (P. Valéry, cité dans H. Bessis, 1983). Pour qualifier de tels environnements, P. Valéry comme E. Morin recourent à l’idée de « complexité ».

Certes, les incertitudes sont à la base de toute démarche prospective. Mais pour autant, la prospective est-elle à même de faire face à l’incertitude « radicale » qui caractérise la complexité ? Selon C. Marmuse (1996), le fait de faire face à des environnements très incertains (le « domaine de l’inconnu », dit-il) oblige à faire évoluer les « logiques de décision ». Ne doit-on pas également faire évoluer les « logiques de la prospective » (et donc ses outils et ses méthodes) ? Et d’une façon plus générale, ne doit-on pas réfléchir au sens de l’action prospective dans la complexité ? Si cette interrogation constituera la trame de cet article, il nous semble nécessaire, pour l’introduire, d’apporter une brève description de notre conception de la complexité ; description que l’on illustrera à travers les évolutions de la planification/programmation militaire française (§1). On pourra alors s’interroger sur l’efficacité des outils de la prospective face à ce type d’environnements (§2). On en viendra à proposer des aménagements (§3), voire des changements de regard (§4) qui nous semblent de nature à restaurer toute la richesse de la dimension prospective.

La stratégie comme principe d’action

Auteur

Jacques LAURIOL

 

Résumé

Le projet (stratégique) et le progrès (numérique): Transformation et déformation des entreprises

Auteur

Albert LEJEUNE

Lise PREFONTAINE

Line RICARD

 

Résumé

Le but de cet article est de proposer une réflexion et un cadre conceptuel exploratoire pour traiter de façon intégrée les phénomènes de la transformation et de la déformation des entreprises. D'un côté, une littérature stimulante, volontariste et optimiste (Bartlett et Goshal, 1994, 1995a, b, c; Miles, 1997; Pascale, 1990, Pascale et al., 1997; Sinatra, 1997; De Woot, 1997) nous présente la transformation des entreprises comme l'horizon stratégique de cette fin des années 90. D'un autre côté, le déploiement rapide de l'Internet, des extranets et des intranets dans un contexte de mondialisation (Bradley et Nolan, 1998; Rayport et Sviokla, 1995; Chesbrough et Teece, 1996; Upton et McAfee, 1996; Evans et Wuster, 1997), nous montre chaque jour la plus grande transparence, la plus grande de complexité voire l'irréalité ou la virtualité de l'entreprise moderne. Le progrès, comme une force dangereuse, impose des situations nouvelles comme ce déploiement à une allure exponentielle de l’Internet. Alors que le projet mobilise pour une ascension difficile vers l’ambition stratégique, le progrès numérique (dés)organise rapidement les hommes et les entreprises.

L'apprentissage organisationnel : une revue critique de la littérature

Auteur

Frédéric LEROY

 

Résumé

Nous entendons ici mettre en perspective critique les différentes études sur l'apprentissage organisationnel, faire en quelque sorte une cartographie du paysage en présentant les grandes configurations d'apprentissage et en nous appuyant sur la distinction désormais classique, mais peut-être aussi réductrice, entre apprentissage cognitif et apprentissage comportemental. Nous essaierons aussi de mettre en rapport les analyses sur le processus d'apprentissage (comment apprend une organisation ?) avec celles portant sur le sujet d'apprentissage (qui apprend ? qu'est-ce qui est organisationnel dans l'apprentissage ?) et celles plus récentes traitant de l'objet d'apprentissage (qu'est ce qui est appris et quelles sont les caractéristiques de ce qui est appris). Nous entendons donc montrer combien l'étude des processus est indissociable de celle des contenus et des sujets d'apprentissage.

Les entreprises agressent-elles leurs concurrents? Les implications du concept d’agressivité concurrentielle

Auteur

Frédéric LEROY

 

Résumé

Les entreprises agressent-elles leurs concurrents ? Plusieurs auteurs, dans des recherches récentes, considèrent que les rapports concurrentiels se sont profondément transformés ces dernières années (Brahn, 1995; Craig, 1996; D'Aveni, 1995; Garda et Marn, 1994; Hinthorne, 1996; Young et al, 1996). Aux marchés relativement stables des années de croissance, caractérisés par une concurrence «normale» (Brahn, 1995), se seraient substitués des marchés beaucoup plus disputés, caractérisés par une concurrence «excessive» (Brahn, 1995), «prédatrice» (Hinthorne, 1996) ou «agressive» (D'Aveni, 1995; Young et al, 1996).

Les auteurs s’opposent sur l’attitude à adopter par rapport à cette évolution des marchés. Certains recommandent aux dirigeants de limiter les comportements agressifs, en raison de la dégradation générale des marges qu’ils produisent (Brandemeyer et Schmidt, 1995; Garda et Marn, 1994; Porter, 1982), alors que d’autres considèrent, que, dans un contexte «d’hypercompétition», une entreprise doit être la première à tenter de déstabiliser ses concurrents pour éviter d’être elle-même la cible d’une manœuvre agressive (Craig, 1996; D'Aveni, 1995; Young et al, 1996).

Toutefois, si les auteurs divergent sur la nécessité d’adopter un comportement agressif, ils se rejoignent en ne donnant pas de définition précise du concept d’agressivité concurrentielle. Quel sens peut-on accorder au concept d’agressivité dans le contexte économique ? Quelles implications peut-il avoir dans ce contexte ? Peut-on réellement considérer que les entreprises s’agressent mutuellement ? L’objet de cette contribution est de proposer de premiers éléments de réponse à ces questions, en s’interrogeant sur les fondements du concept d’agressivité concurrentielle et sur ses implications.

Systèmes de contrainte, systèmes disciplinaires et décision face au risque. Le comportement du chargé d’affaires comme déterminant fondamental du risque de la banque

Auteur

Lionel HONORE

 

Résumé

Le chargé d'affaires est au centre de la relation banque-entreprise. Comprendre l'appréhension du risque de l'entreprise par la banque passe par l'analyse de son comportement et des modalités de son gouvernement. Les approches classiques et néoclassiques du risque comportemental, fondées respectivement sur des philosophies de la précaution et de la protection réduisent la démarche de l'individu à une recherche de rationalisation et de justification. Or certains types de comportements face au risque, traduisent une logique de responsabilisation. Nous proposons pour les étudier les premiers éléments d'une approche socio-économique appréhendant le système de gouvernement de l'entreprise comme un système de contraintes et analysant la traduction que l'individu peut en faire, en fonction de sa trajectoire socioprofessionnelle, pour déterminer son comportement face au risque.

La trajectoire organisationnelle des équipes d’innovation

Auteur

Thomas LOILIER

 

Résumé

Cet article s’inscrit dans la lignée des travaux portant sur la mise en œuvre organisationnelle des stratégies d’innovation technologiques de l’entreprise. Il s’appuie sur une représentation de l’innovation qui la considère comme un processus à la fois collectif et dynamique. A la suite des travaux de l’école évolutionniste, il nous semble que les choix technologiques et stratégiques de l’entreprise ne se comprennent que si l’on utilise une approche conceptuelle ou empirique dynamique. Cette école a notamment développé le concept de trajectoire technologique pour mettre en avant l’idée qu’il existe une certaine continuité dans la succession des choix d’innovation technologiques de l’entreprise. D’origine économique, cette théorie délaisse l’étude de la mise en oeuvre des choix stratégiques, occultant notamment l’aspect organisationnel des projets d’innovation.

Or, l’innovation étant un processus collectif, ces aspects organisationnels sont fondamentaux. L’objectif de cet article est donc d’analyser les répercussions de la trajectoire stratégique et technologique de l’entreprise sur ses modes d’organisation. Pour cela, nous avons élaboré un nouvel outil d’analyse organisationnel, la trajectoire organisationnelle d’innovation. Cette dernière présente la particularité de choisir comme niveau pertinent d’analyse organisationnelle non pas l’ensemble de l’entreprise mais l’équipe-projet chargée de développer l’innovation technologique.

La première partie de cette recherche est avant tout d’ordre théorique. Elle propose l’utilisation de deux couples stratégiques pour caractériser la trajectoire technologique de l’entreprise (sous-partie 1.1.) puis, après avoir présenté les difficultés d’organisation de l’innovation, définit la trajectoire organisationnelle d’innovation et choisit les concepts qui permettent de la mettre en évidence (sous-partie 1.2.).

La seconde partie de travail est d’ordre empirique. Elle présente une illustration détaillée de la mise en évidence et de l’analyse d’une trajectoire organisationnelle d’innovation. Au niveau méthodologique, l’utilisation de ce concept nécessite le recours à une approche longitudinale qui seule peut rendre compte des phénomènes dynamiques d’apprentissage. Nous avons choisi d’étudier les trajectoires stratégique et organisationnelle d’un centre de recherche de France Télécom, en ce qui concerne les technologies « groupware ». La période étudiée débute en 1987, avec le lancement du premier projet « groupware », et se termine avec la mise en place du projet « Laboratoire de Services » décidée à la fin de l’année 1995. Le recueil des données se fonde sur une interaction soutenue avec un centre de recherche de France Télécom, le Service d’Etudes de la Poste et des Télécommunications (SEPT), pendant seize mois, de novembre 1993 à février 1995. Durant cette période, nous avons participé en tant que chargé d’études, au développement de nouveaux produits groupware dans le cadre du projet d’innovation « Ambiance » (1991-1994). Les données sur lesquelles s’appuie l’étude longitudinale proviennent donc, d’une part, de l’observation directe et d’entretiens complémentaires avec les acteurs des différents projets et, d’autre part, du dépouillement des documents d’archive du SEPT (rapports annuels d’activité, états d’avancement des différents projets, compte-rendu des différents comités de pilotage, etc.).

Quand la réalité rejoint la fiction... ou du réalisme adhocratique (Quelles orientations méthodologiques pour une nouvelle optique configurationnelle)

Auteur

Isabelle MAERTEN

 

Résumé

Cette communication correspond à un regard sur les relations qui peuvent exister entre un impératif d'innovation et la logique organisationnelle associée. Par ce regard, nous cherchons à confronter une modélisation configurationnelle, en l'occurrence adhocratique, à la réalité entrepreneuriale. Procédant de la sorte, nous exploitons la valeur heuristique d'un schéma de configuration dont la construction semble correspondre au reflet de modèles mentaux d'acteurs d'entreprises innovatrices.

Avant de préciser les enjeux de la recherche, nous convenons de poser une définition possible de l'adhocratie. Ce terme a pour origine la locution latine ad hoc qui signifie "pour cela, à cet effet". La notion de destination apparaît importante. Selon nous, adhocratie signifie avant tout "être à l'usage spécifique de tel ou tel projet d'innovation, être destiné spécifiquement à...". C'est par cette volonté d'établir une forme d'adéquation entre ses projets et ses modes de management que cette configuration se pose en tant que réponse à l'innovation. La configuration innovatrice correspond ainsi à un agencement structurel cherchant à réaliser pour toute fin nouvelle apparaissant (la gestion de tel ou tel projet d'innovation), un nouvel agencement de moyens disponibles. L'adhocratie ou structure ad hoc ne serait pas seulement une configuration d'entreprise, mais une reconfiguration permanente de cette dernière.

Cette configuration nous apparaît comme une voie réaliste de management. Elle ne recherche pas une efficacité qui se voudrait totale, ne se présente pas sous un angle parfait qui en ferait un idéal à atteindre pour chaque entrepreneur. Elle aspire à de l'expérience humaine particulièrement adaptée à son fondement qu'est l'innovation.

Les rapprochements des banques et compagnies d’assurance françaises et allemandes : Des modèles de développement différents ?

Auteur

Ulrike MAYRHOFER

Fabrice ROTH

 

Résumé

Depuis une vingtaine d'années, les mesures de déréglementation mises en place par les principaux Etats industrialisés, et le rythme soutenu du progrès technique, ont poussé à l'internationalisation des entreprises. Aujourd'hui, dans un contexte de mondialisation, les entreprises s'organisent pour adopter une stratégie leur permettant de capter en priorité les marchés situés dans un nouvel espace d'échanges tripolaire, constitué de l'Europe, des Etats-Unis et du Japon. Après s'être internationalisées pour résister à la pression de la concurrence qu'elles doivent affronter aussi bien sur les marchés étrangers que locaux, les firmes tendent à devenir globales. Leur but n'est plus tant d'étendre leur présence à l'étranger que d'organiser leurs moyens et leurs ressources pour en obtenir la plus grande efficacité et renforcer leur compétitivité.

Toutefois, le phénomène de globalisation est un processus multidimensionnel qui allie des transferts de technologie, des mouvements de marchandises et des flux de capitaux. Cette composante financière met en évidence le rôle essentiel joué par les banques et les compagnies d'assurance. Celles-ci, au travers des opérations de financement et des prises de participation qu'elles réalisent, agissent comme des créatrices d'interdépendances. Aussi apparaît-il légitime de s'interroger sur les stratégies financières des entreprises de ce secteur. De plus, les politiques de libéralisation des activités financières, à la charnière des années 90, se sont traduites par une libre circulation des capitaux et des services au sein de l'espace communautaire européen, accentuant les phénomènes de rapprochement dans les services (Urban, Mayrhofer et Nanopoulos, 1997). Néanmoins, les liens tissés dans le secteur tertiaire demeurent un champ d’investigation peu exploré en management stratégique. Enfin, la place prise par les technologies de l'information dans le processus de production des entreprises touche au coeur même des métiers de banque et d'assurance et augmente la pression sur les coûts. Dans leurs relations avec d'autres agents, ces entreprises doivent en effet supporter des coûts de transaction dans l'acquisition d'informations. Ces actifs incorporels agissent donc comme des actifs spécifiques, au sens de Williamson. Dans un secteur où l'activité possède un caractère immatériel, l'importance des processus d'information amplifie celle du contrôle de l'entreprise et des diversifications menées à l'intérieur du secteur financier (principes de la banque universelle et de la bancassurance).

Pour autant, la confiance est un élément indispensable à toute décision de partage : partage des ressources, partage d'influence, partage de pouvoir. Or, la confiance est facilitée par la proximité culturelle des partenaires. Dans ce contexte, il est devenu courant d'opposer deux modèles d'organisation économique : le modèle anglosaxon, dominé par les marchés financiers, et le modèle japonais, où le système bancaire assure une fonction stabilisatrice (avec un modèle allemand assimilé au modèle japonais, et des modes hybrides caractérisés par une intervention plus ou moins forte de l'Etat). Ces différences de gouvernement des entreprises suggèrent que les modalités de rapprochement seront fortement influencées par la nationalité des initiateurs. A l'heure de l'intégration politique européenne, il est dès lors tentant de comparer un échantillon d'entreprises financières françaises et allemandes, et d'identifier d'éventuels facteurs de convergence. C'est l'objet de cette étude exploratoire.

Nous commencerons par caractériser les stratégies de rapprochement dans la banque et l'assurance pour dégager ensuite les principaux éléments constitutifs des modèles de gouvernement d’entreprise français et allemands (partie 1). A la lumière de ces réflexions, quelques résultats tirés de l'étude d'une base de données francoallemandes seront présentés et commentés (partie 2).

La stratégie, un exercice du virtuel

Auteur

Bachir MAZOUZ

Gérard Kokou DOKOU

 

Résumé

Si on admet que la complexité vient rappeler aux théoriciens du changement et aux praticiens de la décision stratégique les frontières de la certitude humaine face à un environnement aux contours mouvants et aux caractéristiques volatiles et que les sciences cognitives, quant à elles, leur révèlent leurs capacités et leurs limites naturelles lors qu’il s’agit de se rendre compte de ces changements. Il en suit que les deux paradigmes pris séparément nous font miroiter une réalité paradoxale ; c’est-à-dire (1) une réalité qui existe en soit et qu’il faudrait décrypter minutieusement et (2) une réalité que s’approprient les acteurs organisationnels pour guider leurs actions face à l’imprévisible, au paradoxal et à l’ambigu.

La première partie de notre papier est consacrée au rôle traditionnel du Stratège, celui de la formulation et des processus formalisés que sous-tend les approches classiques de la stratégie. Alors que la deuxième partie irrigue les bourgeons d’une conception plus large et plus créative. Plus précisément, notre intérêt porte ici sur la notion de virtualité de l’environnement du Stratège et de la Stratégie. Bien évidemment, la virtualité s’entend ici comme des potentialités que le Stratège fait émerger à partir de ses convictions profondes, de ses certitudes personnelles et de ses références socioprofessionnelles. Une telle proposition nous amène donc à juxtaposer deux dimensions paradoxales, parmi tant d’autres qui caractérisent la mission du Stratège, et qui, entre autres, servira à justifier l’aspect disciplinaire disparate de la Stratégie et spécifier son statut épistémologique.

L’Entreprise virtuelle: un concept ou une réalité managériale?

Auteur

Régis MEISSONIER

 

Résumé

Face à la complexité économique environnementale, l’enjeu des organisations est maintenant de pouvoir s’affranchir des contraintes spatio-temporelles. C’est dans ce contexte qu’apparaît l’entreprise virtuelle que nous proposons de caractériser dans cette étude comme étant une organisation qui, par une utilisation intensive des technologies de l’information, coordonne à distance un maillage d’acteurs indépendants les uns des autres. Cet article propose d’analyser les différents potentiels et limites que la congruence de ces caractéristiques peut rendre sous-jacents. Finalement, il importera de s’interroger sur le caractère émergent de cette nouvelle notion qu’est l’entreprise virtuelle, et de déterminer si celle-ci relève plus d’un concept que d’une simple formalisation de pratiques managériales déjà rôdées.

La formalisation de l’éthique : un moyen d’action pour le management stratégique?

Auteur

Samuel MERCIER

 

Résumé

La question éthique est entrée dans le champ de l’actualité depuis une dizaine d’années, on peut toutefois se demander si elle peut accéder au statut de nouvel art de management. L’analyse des politiques éthiques des entreprises opérant en France nous permet de présenter quelques éléments de réponse.

La formalisation éthique consiste à poser explicitement, par écrit, les idéaux, valeurs, principes et prescriptions de l’entreprise. Elle prend donc l’aspect d’un document de référence rédigé par l’entreprise énonçant ses valeurs et comportant une dimension éthique. Ce document est établi en liaison avec la culture de l’entreprise. Le document éthique permet de positionner l’entreprise dans le cadre de sa politique générale. Selon Berenbeim (1992), c'est un véhicule majeur pour établir des principes éthiques. En effet, il occupe le terrain entre la loi et les valeurs internalisées de la société. C’est donc un des rares instruments concrets que les entreprises peuvent utiliser pour montrer leur attachement aux principes éthiques et intégrer la question dans le management.

Le management stratégique comprend l’analyse stratégique (qui consiste à définir et mettre en oeuvre les orientations futures de l’entreprise, produits, marchés, technologies) mais il comprend aussi une réflexion sur l’éthique de l’entreprise. En effet, c’est par l’expression de son éthique que l’entreprise affirme son caractère unique et qu’elle permet à ses membres de vivre un sentiment d’appartenance.

La formalisation éthique devient donc une nouvelle dimension de la politique l’entreprise complétant la stratégie. Elle permet à l’entreprise de formuler les contraintes provenant de la société ainsi que les engagements autonomes qu’elle s’impose. Lorsqu’elles sont confrontées à un problème, les entreprises ne sont pas seulement guidées par l'analyse de ce qui est mais aussi par la prise en compte, souvent implicite et confuse, de ce qui leur paraît «devoir être». Des valeurs sont donc présentes dans leurs choix et les orientent pour partie. C'est ici qu'intervient la dimension éthique. Le choix éthique ne se pose que là où il existe un degré de liberté d’action pour les entreprises : les décisions prises sous une contrainte absolue ne sauraient être évaluées du point de vue éthique. Cependant, au niveau de la direction des entreprises, il existe une marge de manoeuvre importante. Ainsi, la qualité requise pour diriger les entreprises ne se mesure pas seulement en terme de compétences managériales. La dimension éthique doit être également prise en compte en étudiant la relation entre les moyens employés et les fins visées.

Nous montrerons dans un premier temps que l’engouement actuel pour l'éthique n'est pas dû au hasard mais aux nécessités du moment et à l'évolution des modes de pensée des dirigeants. De plus en plus, les entreprises sont tenues de justifier leurs moyens d’action et la finalité de leurs activités. La formalisation répond donc à un double enjeu : elle permet à l’entreprise de prendre en compte les pressions de l’environnement et constitue un moyen de régulation interne. Dans ce contexte, c’est la Direction Générale qui dans l’entreprise prend la décision de formaliser. Puis, nous examinerons la manière dont se forme la politique éthique formelle et analyserons l’intérêt stratégique des documents éthiques.

Enfin, nous nous livrerons à une analyse critique de cette instrumentalisation de l’éthique.

La qualité dans les relations interentreprises

Auteur

Karim MESSEGHEM

 

Résumé

L’objectif de ce papier est de mettre en évidence des facteurs qui caractérisent les relations interentreprises et qui sont susceptibles d’expliquer l’adoption de méthodes de gestion de la qualité. Nous allons montrer dans le cadre de cette contribution que les modes de coordination telles que l’autorité, la confiance, l’incitation, exercent une influence sur les modes de gestion de la qualité retenus par les fournisseurs. Nous présenterons tout d’abord les différents modes de coordination qui caractérisent les relations interentreprises. Nous montrerons comment ces modes de coordination peuvent contribuer à réduire l’incertitude. Nous essaierons ensuite de relier ces modes de coordination aux méthodes de gestion de la qualité, en montrant que l’évolution des relations interentreprises marque le passage de méthode centrée sur le contrôle à des méthodes davantage centrées sur le partenariat.

Concurrence, sélection et pérennité des organisations : un processus inter et intra organisationnel.

Auteur

Sophie MIGNON

 

Résumé

Autonomie et évaluation des performances dans l’organisation publique : une étude exploratoire

Auteur

Patricia MILANO

 

Résumé

Les grandes mutations en oeuvre dans le secteur public placent les entreprises publiques au coeur des débats actuels (Charreaux, Louart, Chevallier, Saussois, Rachline, Trogrlic, Hatchuel et Pallez, Tanguy, Barreau, Defélix, Guyon, Metzler 1997). Nous allons tenter d’apporter un éclairage différent sur ces efforts de restructuration en nous appuyant sur les travaux de Chandler (1972) concernant les structures décentralisées. Bien que la mise en perspective des expériences présente des limites importantes, nous allons tenter de montrer en quoi les efforts de décentralisation menés par les entreprises américaines entre 1920 et 1960, peuvent constituer une grille de lecture ponctuelle des changements mis en oeuvre par les entreprises publiques depuis une dizaine d’années.

Outre la mise en relief d’un ensemble de variables communes aux expériences, cette comparaison nous permettra de voir en quoi les entreprises publiques, dans les années 90 se heurtent à des problématiques du même type que celles rencontrées par les grandes compagnies américaines entre 1920 et 1960.

La perspective de mise en concurrence des entreprises publiques avec leurs homologues européennes a entraîné l’adoption de nouvelles logiques de fonctionnement mieux adaptées à cet environnement. Les restructurations des entreprises publiques vont se traduire par la mise en place d’une forme organisationnelle du type réseau. Désormais, l’entreprise publique se compose d’un centre, chargé de définir les grandes orientations, et d’un ensemble d’unités périphériques, vers lequel une partie du processus de décisions a été déléguée. La réussite de ce changement organisationnel, va être fortement lié aux types de relations définies entre le siège et ses unités opérationnelles.

En effet, le nouveau mode de management va poser le problème de l’équilibre entre la volonté de définir des espaces d’autonomie pour les managers des unités périphériques afin de s’adapter aux différences environnementales et la nécessité de contrôler la performance de l’organisation dans sa globalité. La décentralisation risque, en effet, de se traduire par une variété des comportements chez les acteurs risquant de compromettre l’efficacité de l’entreprise. De plus, la pression concurrentielle sur les marchés de cette entreprise, va rendre encore plus difficile la réussite du processus de décentralisation.

Notre présentation va se dérouler en quatre parties. D’abord, à la lumière des expériences américaines décrites par Chandler (1972), nous allons analyser les principales caractéristiques des efforts de décentralisation. Après avoir mis en évidence les variables communes de part et d’autre des expériences, nous soulignerons la spécificité de l’environnement actuel qui contraint les entreprises publiques à passer d’un mode de management centralisé à un mode de management décentralisé sous la contrainte de l’intégration d’une dualité temporelle. Pour tenter de répondre à cette problématique, nous proposons d’étudier l’impact d’un dispositif de contrôle de la performance sur le nouveau mode de management, en essayant de montrer en quoi il peut favoriser cette intégration.

Dans une deuxième partie, nous exposons la méthode d’observation du type quasi expérimentation ainsi que le cadre empirique de nos investigations : La Poste. Nous présentons, en troisième partie, la nouvelle forme organisationnelle ainsi que les méthodes et outils mis en oeuvre à La Poste et sur lesquels nous avons bâti notre dispositif d’observation. En dernière partie, nous présentons les premiers résultats de la recherche, en nous appuyant sur quelques illustrations du terrain.

La contractualisation psychologique entre les membres du noyau stratégique des filiales communes internationales

Auteur

Philippe MONIN

 

Résumé

Notre recherche a pour objectif de réconcilier et d'intégrer les contributions de Tallman et Shenkar (1994) et de Ring et Van De Ven (1994). Elle explore la problématique de la contractualisation psychologique entre les membres du noyau stratégique d'un hybride organisationnel particulier : les FCI, caractérisées par la forte ambiguïté des intentions initiales des partenaires. Elle prolonge et critique l'étude des contrats psychologiques selon Ring et Van De Ven, à partir des travaux récents de Rousseau et de son équipe (1989, 1993, 1994, 1995). Deux cas empiriques étudiés longitudinalement entre 1991 et 1995 illustrent les causes et conséquences de la dynamique de contractualisation psychologique sur la coopération au sein du noyau stratégique. Notre recherche permet ainsi d'approfondir la compréhension des mécanismes psychosociologiques à l'origine des relations de coopération entre les membres des noyaux stratégiques des FCI, et des SCIO plus généralement.

L’appropriation de ressources technologiques et scientifiques

Auteur

Caroline MOTHE

 

Résumé

Cet article propose une définition élargie de l’appropriation et met en relief les principaux facteurs favorisant l’appropriation des résultats au sein de consortia en Recherche et Développement. Il contribue ainsi à une meilleure connaissance théorique et empirique dans les domaines de la coopération, de l’organisation et de l’innovation. Les hypothèses construites sont relatives à l’impact sur l’appropriation des résultats par les membres de consortia en R&D de la confiance entre partenaires, de l’implication et de la motivation de l’entreprise dans le projet de R&D et de l’organisation interne de l’entreprise partenaire (degré d’intégration de la R&D avec d’autres fonctions comme la production et le marketing, possession des actifs complémentaires adéquats, son expérience en R&D, existence d’un savoir codifié). Les tests des hypothèses sur un échantillon de 317 firmes européennes impliquées dans l’initiative EUREKA montrent que l’ensemble de ces facteurs favorisent l’appropriation des résultats par les partenaires de la coopération en R&D.

Les représentations stratégiques : quatre répertoires de l’industrie de l’environnement

Auteur

Eléonore MOUNOUD

 

Résumé

Cet article présente la méthode d’une étude en termes de représentations stratégiques des discours de dirigeants de l'Industrie de l'Environnement. On regroupe sous l'appellation Industrie de l'Environnement, les activités économiques qui se développent autour des besoins, des marchés et des technologies liés à la protection de l'Environnement. Certaines de ses activités comme le ramassage des poubelles ou les services de gestion des déchets ou des eaux usées, existent depuis fort longtemps, d'autres se sont créées récemment sous l'effet de différents facteurs : la mise en place d'une réglementation de protection de l'environnement, l'évolution des performances et/ou du coût de technologies de dépollution, la prise de conscience scientifique et/ou populaire des effets des activités humaines que sont l'agriculture, l'industrie, l'aménagement de l'espace. Ces activités sont le fait de grands groupes ou de P.M.E. spécialisées et donnent naissance à des coopérations entre industriels et parfois avec la recherche publique. Notons par ailleurs qu'il existe un discours véhiculé par les médias, sur le rôle économique des Industries de l'Environnement supposées créatrices d'emplois et facteurs de croissance pour notre économie. Plus récemment, un discours plus critique dénonçant les profiteurs de l'Environnement est apparu dans la presse. Enfin ces activités s'inscrivent dans un cadre social plus large, celui du débat écologique et du rapport de l'homme à la nature.

L'intérêt d'étudier les représentations est aujourd’hui souligné par de nombreux auteurs (Martinet 88, Koenig 96), le faire sur un terrain tel que celui de l'industrie de l'Environnement le multiplie. D'une part, parce que les recherches menées sur la perception des concurrents d'un secteur, se sont jusqu'ici concentrées sur des secteurs bien définis, très restreints et stables (Reger 90, Porac & Thomas 91). D'autre part, parce que le rôle des phénomènes cognitifs dans la formation des secteurs en émergence a été montré par Levenhagen, Porac & Thomas (92). Ils soulignent en particulier qu'il existe des hypothèses fortes, mais souvent implicites, sur la nature des marchés et les bases de la compétition dans les recherches en stratégie et que ce sont précisément ces définitions qui sont en jeu lors de l'émergence d'un secteur. Enfin le caractère polémique du monde de l'écologie contribuera à la "coloration" des représentations.

Management par projets : le rôle des interactions professionnelles dans la constitution du savoir organisationnel

Auteur

Claude PARAPONARIS

 

Résumé

La diffusion de nouvelles formes d'organisation suscite toujours un engouement certain chez les chercheurs en management stratégique. Chaque vague de renouvellement des pratiques amène son lot d’améliorations en même temps qu’elle transforme le champ de tensions traditionnelles des organisations. Au sein de ce champ le type de commandement et le mode de production des connaissances apparaissent décisives. En leur temps, les structures matricielles (Davis et Lawrence, 1977 ; Galbraith, 1971 ; Larson et Gobeli, 1987 ; Sayles, 1976)1, récemment le management par projets (Declerck, 1980) nous fournissent matière à réflexion. Les activités de recherche et développement (R&D) formulent de manière exemplaire la question de ces tensions.

Parce que ces activités sont supposées générer l'innovation, et parce que leur personnel (chercheurs et ingénieurs) doit disposer d'une grande autonomie d'action, il devient difficile de les intégrer dans des processus organisationnels dont la finalisation répond à des contraintes plus sévères de délai et de coût. La nouvelle vague des organisations par projets intéresse directement le statut des différentes catégories de personnel dans un projet, la coordination des activités de chacun, et finalement la construction des règles de production des connaissances dans l'entreprise. Notre propos consiste à nourrir la réflexion à ce niveau en développant les modalités concrètes de gestion par projet au sein d'une activité spécifique mais très comparable aux situations industrielles : la recherche en Physique des Particules. Dans ce domaine, les projets de recherche font partie de ces organisations qui, selon des objets et des temporalités spécifiques, sont cependant susceptibles de fournir des enseignements de premier rang aux entreprises confrontées aux multiples difficultés du management par projets.

Dans une première partie, nous dressons un état de la littérature sur la question en montrant que le management par projets favorise des systèmes de conception qui reposent en priorité sur l'interaction entre les professions. Étudiée suivant certains concepts du courant interactionniste, celle-ci n'est pas sans poser de délicates questions d'apprentissage organisationnel.

Dans une seconde partie, nous ramenons ces questions aux principes de gestion qui structurent le management par projets en physique des particules. Nous montrons en quoi la mixité des régulations "professionnelles" et "organisationnelles" permet aux interactions de participer de manière positive aux apprentissages organisationnels.

La relation entre l’organisation et son environnement : le cas de l’écologie

Auteur

Eric PERSAIS

 

Résumé

Longtemps négligé par la plupart des acteurs économiques, et en particulier par les entreprises, l'environnement naturel s'impose aujourd'hui à l'ensemble du monde industriel. Les firmes sont désormais conduites à s'adapter pour répondre de manière favorable aux pressions écologistes dont elles sont la cible. Elles sont alors amenées à modifier leur structure afin de mieux prendre en compte la demande pour un meilleur respect de la biosphère. Cet article, qui prend pour base les résultats d'une recherche effectuée auprès de firmes industrielles, tente de montrer, au travers du cas particulier que constitue l'écologie, l'influence de l'environnement sur l'organisation. Il cherche également à mettre en évidence le type de réponses adoptées par les entreprises pour mieux intégrer les sollicitations dont elles font l'objet dans le domaine écologique. Il s'inscrit par conséquent dans la logique contingente, puisque l'environnement est ici considéré comme le principal facteur explicatif des évolutions structurelles constatées au sein des firmes.

Les phénomènes de “ spin-off ” : élucidation d’une réalité plurielle

Auteur

Fabrice PIRNAY

 

Résumé

Ce projet de recherche se propose de lever quelques ambiguïtés relatives aux concepts anglophone de spin-off et francophone d'essaimage, ce dernier se révélant n'être, après analyse, qu'une traduction incomplète du premier. Pour ce faire, nous nous basons sur la littérature existante pour:

- établir une liste des caractéristiques communes à tout phénomène de spin-off;

- concevoir une typologie en six catégories distinctes de ces phénomènes;

- expliciter les finalités poursuivies par deux des principales parties impliquées dans ces phénomènes: l'organisation "mère" et l'individu-entrepreneur.

La nouvelle stratégie de Cap Gemini, étude de cas

Auteur

J.J. PLUCHART

 

Résumé

Après six années de crise, les sociétés européennes de services informatiques sont menacées de passer sous le contrôle de leurs concurrentes américaines. Les prises de participation dans des S.S.I.I. européennes - et notamment françaises - par des groupes américains se sont multipliées depuis 1993. « Le mouvement de restructuration des S.S.I.I, dont les compétences doivent ètre de plus en plus intemationales, va forcer ces entreprises à se concentrer », selon Pierre Laigle, du cabinet KLC, qui ajoute: « Il sera de plus en plus dur à une SSII franco-française d'offrir une gamme étendue de services ». Alors que se profilent de nouveaux marchés, notamment asiatiques, les S.S.I.I. européennes restent pénalisées par une moindre surface financière. Cette concentration est d'autant plus inéluctable qu'il existe en Europe un trop grand nombre d'intervenants dans le domaine des services informatiques. «Aux États-Unis, on estime que dans le FM (« facilities management » ou « Infogérance »), il n’y a place dans le monde que pour douze sociétés. En France, il pourrait subsister moins d'une dizaine d’acteurs dans le FM, et moins encore dans l'intégration de systèmes, compte tenu de la taille du marché hexagonal par rapport au marché américain ». Une pression est également exercée par les grands cabinets d’audit américains, tels Ernst & Young, Price Waterhouse et Mac Kinsey.

Le marché français des services informatiques connait une croissance inférieure à celles observées dans la plupart des autres pays européens. Les entreprises de tous secteurs ont besoin des S.S.I.I. pour reconstruire leurs systèmes informatiques. Leurs attentes portent principalement sur la maitrise des progiciels professionnels, l'intégration de systèmes et l’assistance à distance (télésurveillance, téléchargement... ). Le potentiel de croissance du marché français des services informatiques est toutefois élevé (Syntec estime que la croissance moyenne du marché devrait s'établir à environ 10 % par an). « Des pôles de regroupement ont commencé à se constituer au début des années 1990 autour de France Télécom ou de Thomson, mais depuis, il ne se passe rien », regrette un analyste, qui estime que la course au volume est le seul moyen pour les prestataires français de s'opposer à leurs concurrentes américaines. Les S.S.I.I. françaises doivent cependant retrouver un actionnariat stable prêt à s'engager à long terme, mais leurs actionnaires « historiques » - les groupes financiers (notamment la Société Générale, le Crédit Lyonnais, Paribas...) - en proix à des difficultés ou déçus par les années de crise, semblent plutôt sur la voie du désengagement. Pénalisées par une croissance moins rapide, les S.S.I.I. françaises n’ont donc pas pu achever leur mutation et n'offrent pas toujours les compétences internationales attendues par les entreprises...

Seule la première S.S.I.I. européenne, « Cap Gemini » (CG), est en mesure de rivaliser avec ses concurrentes américaines. Mais l’activité de CG ne représente que le quart de celle du leader mondial, et ses concurrents directs (IBM, Andersen, EDS et CSC) multiplient les acquisitions afin de développer leur taille critique.

La stratégie qualité conduit elle au succès en petite entreprise ?

Auteur

Marion POLGE

 

Résumé

L’objet de cette communication est de montrer que la stratégie qualité ne permet pas de créer invariablement une valeur globale et suffisante pour que la petite entreprise (PE) survive durablement et se développe. La création de valeur, au sens de M.E. PORTER (1986), peut n’être que partielle et conduire l’entreprise à l’échec. Une stratégie compétitive résulterait de la régulation entre la nature de la qualité choisie par l’organisation et la nature de la valeur créée dans l’environnement.

Le processus de la mort organisationnelle : une approche par la théorie de la complexité

Auteur

Corinne POROLI

 

Résumé

L’objectif de notre recherche est de contribuer à améliorer la compréhension de la mort organisationnelle, à partir d’une approche de la mort comme processus. Ce thème de recherche, avec cet angle d’approche, est peu courant dans la littérature. Le thème du déclin organisationnel a été relativement peu étudié par les chercheurs en sciences de gestion, le thème de la mort encore moins. Ce désintérêt des chercheurs contraste avec l’engouement pour un thème comme la performance, plus « positif » et peut-être plus stimulant. Cependant, le déclin et la mort sont des événements fréquents et majeurs dans la réalité des entreprises : fréquents, comme l’indiquent les statistiques des défaillances d’entreprises en France (17.375 défaillances au total en France en 1980, 26.425 en 1985, 46.989 en 1990 et 52.137 en 1995, selon l’INSEE) ou les inscriptions au Chapitre XI aux États-Unis ; majeurs, car c’est une réalité vécue par les acteurs de l’organisation, une expérience particulière dont ils ne sortent pas indemnes.

Un premier intérêt d’étudier le processus de la mort est donc empirique. D’une part, une meilleure compréhension de la mort organisationnelle peut aider les dirigeants d’entreprise dans certaines prises de décisions stratégiques. D’autre part, examiner le processus de la mort conduit à s’interroger sur l’efficacité du redressement et de la liquidation judiciaires et sur les améliorations à apporter au système des procédures collectives, ce qui peut constituer une aide aux Pouvoirs Publics.

L’intérêt de cette recherche est aussi et surtout de combler un manque dans la littérature, en ce qui concerne le processus de la mort. En effet, les travaux sur ce thème se sont le plus souvent focalisés sur des populations d’organisations. Cela revenait à expliquer les taux de mortalité dans une population donnée en fonction de variables comme la taille, l’âge, la densité de population, sans tenir compte de la mort en tant que processus vécu par les acteurs. Certaines études plus individuelles ont pris en compte l’organisation et non la population d’organisations : quelques analyses « processus » sont apparues, notamment celles de SUTTON et de KRANTZ. C’est cette voie que nous voulons poursuivre en nous attachant à montrer la complexité de la relation vie - mort.

Dans cette perspective, notre travail s’attachera à répondre au questionnement suivant : Quels sont les processus sous-jacents à la mort organisationnelle ? La confrontation avec le terrain a conforté d’une part la pertinence de cette approche de la mort comme processus, d’autre part la complexité des interrelations, organisations et désorganisations, en particulier la relation vie-mort-vie. La théorie de la complexité développée par Edgar MORIN nous a fourni un cadre conceptuel spécifique permettant de ne pas tomber dans l’écueil de la simplification de ces observations.

Notre méthodologie est qualitative à orientation historique et basée sur huit cas de morts organisationnelles. Le but est de comprendre la multidimensionnalité du processus de la mort organisationnelle, pour répondre au défi de la complexité. Nous nous proposons, dans un premier temps, de présenter une brève synthèse de la revue de littérature, puis, nous élaborerons notre cadre conceptuel basé sur la théorie de la complexité et enfin, nous exposerons notre méthodologie.

Un modèle d’exploitation des pôles de compétences dans le contexte de l’organisation et de la décision

Auteur

Dominique PUTHOD

 

Résumé

On assiste aujourd'hui à un foisonnement des approches en matière de stratégie d'entreprise. Or, chaque école de pensée a trop tendance a en fournir une image partielle, en privilégiant un point de vue avec une visée spécifique. L'objectif de cette contribution est de rechercher les moyens d'un enrichissement mutuel de la théorie fondée sur les ressources et les compétences (TRC) avec d'autres courants. Cette première approche se centre sur les ressources spécifiques qui permettent à l'entreprise de se singulariser. Ainsi pour R.M. Grant (1991), le concept d'avantage concurrentiel renvoie à la notion de ressource, c'est-à-dire tous les actifs tangibles et intangibles liés en permanence à l'entreprise. Les compétences qualifient, quant à elles, les savoir-faire de la firme résultant de l'accumulation de connaissances et qui s'incarnent dans des routines. En fait, la compétence désigne la capacité d'un ensemble de ressources à réaliser une activité et résulte par la même d'un processus de combinaison mobilisant des mécanismes organisationnels.

Pour les tenants de la TRC, les racines de l'avantage concurrentiel sont donc à rechercher à l'intérieur de l'organisation et, comme le notent C. Baden-Fuller et J. Stopford (1992, p. 23), dans cette optique, l'entreprise compte davantage que l'industrie1. Pourtant, le dirigeant, pour engager l'entreprise dans une dynamique de maintien et de renouvellement de ses ressources et compétences, ne peut exclure la compréhension de son contexte concurrentiel. Et celle-ci est en outre étroitement dépendante de ses représentations.

Partant de ce constat, il nous semble que des ponts peuvent être établis entre la théorie des ressources et des compétences, l'analyse de l'industrie et l'approche cognitive de la décision. C'est pourquoi, après avoir présenté les principales étapes de la TRC, on réfléchira à l'intérêt d'une double orientation (ressources et compétences / analyse de l'industrie), et on proposera d'enrichir le cadre d'analyse élaboré par les enseignements de la psychologie cognitive. Ceci devrait permettre de déboucher, dans la perspective des travaux de R. Amit et P.J.H. Schoemaker (1993) ou de M. Tampoe (1994), sur un modèle d'exploitation des pôles de compétence dans le contexte global de la décision stratégique et de l'organisation.

L’acuité stratégique de l’entrepreneur

Auteur

F. REVOLON

C. DELECROIX

 

Résumé

Les cinq familles de comportements de protection de l’environnement des entreprises : une approche basée sur la théorie des contrats et l’économie des conventions

Auteur

Emmanuelle REYNAUD

Jean-Louis CHANDON

 

Résumé

La recherche ici conduite suit le cheminement suivant : Après avoir identifié les facteurs des théories micro-économiques intervenant dans les comportements de protection de l’environnement des entreprises, elle présente les conduites plausibles au vu de ces modèles puis les confronte à l’épreuve des faits.

Pour une adéquation entre la qualité et les entreprises artisanales

Auteur

Katia RICHOMME

 

Résumé

Méthodologie prospective et recherche en management stratégique

Auteur

Fabrice ROUBELAT

 

Résumé

Depuis le milieu des années quatre-vingt (Buigues, 1985, Godet, 1985, 1997), la prospective s’est intégrée dans la littérature du management stratégique. En particulier, les techniques utilisées en prospective, et plus spécialement les scénarios dont la diffusion dans les entreprises date des années soixante-dix et quatre-vingt, sont devenus des outils de décision stratégique tout à fait classiques (Allouche et Schmidt, 1995) pour l’éclairage de la politique générale de l’entreprise (Marmuse, 1996). Ainsi l’approche prospective constitue une préoccupation pour le manager (Baumard, 1996) et une source de stimulation du questionnement stratégique (Koenig, 1996). Depuis la fin des années quatre-vingt, le concept de prospective stratégique s’est par ailleurs développé dans un certain nombre d’entreprises, notamment publiques (Lesourne et Stoffaës, 1996), en liaison avec des processus de changement stratégique, eux-mêmes principalement liés à la dérégulation des services d’utilité publique. De pratique d’entreprise, la prospective est également devenue un champ de recherche en sciences de gestion.

Si la prospective d’entreprise, en tant que champ de recherche portant sur la stratégie des organisations, entre dans le cadre du management stratégique, ses origines particulières rendent cependant nécessaire un examen approfondi de son statut épistémologique et de son positionnement méthodologique dans le cadre des sciences de gestion. Ainsi la première partie de cette contribution revient sur les origines de la prospective en insistant plus particulièrement sur le rôle dans cette genèse des préoccupations de chercheurs de disciplines constituées comme la philosophie, l’histoire et la sociologie d’une part et de champs de recherche pluridisciplinaires comme la recherche opérationnelle d’autre part. Reliant prospective générale et prospective appliquée, la deuxième partie met en évidence, qu’outre une réflexion sur le temps, la méthodologie prospective contribue à élargir le champ de l’analyse stratégique de l’organisation. La troisième partie insiste cependant sur le fait que la prospective, en tant que processus, n’est pas seulement un outil d’analyse mais contribue aussi à la création de sens dans l’organisation. A partir de l’analyse diachronique du développement de la prospective stratégique en France, la dernière partie montre enfin que ce processus déborde le cadre de l’organisation et implique non seulement les acteurs de l’entreprise mais aussi ceux de son environnement.

Représentations et compétences sociales au cœur de l’activité stratégique

Auteur

Linda ROULEAU

Eléonore MOUNOUD

 

Résumé

Parler de stratégie dans les organisations renvoie tour à tour aux projets de l’entreprise et aux jeux des acteurs. Ce texte propose une nouvelle manière de concevoir la formation des stratégies qui réconcilie ces deux niveaux en même temps qu’il les dépasse. En ce sens, nous nous proposons de comprendre comment la formation des stratégies s’inscrit dans les représentations sociales et met en scène la compétence sociale des individus qu’ils soient gestionnaires ou employés. Autrement dit, il s’agit de reconnaître que les stratégies d’entreprise et les stratégies d’acteurs sont ancrées dans des dynamiques sociales produites et reproduites sous leur double aspect idéologique et identitaire.

Escalade de l'engagement : décideurs et responsabilité : étude du cas “Les Amants du Pont Neuf”

Auteur

Isabelle ROYER

 

Résumé

Pendant les deux dernières décennies, l'escalade de l'engagement a donné lieu à une littérature importante en psychologie appliquée et en comportement organisationnel. Les situations d'escalade de l'engagement sont définies selon Brockner (1992) de la façon suivante : elles sont caractérisées par des décisions successives de poursuite de l'action prises face à des retours d'information négatifs concernant les allocations de ressources précédentes, à une incertitude quant à la réalisation du but, et à une liberté de choix de poursuivre ou de s'arrêter. Les recherches se sont tout d'abord focalisées sur la mise en évidence des déterminants de l'escalade par des expérimentations en laboratoire. Depuis 1986, cinq études de cas ont été réalisées. Elles ont concerné l’exposition universelle de Vancouver (Ross et Staw, 1986), la centrale nucléaire de Shoreham (Ross et Staw, 1993), le recrutement d’un cadre (Drummond, 1994a), un département de service technique (Drummond, 1994b) et la guerre du Golfe (Lipshitz, 1995).

Tous ces travaux, que ce soient les expérimentations en laboratoire ou les études de cas, présentent une caractéristique commune : ils étudient le phénomène de l’escalade de l’engagement sous l’angle du responsable, généralement un décideur unique, ou parfois un groupe restreint. De ce fait, il y a une association entre l’action, le décideur et le sentiment de responsabilité.

L’objectif de cet article est de montrer que cette perspective d’analyse qui associe une action au décideur qui l'a initiée ne représente qu’un cas particulier de phénomène d’escalade et que, par conséquent, l’étude de l'escalade de l'engagement ne peut pas être envisagée a priori sous l’angle d'un décideur mais nécessite, au préalable, une analyse des acteurs pour identifier les différents participants à la poursuite de l'action. Cette idée est mise en évidence grâce à une étude de cas : le film de Léos Carax “Les Amants du Pont Neuf”.

La planification stratégique à la recherche d’un second souffle

Auteur

Karim SAID

 

Résumé

La mise en place d'un système de planification stratégique (PS) "classique" est le plus souvent motivé tant par la nécessité de comprendre les implications futures de décisions présentes et les implications présentes de décisions futures que par la nécessité d'avoir instrument d'appréciation, d'évaluation et donc de contrôle des performances futures de l'entreprise. L'architecture classique des systèmes de planification essentiellement normative repose sur un diagnostic interne et externe de l'entreprise en termes de forces et faiblesses, sur l'établissement de budgets opérationnels à long terme nécessaires pour atteindre les différents objectifs arrêtés et sur un contrôle rigoureux des différentes activités permettant in fine de mieux maîtriser les écarts entre les prévisions et les réalisations. L'incertitude croissante de l'environnement de l'entreprise depuis les années 70 va sérieusement remettre en cause cette acception pour l'essentiel statique de la planification. En effet, l'incapacité de prévoir la crise de 70 et des début 80 ainsi que la récession de 1982 a véritablement administré le coup de grâce à la planification stratégique qui semble de moins en moins en phase avec les véritables enjeux de l'entreprise. Notre propos dans le dédale de contributions reste modeste dans la mesure où il ne vise pas tant à faire un "état de l'art" que d'illustres prédécesseurs ont effectué mais porte sur la nécessité d'élargir la perspective de la planification stratégiques par le biais d'une approche dynamique de la stratégie. Celle-ci est de plus en plus appelée à dépasser les clivages organisationnels et à favoriser une formulation stratégique collective et partagée. Nous nous proposons, dans une première partie, de nous pencher sur l'architecture classique des systèmes de planification mettant en évidence leurs lacunes ainsi que les différents amendements qu'ils ont connus et d'esquisser, dans une deuxième partie, les contours d'une acception dynamique des systèmes de planification plus adaptée aux nouvelles réalités de l'entreprise.

Les activités imparties et les raisons de l’impartition informatique au Canada : enquête auprès des dirigeants du service informatique de grandes entreprises canadiennes

Auteur

Gilles SAINT-AMANT

Guy LEQUIN

 

Résumé

Depuis quelques années, plusieurs grandes entreprises ont adopté des mesures pour réduire les coûts d’exploitation afin d’être plus concurrentielles sur les marchés locaux et internationaux. Certains ont eu recours à des programmes d’amélioration de la qualité, de réingénierie ou de « downsizing » tandis que d’autres ont utilisé l’impartition (Corporate Strategic Initiatives Survey, Gateway, 1992).

L’impartition a également touché les services informatiques (Collins et Millen, 1995). Cette tendance d’impartir des activités du service informatique est loin d’être passagère. Selon les experts du Gartner Group (Terdiman et Turnick, 1994), le marché de l’impartition touchera tous les domaines de l’industrie de l’informatique d’ici l’an 2000. Les revenus canadiens associés aux services d’impartition, d’intégration et de consultation informatique devraient atteindre 4,5 $ milliards en 1999 (Yankee Group, 1994). Cette projection repose sur un taux annuel de croissance de 13%. Les revenus d’impartition représenteraient environ 47% des prévisions globales du marché, soit 37% pour les services de gestion de centres de traitement et 10% pour l’impartition du développement et de l’entretien des applications.

Cette recherche vise à approfondir le phénomène de l’impartition informatique au Canada à l’aide d’un sondage auprès de gestionnaires du service informatique de grandes firmes canadiennes qui avaient déjà imparti une partie ou en totalité des activités de leur service informatique avant 1996. Plus spécifiquement, cette étude vise à:

1. Décrire les activités déjà imparties et les raisons1 sur lesquelles s’est fondée la décision d’impartir avant 1996;

2. Évaluer le niveau de succès de chaque raison tel que perçu par les dirigeants de l’informatique; et,

3. Décrire, pour les années à venir, les activités imparties du service informatique ainsi que les raisons sur lesquelles se fondera une décision d’impartir.

Cette recherche intéressera les dirigeants qui ont à prendre une décision d’impartition informatique ou ont à réviser leur situation actuelle d’impartition.

Pilotage stratégique de la création de valeur

Auteur

Olivier SAULPIC

Hervé TANGUY

 

Résumé

L’objectif de cet article, en partant des sources d’inefficacité analysées par la micro-économie de la firme, est de proposer une forme stylisée de système de pilotage visant à sortir de cette alternative. Nous nous intéresserons principalement à l’articulation entre élaboration de la stratégie et contrôle financier. Enfin, nous nous situerons d’emblée dans une perspective relationnelle quant à l’usage des outils de gestion.

Incertitude environnementale, aversion au risque du dirigeant et investissement productifs des entreprises

Auteur

Jacques-Bernard SAUNER-LEROY

 

Résumé

La première partie présente une synthèse des principaux développements théoriques récents relatifs à la décision d'investissement. La deuxième partie aborde la méthodologie qui a été retenue et la troisième les principaux résultats et conclusions qui se dégagent. Il en ressort qu'au delà des constats déjà bien établis concernant les contraintes de débouchés, de financement ou d'appartenance sectorielle, les phénomènes d'incertitude et d'aversion au risque apparaissent effectivement comme des déterminants pertinents et complémentaires dans la prise de décision d'investir du dirigeant.

L’impact de la croissance externe sur les actifs immatériels : l’exemple des marques

Auteur

Catherine THEVENARD

 

Résumé

Influence des valeurs et des représentations sur la stratégie financière de l’entreprise

Auteur

Daniel TILMONT

 

Résumé

Une structure financière adéquate est une condition nécessaire à la mise en œuvre d’une stratégie efficace. Les déterminants classiques de la structure financière ont fait l’objet de développements nombreux et féconds. Dans la théorie financière, l’importance des comportements s’est peu à peu révélée. Le postulat de ce travail de recherche est que le profil psychologique du dirigeant influence la structure financière de son entreprise. Dans ce profil psychologique deux éléments seront retenus : les valeurs personnelles du dirigeant et les représentations mentales que le dirigeant se fait de la banque.

Notre problématique s’exprime alors de la manière suivante : « comment les valeurs du dirigeant-propriétaire et les représentations mentales qu’il se fait de la banque influencent-elles la structure financière de son entreprise ».

Éclairage sur la problématique spécifique des stratégies de croissance externe entre entreprises personnelles et familiales de moyenne dimension : enseignements d'une recherche exploratoire

Auteur

Natacha TREHAN

 

Résumé

Dans les publications universitaires faisant suite à des recherches empiriques, la croissance externe apparaît plus souvent comme une manoeuvre stratégique où une grande entreprise joue le rôle de prédateur (Paturel, 1992, Chiavelli, 1980). Les entreprises personnelles et familiales de moyenne dimension sont souvent considérées comme des cibles potentielles pour les grandes sociétés (Schwartz, 1982) et non comme des acteurs d'opérations de fusions, d'acquisitions, de prise de participation majoritaire...

Très peu de travaux récents, à notre connaissance, ont cherché à analyser les conditions et modalités de la croissance externe entre entreprises personnelles et familiales de moyenne dimension. Une raison pourrait être la difficulté d'accès à l'information (cas où les entreprises ne sont pas cotées, par exemple), qui n'existe pas dans l'étude des restructurations des grandes firmes. Pourtant, le sujet est digne d'intérêt puisque 13% des entreprises personnelles et familiales de moyenne dimension, françaises, envisageraient d'acquérir, à court terme, de nouvelles entreprise1, voire de fusionner.

A priori, il n'existe pas de forme de développement à privilégier et nous avons conscience que la croissance est loin d'être un phénomène naturel et général. Quelques petites, ou très petites entreprises ont, en effet, peu de raisons de croître (Julien et Marchesnay, 1996). Néanmoins, certaines entreprises personnelles et familiales de moyenne dimension, en France, constituent une pépinière d'où émergeront de nouvelles grandes entreprises et la croissance externe peut constituer une alternative de développement à ne pas négliger : tel est le lemme sous-jacent dans notre étude.

Notre ambition est d'essayer de comprendre la spécificité du choix et de la mise en oeuvre de la croissance externe pour l'entreprise personnelle et familiale de moyenne dimension. Cette problématique sur "l'entreprise moyenne" personnelle et familiale est justifiée, car bien que très composite (cf. Marchesnay (1997) "la moyenne entreprise existe-t-elle ?") cette notion "d'entreprise moyenne", comme l'a montré l'un des premiers auteurs ayant défriché le domaine, Barreyre (1967), n'en constitue pas moins, pour autant, une réalité socio-économique, voire socio-politique. En dépit de ses frontières incontestablement floues, elle regroupe un certain nombre d'entreprises avec des attributs communs, que nous développerons par la suite. Notre problématique se pose donc plus en termes de contingence, qu'en termes de taille stricto sensu. Les critères de dimension ne sont qu'un paramètre parmi d'autres à considérer dans les facteurs de contingence, présentés en conclusion, mais permettant de délimiter un champ d'investigation spécifique.

Par souci de clarté, et de cohérence avec l'ouvrage de Gélinier et Gaultier (1974), dont le propos concerne, également, les entreprises personnelles et familiales, essentiellement, de moyenne dimension, ces dernières seront simplement nommées EPF.

Dans une première partie, nous avons entrepris, comme il est d'usage, une revue de la littérature. Les travaux de références étant, dans leur majorité, assez anciens et peu nombreux, nous avons, en conséquence, proposé un certain nombre d'hypothèses concernant l'existence de nouveaux éléments, en faveur de la croissance externe entre EPF, et de facteurs contraignants, liées à la nature même de ce type d'entreprises. Une étude exploratoire portant sur 120 entreprises nous permet de mieux cerner nos premières hypothèses.

Néanmoins, elle ne rend compte que partiellement de la spécificité de la problématique de croissance externe entre EPF. Dans une seconde partie, nous sommes donc amenés à nous intéresser à une démarche de "problem solving", englobant l'ensemble du processus de prise de décision stratégique dans l'entreprise, depuis la genèse, jusqu'à la mise en oeuvre, en passant par les différentes phases de diagnostic, négociation, formalisation des accords, ... Une étude de cas illustrant certaines facettes de ce problème est présentée. Les enseignements de cette recherche exploratoire nous permettent, en conclusion, de proposer un schéma directeur de l'analyse des facteurs de contingence des opérations de croissance externe entre EPF.

Comment les dirigeants formulent-ils leur agenda décisionnel? Une perspective cognitive

Auteur

Bénédicte VIDAILLET

 

Résumé

Cette recherche a […] pour objet l'étude des caractéristiques structurelles ainsi que des évolutions de l'agenda décisionnel de dirigeants. Elle s'appuie sur le suivi et l'analyse de l'agenda décisionnel de quatre dirigeants, étudiés dans leur environnement décisionnel naturel. L'analyse de l'agenda d'un cinquième "individu de contrôle", d'un niveau hiérarchique inférieur, permet de mettre en évidence l'homogénéité des caractéristiques observées chez les autres dirigeants.

Les stratégies de réseaux : les leçons de l’histoire

Auteur

Anne VIEILLOT

 

Résumé

Le concept de réseau en gestion s'est développé depuis le début des années 1980 en raison des profondes mutations économiques et sociales des entreprises. Les relations de collaboration entre entreprises sont devenues nécessaires compte tenu des conditions environnementales. Le réseau est considéré comme forme d'organisation intermédiaire (conciliation entre coopération et compétition) et comme une option stratégique à part entière. Des recherches sur le concept de réseau ont vu le jour aux Etats-Unis (Miles, Snow, Coleman), en Suède (Hallen, Hakansson, Johanson) et au Japon (Aoki). D'autres auteurs se sont également illustrés (Richarson, Thorelli, Jarillo…). Bien que ce nouveau concept ouvre les voies à de nouvelles perpectives de recherche en gestion, nous pouvons nous demander si les stratégies de réseaux sont des options récentes ou au contraire des options anciennes… L'objet de cette communication est donc de proposer des éléments de réponse à cette question. Pour réaliser cette étude, nous utilisons une approche historique. Il est vrai en effet que les expériences passées sont intéressantes et instructives. Les grandes stratèges militaires ont bien étudié les grandes batailles passées, les stratégies militaires… au cours de leur formation avant d'en élaborer eux mêmes. Les leçons de l'histoire peuvent effectivement nous éviter de toujours "réinventer la roue". La démarche de notre étude est explicative et sous-tend l'hypothèse suivante: les stratégies de réseaux ont toujours existé. Cette communication est composée de deux parties: d'une part, l'histoire des réseaux et d'autre part, les réseaux de l'histoire.

Les enjeux du développement d'un système de veille stratégique intégré au sein des PME-PMI

Auteur

Olivier VOYANT

 

Résumé

Dans les revues spécialisées tout comme dans les revues économiques, on parle de plus en plus de veille technologique, de veille concurrentielle, de veille stratégique (Lesca, 1992). Cependant, peu nombreuses sont les PME-PMI qui maîtrisent les notions liées à ces concepts : on confond le système d'information avec la veille, la veille technologique et la veille stratégique, ou encore on assimile la veille stratégique et l'analyse stratégique. De plus, lorsque l'on interroge les entreprises sur leur système de veille stratégique, on constate qu'elles mettent en place des actions sans pour autant les identifier : elles semblent utiliser des pratiques de veille stratégique, leurs responsables en sont persuadés, mais ils éprouvent les plus grandes difficultés lorsqu'il s'agit d'en faire le recensement. Les actions conduites peuvent, par voie de conséquence, souffrir de redondance, d'inefficacité et de manque de synergie, ce qui affecte la préparation de l'entreprise aux enjeux actuels et futurs.

Pour esquisser quelques réponses à cette problématique, nos travaux se sont intéressés à la conceptualisation et à l'élaboration d'un système de veille stratégique intégré adapté au cas des PME-PMI, système devant contribuer, à terme, à l'amélioration de leur efficacité et de leur efficience. Dans un premier temps, l'élaboration théorique d'un système de veille stratégique est proposée afin d'apporter un éclairage sur chacun des concepts étudiés. Cette première partie essaie d'apporter des réponses à la question : "Que recouvrent les concepts du système de veille stratégique intégré ?". Ensuite, nous présenterons les enjeux du développement du système pour deux entreprises-partenaires dans lesquelles nous avons conduit nos investigations. Ces enjeux ont été identifiés au cours de la préparation de notre thèse de doctorat (Voyant, 1997) pour laquelle nous avons mis au point une méthodologie spécifique de diagnostic des pratiques de veille stratégique testée sur 16 PME-PMI. Cette seconde partie a pour objectif de mettre en lumière l'intérêt qu'il y a, pour les théoriciens mais également pour les praticiens, à répondre à la question : "Comment identifier le système confectionné au sein des PME-PMI ?". En effet, pour sensibiliser les entreprises au développement d'un système dont elles ne connaissent pas les contours, il semble utile de poser le problème de son identification. Par la représentation des forces et des faiblesses de son système, l'entreprise identifie les axes sur lesquels elle doit porter ses efforts et les enjeux que représente son développement.

Évolution de la filière industrielle lin dans le Nord de la France : approche socio-cognitive

Auteur

Saïd YAMI

 

Résumé

L’objectif de cette recherche est de mettre en évidence les caractéristiques et déterminants de l’évolution des firmes et de la filière en longue période à travers les perceptions et représentations que les dirigeants ont de la structure et de la dynamique de leur environnement, dans le cadre de la filière industrielle lin dans le Nord de la France. Notre problématique tente de saisir, au niveau des dirigeants, les éléments de l’environnement qui participent à la formation de leurs représentations, et au niveau de la filière, les représentations collectives (paradigme) s’agissant des facteurs d’évolution sur une vingtaine d’années.

Les dirigeants (ou l’équipe dirigeante), disposant d’un champ de vision relativement restreint, portent leur attention sur certains éléments de leur environnement et n’en perçoivent pas tous les aspects (Hambrick & Snow, 1977)1. Repérer les caractéristiques environnementales (structure et dynamique) et les déterminants de l’évolution sur longue période perçus, alimente notre analyse des réflexions et choix stratégiques des dirigeants des entreprises de la filière industrielle lin dans le Nord de la France.