Communications par thème > Manoeuvres - Concurrence

Pragmatisme méthodologique et analyse de l’environnement en stratégie

Auteur

Gaël Gueguen

Résumé

Les recherches en management stratégiques utilisent fréquemment une opérationnalisation de l'environnement des entreprises. Cependant, il semble que la mesure de l'environnement est un exercice complexe car il n'existe pas de cadres de référence unique. Les frontières entre ses diverses conceptions apparaissent comme floues à l’aune des travaux menés. Sur la base d'une revue de la littérature discutant ou opérationnalisant la notion d'environnement, le propos cherchera à connaître quelles difficultés peuvent gêner le travail du chercheur dans ses efforts méthodologiques. Ainsi, le caractère polymorphique de l'environnement sera présenté en envisageant les différentes perspectives d'appréhension de cette notion dans la recherche. Ensuite, l'étude des dimensions environnementales généralement retenues et le type de mesures pratiquées permettront de mettre en relief les difficultés inhérentes à l'équivocité, à la multidimensionnalité et à l'inconsistance logique afférentes à ces recherches. Il ressort de l'identification de ces difficultés que les recherches sur l'environnement des entreprises font preuve d'un pragmatisme méthodologique laissant penser que des approches constructivistes seraient plus pertinentes tant qu’une volonté systématique de comparaison de méthodes n’est pas retenue.

 

Manœuvres éliminatoires, stratégies concurrentielles et performances : une étude empirique

Auteur

Frédéric Le Roy

Résumé

Cette recherche a pour objectif d’étudier les liens entre les manœuvres éliminatoires, les stratégies d’activités et les performances. Elle s’appuie sur une des théories de la prédation la plus débattue en Sciences Economiques, celle dite des « poches profondes », et se propose de formaliser et de tester un modèle sur un échantillon de 105 entreprises industrielles. L’étude empirique fait apparaître les résultats suivants.

1. Les firmes qui tentent des manœuvres éliminatoires ont des ressources absolues importantes et des ressources relatives supérieures à celles de leurs concurrents. Elles essaient à la fois d’avoir des prix bas et des produits innovants. Elles visent une cible stratégique large en communiquant essentiellement à travers la publicité. Cette propension à tenter des manœuvres éliminatoires diminue leur rentabilité.

2. Les firmes qui sont les cibles des manœuvres d’élimination ont des ressources relatives inférieures à celles de leurs concurrents. Elles renoncent à avoir des prix bas, inférieurs à ceux de leurs rivaux, pour développer des stratégies de différenciation marketing et de conception de produit. Elles visent  une cible géographique restreinte et ont des très bonnes performances en termes de croissance.

 

The Impact of Alternative Modes of Expansion on Performance: An Empirical Investigation in Global Retailing

Auteurs

Valérie MOATTI

Pierre DUSSAUGE

Abstract

The size-performance relationship has long been a major research topic both in industrial organization and in strategy. In the late sixties, it has given rise to such famous strategy concepts as the so-called “experience curve”, but has since generated only limited interest. More recently, much research has been devoted to examining mergers and acquisitions on the one hand, and inter-firm alliances on the other hand. Both these moves affect a firm’s size in one way or another and are thus likely to have an impact on performance. However, the work on M&As or on alliances very rarely compares these different modes of growth to one another, or to organic growth. Our research aims specifically at analyzing the impact of each alternative mode of growth on the size effects resulting from the achieved growth. In this paper we develop conceptual arguments on the relative impact of these modes of growth on performance. We then test the resulting hypotheses on a sample of 54 firms in the global retail sector over the 1984-2001 period. Our initial results suggest that both M&As and alliances negatively affect performance. However, we show that the choice to form alliances or engage in M&As is determined by firm characteristics that also affect performance; when accounting for this endogeneity, we find that neither alliances nor M&As have a significant impact on performance.

 

LA CONSTRUCTION SOCIALE DES SYNERGIES DANS LES FUSIONS ET ACQUISITIONS : LORSQUE BIOMERIEUX ET PIERRE FABRE INVENTENT LE ‘THERANOSTIQUE’ POUR JUSTIFIER LEUR FUSION

Auteurs

Philippe Monin

Eero Vaara

Résumé 

Les fusions et acquisitions (F&A) sont souvent motivées par des effets synergiques. Il est d’ailleurs difficile de concevoir une F&A qui n’aurait pas comme objectif de créer des synergies, ou qui ne serait pas présentée comme telle. Les spécialistes des fusions et acquisitions, tant académiques que professionnels, admettent pourtant que les premières idées et justifications relatives aux synergies s’avèrent souvent irréalistes, voire illusoires : ils comprennent mal les processus à l’origine, et l’évolution dans le temps, de ces premières idées et justifications relatives aux synergies.

Cet article répond à ces interrogations. Nous proposons une théorie de la construction sociale des synergies dans les fusions et acquisitions, et l’appliquons à un cas particulièrement révélateur : la fusion entre deux entreprises pharmaceutiques françaises, BioMérieux et Pierre Fabre, annoncée en septembre 2000, puis la séparation de ces mêmes entreprises en juin 2002. La justification principale de la fusion résidait dans la capacité à créer des synergies en combinant les compétences thérapeutiques de Pierre Fabre aux compétences diagnostiques de BioMérieux. BioMérieux et Pierre Fabre allèrent jusqu’à ‘inventer’ le concept de ‘théranostique’ pour nommer cette combinaison.

L’analyse empirique permet d’identifier quatre phases dans le processus de construction sociale des synergies : (1) L’invention des premières idées de synergies dans l’enthousiasme initial lié à l’opération ; (2) La justification de la fusion en développant des conceptions à la mode et plausibles, dans ce cas pseudo-scientifiques ; (3) La révélation des l’ambiguïtés initiales et des attentes contradictoires au sujet des synergies, au cours des processus progressifs de signification organisationnelle ; (4) La désillusion par rapport aux  synergies attendues. Bien que la nature exacte des processus de signification varie probablement d’un cas à un autre, nous suggérons que ces quatre phases sont caractéristiques des fusions et acquisitions contemporaines.

 

Concurrence multipoints, retenue mutuelle et performance dans le Transport Aérien en Europe.

Auteur

Renaud MOUYRIN

Résumé

La pertinence du rapprochement des perspectives de recherche en stratégie sur les modes de gouvernance et les compétences de la firme (Williamson, 1999), trouve sa place dans l’analyse de la concurrence multipoints. Une revue analytique des travaux théoriques et empiriques sur la concurrence multipoints, montre les difficultés de définition du concept de sphères d’influence. Elle met également l’accent sur l’absence de considération de probables différences intra organisationnelles des firmes engagés dans une concurrence multipoints.

Appliqué à l’industrie Européenne du transport aérien, ce papier propose une reformulation de la conceptualisation des sphères d’influence des compagnies aériennes et analyse les mécanismes de coordination internes susceptibles d’influencer les stratégies de retenue mutuelle des compagnies et leur performance.

L’auteur propose un modèle de recherche, basé sur la proposition de retenue mutuelle. Il utilise une combinaison de l’approche par les ressources avec celle de la Nouvelle Economie Institutionnelle.

 

Stratégie de rupture et PME, la réplication impossible.

Auteurs

Régis Dumoulin

Eric Simon

Résumé

Les stratégies de rupture n’ont fait l’objet d’étude que pour quelques grandes entreprises. Cet article a pour objectif de montrer à travers l’étude approfondie d’un cas que ces stratégies sont envisageables pour une PME innovante. Cependant, il s’interroge sur la reproductibilité de telles stratégies dans une structure aux ressources limitées. Après une présentation du concept de stratégie de rupture reliée à l’approche par les ressources, les auteurs analysent ensuite la transposition du concept et ses limites à la petite entreprise.

 

Du capital social au management relationnel

Auteurs

Robert PATUREL

Katia RICHOMME-HUET

Julien DE FREYMAN

Résumé

L’objectif de cet article est de proposer une application empirique du concept de management relationnel afin de mettre en exergue sa contribution au développement du capital social. Il s’agit d’exposer les définitions et les modèles proposés par la littérature, afin de faire ressortir les dimensions fondamentales permettant de se procurer un avantage concurrentiel durable. Ainsi, dans la perspective dite relationnelle (J.H. Dyer & H. Singh, 1999), le succès d’une entreprise et son avantage concurrentiel reposent fondamentalement sur son système de relations et sur ses capacités organisationnelles (Assens, Baroncelli & Froehlicher, 2000). D’autres auteurs estiment que le capital social est une source de performance pour les entreprises et de création de valeur (Nahapiet et Ghoshal, 1998 ; Bolino et alii, 2002). Notre démarche, inspirée de précédentes recherches et de cas concrets, tend à démontrer que les dimensions structurale, cognitive et relationnelle du capital social nécessitent un réel management afin de prétendre à une utilisation efficiente des ressources disponibles au travers des structures sociales. Le cas étudié, évoluant d’un GIE à une coopérative, nous permet de mieux appréhender  le lien entre les ressources actuelles ou potentielles et la forme organisationnelle du réseau à mettre en œuvre pour les obtenir.

 

L’amélioration de l’efficience de la manœuvre stratégique par l’externalisation: le cas du système d’information

Auteur

Eric FIMBEL 

Résumé

Dans cet article, nous examinons en quoi l’externalisation d’une fonction peut permettre d’améliorer sa contribution à l’efficience de la manœuvre stratégique de l’organisation. Ce travail exploratoire interroge donc l’éventuelle variation positive que l’externalisation peut apporter à l’accomplissement de la stratégie. La production d’éléments de réponse à cette question nécessite que soient identifiables et tangibles les deux principaux termes de la comparaison que sont d’une part les effets attendus lors de la décision d’externalisation et d’autre part les résultats obtenus.

De nombreux travaux ont montré que les pratiques d’externalisation peuvent concerner la totalité d’une fonction (ressources humaines, logistique, systèmes d’information, …), mais également, au sein d’une même fonction, une ou quelques-unes des sous-fonctions. Ceci différencie l’externalisation dite « totale » de l’externalisation dite « sélective » ou « partielle ». Ce constat nous conduit à observer la variation étudiée dans les différents cas de figure « externalisation totale /  externalisation partielle ». L’analyse doit donc s’appuyer sur l’identification des frontières et des contenus de la fonction mais également des différentes sous-fonctions.

L’étude ne peut dès lors se mener qu’à partir d’une fonction qui, dans l’organisation, est identifiée comme intrinsèquement porteuse d’une contribution reconnue à la manœuvre stratégique de l’organisation. Sur ce critère et à partir de l’analyse de la littérature comme des pratiques professionnelles, nous avons retenu la fonction « systèmes d’information » dont les potentialités et les performances contributives seront confrontées aux contenus de l’intention stratégique ainsi qu’aux conditions de la manœuvre stratégique de l’organisation.

Les données empiriques mobilisées dans cet article proviennent d’une investigation que nous avons menée sur une centaine d’externalisations totales ou partielles de systèmes d’information (également nommées infogérances) dans des entreprises européennes. Les résultats démontrent la tangibilité de l’effet de l’externalisation sur la variation positive de la contribution d’une fonction à l’efficience de la manœuvre stratégique de l’organisation, mais le contenu et l’intensité de cette variation ne sont pas identiques pour toutes les sous-fonctions constitutives ni pour tous les types d’intention stratégique.