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Gérer la tension entre tolérance à l’erreur et management de la performance

La littérature propose deux représentations très différentes des erreurs commises dans un contexte organisationnel. Dans une première acception (négative), les erreurs sont blâmées, car elles constituent un frein à la performance. Selon cette perspective, des dispositifs stricts de contrôle doivent être mis en place dans une logique préventive. A l’inverse, dans une seconde acception (positive), les erreurs sont appréhendées comme des sources d’apprentissage et doivent être encouragées afin de promouvoir l’innovation. A ce titre, plusieurs travaux évoquent des exemples d’entreprises, dans lesquelles les employés bénéficient – de façon tacite – d’une telle sécurité psychologique. Il apparaît toutefois que la littérature n’étudie pas de cas d’entreprises ayant fait le choix de planifier, organiser et formaliser une politique de droit à l’erreur. La question de son opérationnalisation concrète est donc, à ce jour, non traitée. Dans cette recherche, nous nous demandons ainsi comment l’entreprise, décidant de se lancer explicitement et publiquement dans une démarche de tolérance à l’erreur, parvient à gérer la tension entre, d’un côté, bienveillance vis-à-vis des ratés et, de l’autre, exigence de performance. Pour répondre à cette interrogation, nous étudions qualitativement le cas de la Maif, une société d’assurance mutuelle française. En utilisant la méthodologie de Gioia et al. (2013), nous élaborons un modèle conceptuel, permettant de mettre en évidence trois dimensions clefs – chez les employés – pour atténuer la tension entre droit à l’erreur et management de la performance : le devoir d’expérimentation, le devoir de loyauté et le devoir d’apprentissage. Par ailleurs, notre article contribue également à enrichir les connaissances relatives à la représentation de l’erreur à l’échelle individuelle.

L’engagement bancaire vis-à-vis d’un entrepreneur présentant un risque de faillite

La littérature consacrée aux banques s’attarde longuement sur les différentes technologies d’engagements existantes (relationnelles et/ou transactionnelles) et sur la manière dont elles se combinent. On trouve ainsi de nombreux travaux expliquant ce qui fonde la décision bancaire au moment de l’entrée en relation avec le client (ex. : ratios financiers, scoring, feeling, etc.). En revanche, l’évolution de la relation bancaire dans le temps a été beaucoup moins étudiée. En particulier, le choc exogène que constitue l’apparition de difficultés financières chez un client professionnel en portefeuille a été assez largement ignoré. Ainsi, la littérature détaille très peu la réaction des établissements financiers dans ce genre de circonstances. Ce point mérite pourtant une grande attention, car, à l’instar de l’entrepreneur, la banque est confrontée au risque d’escalade de l’engagement. Dans cet article, nous cherchons donc à comprendre comment une banque décide de dénoncer, maintenir ou renforcer son engagement bancaire vis-à-vis d’un entrepreneur en difficultés. A cette fin, nous étudions qualitativement le cas de la BPro, une banque française mutualiste. En mobilisant la méthodologie de Gioia et al. (2013), nous proposons finalement un modèle théorique dynamique du maintien de l’engagement bancaire face à un entrepreneur en difficultés. Celui-ci met tout d’abord en évidence une coordination, dans la durée, entre logiques commerciale et risque. Il souligne ensuite l’importance, pour le loan officer, de l’intuition, liée au sens qu’il donne (1) aux ennuis financiers de son client et (2) à l’attitude de celui-ci dans un contexte devenu beaucoup plus tendu. En outre, cette recherche permet d’enrichir le modèle relationnel du financement bancaire, en introduisant notamment le concept de contrat psychologique.

Investigation des déterminants de la persistance entrepreneuriale à partir de la discrepancy theory

En s'appuyant sur la discrepancy theory, le présent article offre un éclairage complémentaire sur les raisons pour lesquelles certains entrepreneurs persistent malgré la défaillance de leur entreprise. Selon cette théorie, la persistance entrepreneuriale dépend de la satisfaction de l'entrepreneur, plus précisément de la perception qu'il se fait de l'écart entre ses réalisations (ce qu'il est aujourd'hui) et ses attentes (ce qu'il voulait être au moment de la création de son entreprise). Testée sur un échantillon de 100 jeunes entreprises défaillantes, nos résultats confirment cette théorie et désapprouvent les théories classiques selon lesquelles les entreprises performantes survivent et les entreprises défaillantes disparaissent. Deux contributions clés seront discutées dans cet article. La première contribution concerne la littérature sur la satisfaction entrepreneuriale, dont les résultats demeurent hétérogènes voire contradictoires. La deuxième contribution concerne la littérature sur la persistance face à l'échec qui demeure peu abordée en entrepreneuriat.

The audit court society: Applying an Eliasian theoretical framework to the analysis of the up-or-out system in audit firms

This paper studies the “up-or-out” system that rules career management in Big 4 audit firms. In its approach to socialization of auditors, the existing literature has so far rather highlighted a top-down internalization of patterns of behavior and social roles by junior auditors. We consider a more competitive and horizontal dimension of socialization in order to understand how auditors eventually succeed by surviving the up-or-out system. To this end, we use the concepts of figuration and interdependencies, as theorized by Norbert Elias. Based on participant observation and interviews, our research reveals that, in Big 4 firms, individuals are interdependent, as allies as well as adversaries, and that success in the "up or out” system is based on the manipulation of these interdependencies. We show that audit firms constitute a figuration where interdependencies turn the reputation of individuals into an “exchange value”, whose currency determines their fate. We try thus and adopt a new perspective on human resources management within Big 4 firms: auditors are not just the passive recipients of socialization processes, they must also actively engage in strategic relationships to build their "reputation" and access the successive levels of the “up or out” system.

Supervisory Board Process :Evidence from French public hospitals

We mobilize theories of Corporate Governance and the theory of the social psychology of decisionmaking small groups to understand the operational process of the public hospital supervisory board
(SUB). More precisely, we empirically test the mediation relationship of the decision-making process
(effort norms, use of knowledge and skills, and conflictcognitive) between its structure (size, thecomposition, and diversity) and the performance of its roles (strategy, control, and service). 320questionnaires coming from members of the French public hospital supervisory board werecollected. The aggregation of these individual answers generates a sample of 159 public hospitalsupervisory boards. The results of the tests of the assumptions of the research model confirm thefact that the structure of the SUB does not influence the performance of its roles. However, SUBeffort norms affect positively the performance of its roles positively. Only effort norms and the useof knowledge and the skills partially play the role of mediator between the SUB structure and the
performance of its roles. Practical and theoretical implications are exposed in the discussion.

L’entreprise libérée : quelles nouveautés ? Une revue systématique de la littérature

L’entreprise libérée (EL) est un terme qui s’est largement diffusé ces dernières années alors qu’il suscite de nombreux questionnements au sein du monde académique. En mobilisant une revue systématique de la littérature sur l’EL sur la période 1992-2017, l’objectif de cet article est d’analyser la nature conceptuelle de l’EL et de comprendre dans quelle mesure elle peut être associée à une innovation conceptuelle, nouvelle par rapport à l’état de l’art ou à une innovation contextuelle, nouvelle par rapport à l’état des pratiques à l’échelle organisationnelle, voire à ces deux types d’innovation à la fois. Au-delà des divergences de conceptualisation, les résultats de la revue systématique montrent que l’EL peut être qualifiée de concept et qu’il est possible de l’approfondir sous le prisme de l’innovation managériale (IM) compte tenu de son caractère multidimensionnel et de sa nouveauté. Cette recherche met également en évidence la double rupture introduite par l’EL, à la fois contextuelle pour l’organisation adoptante et conceptuelle au plan théorique par la recombinaison inédite de concepts antérieurs.

“Is there a gender gap in research spin-offs financing? The signalling effect of the entrepreneurial team composition”

ABSTRACT. The extensive literature on research spin-offs has examined various dimensions of the phenomenon, including creation, development, and growth. However, no studies have addressed gender discrimination in financing. While the context of research spin-offs might smoothen the differences between male and female academic entrepreneurs, we argue that investors associate the presence of women into the entrepreneurial team as a negative signal for the financing decision. An analysis carried out on a sample of 239 Italian research spin-offs reveals that a growing presence of women in the entrepreneurial team and a higher gender diversity are associated with a lower likelihood to obtain external funding. The presence of a university as a stakeholder increases the penalty for spin-offs participated by women.

Strategic learning and doing of SMEs company heads

How do SMEs company heads strategize? What are the strategic knowledge and skills associated with this process? How does it participate in shaping the strategy of the organization? To contribute to answer these questions, I present the preliminary findings of an ongoing exploratory empirical study. These preliminary findings suggest that company heads do learn different type of strategic knowledge when the play their strategist role through strategizing. Moreover, prerequisites for strategizing are identified: having perceived the need for strategizing and having made themselves available to strategize. As this process triggers changes in the company strategy, there is evidence that the knowledge and lessons learned are reuse in further strategizing and open to evolution depending on the emerging subsequent strategic issues. For strategist, learning to strategize could be a never-ending journey toward a form of practical wisdom.

Attention as a local performance: Towards a practice-based view of attention in organizations

Managerial attention has often been conceived as a scare resource, which direction is shaped by the environment and the firms’ procedural and communication channels. In this paper, we leverage insights from research on situated cognition and practice studies to offer a new conceptualization of attention as a local performance. This conceptualization emerges from our empirical study of managerial work in the call center of a large European electricity company. We show that operational managers pay attention to their coworkers and the firm’ operational objectives through three types of adverting practices – sensory-awakening, remembering and propagating –, which involve the body and the socio-material features of the local environment. Overall, our analysis suggests that attentional processing is a performance since it shows that ‘paying attention’ to something is a type of work associated to socio-material and embodied practices. In addition it suggests that this performance is local, since attention is always situated and takes place during ‘attentional episodes’. In conceptualizing managerial attention as a local performance, we contribute to the attention-based view by showing that attentional processing is not just structurally determined, but also implies agency (through adverting practices). We also contribute to the literature on the qualities of attention and the managerial work behaviour literature by showing that managers can extend their attentional abilities by mobilizing the socio-material features of their environment. In this way, our study reveals a degree of proactivity in their daily work rather overlooked so far.

Comprendre la diffusion d’une politique publique de promotion de la coopération entre PME au Brésil par la perspective relationnelle

Le développement de la coopération inter-entreprises est un enjeu majeur des politiques gouvernementales de soutien à la compétitivité économique. Afin d’optimiser la diffusion et l’impact de ces politiques, les pouvoirs publics déploient des dispositifs spécifiques au sein desquels les universités peuvent avoir une place centrale. Si ces dernières ont toute légitimité d’être active dans le cadre de dispositifs de soutien à l’innovation ou au transfert de technologies, il semble moins naturel de les impliquer pour des opérations en dehors de ces champs. Nous présentons les enseignements issus d’une étude de cas longitudinale sur un programme de coopération inter-entreprises déployée dans un état au sud du Brésil par le biais d’un partenariat entre le gouvernement et des universités communautaires en charge de sa mise en œuvre opérationnelle. En nous inscrivant dans une perspective relationnelle, nous analysons les déterminants de ce partenariat afin d’identifier les rentes relationnelles produites par les réseaux de PME construits en véritables écosystèmes territoriaux : l’accès à la communauté et la propagation. Nous démontrons que ces rentes sont confrontées à des obstacles, constituant de fait des pertes relationnelles à minimiser afin d’optimiser l’efficacité de la politique publique poursuivie : l’inflexibilité ainsi que la distance par rapport à la cible.

FREINS INTERNES AU DEPLOIEMENT D’UNE INNOVATION DIGITALE : LE CAS DES MANUFACTURING EXECUTION SYSTEM

A l’ère de l’industrie 4.0, les innovations digitales sont au cœur de la transformation numérique des petites, moyennes et grandes entreprises. Le déploiement de ces innovations informatiques digitales (progiciels et outils informatiques) n’est toutefois pas exempt de difficultés, tant au niveau de leur mise en œuvre que de leur adoption. Cette recherche se concentre sur les freins au déploiement d’une innovation informatique particulière, le Manufacturing Execution System (MSE), largement ignoré par la littérature qui se concentre davantage sur les progiciels de gestion intégrés et les Enterprise Resources Planning (ERP). A travers une démarche qualitative et l’analyse de trois projets de déploiement d’un MES, nous montrons que le type et l’intensité des freins liés aux ressources humaines, matérielles/techniques et immatérielles dépendent du degré d’implantation des fonctionnalités du MES. Cette recherche fournit ainsi des contributions à la fois en management de l’innovation et en gestion des systèmes d’information.

Strategic CSR for innovation in SMEs: Diversity matters.

Both corporate social responsibility (CSR) and diversity determine firms’ value creation, yet their relationship and their link to innovation remain uncertain, especially among small to medium-sized enterprises (SMEs). With a strategic perspective, this article proposes that CSR strategies might be vehicles for promoting firm diversity, which triggers innovation. In an analytical framework, the authors consider two types of CSR (strategic versus responsive) and two types of diversity (gender and nationality). The results from a sample of 1348 SMEs from Luxembourg show that strategic CSR encourages both gender and nationality diversity, but responsive CSR does not. Both types of diversity favor SMEs innovation. Thus, only strategic CSR, through the genuine integration of diversity, can help SMEs achieve value-in-diversity.

Business modeling: a sensemaking perspective

This study explores business modeling through a sensemaking perspective that mobilizes a strong approach of processes. This perspective allows to renew our understanding of the interplay between cognition and action in business modeling. Based on a 42-month long single case study of a new business model development in a consulting company, we identify seven business modeling sensemaking mechanisms that form four patterns. This study contributes to better understanding the very early steps of business modeling, stressing the role of interaction in this process, and proposes a re-articulation of business model and tactics levels.

Quand le non-alignement stratégique contraint la formation d’un écosystème d’affaires : le cas des services mobiles sans contact

L’objectif de notre recherche est de contribuer à une meilleure compréhension des mécanismes qui peuvent contraindre la naissance des écosystèmes d’affaires (ESA). L’approche des ESA qui est retenue dans ce travail est dite « structurelle » (Adner, 2017). L’ESA est considéré comme une structure qui doit permettre l'alignement d’un ensemble de partenaires variés interagissant pour qu'une proposition de valeur se matérialise. Cinq éléments caractérisent alors les ESA : une proposition de valeur, les activités à réaliser pour concrétiser cette proposition de valeur, les acteurs qui entreprennent les activités, les positions de ces acteurs au sein du flux d'activités, les liens entre acteurs.
Quels sont les mécanismes qui peuvent conduire (ou non) à un alignement des acteurs autour d’une proposition de valeur collectivement établie et acceptée ? Pour répondre à cette question, nous avons réalisé une étude sur la construction de l’écosystème français des services mobiles sans contact. Le suivi de cette construction a été réalisé à partir de 2002.
Nous avons ainsi recueilli des données sur une période de douze ans (2002 à 2014) dont six années par observation participante. Nous avons opté pour une stratégie de quantification des données qualitatives qui facilite l’identification de mécanismes et leurs liaisons (Van de Ven et Poole, 1995). Ainsi, notre protocole d’analyse comporte quatre étapes : détermination des incidents, codage des incidents et de leurs conséquences pour les acteurs, délimitation temporelle et représentation des conséquences dans une matrice.
Nos résultats confirment qu’un ESA ne peut exister et fonctionner sans une « structure d’alignement » qui précise les activités à réaliser pour concrétiser la proposition de valeur. Mais notre analyse montre également que pour expliquer l’échec d’un ESA il ne faut pas seulement étudier une firme focale mais prendre en compte tous les acteurs concernés et la multiplicité des liens qui les lient. Notre analyse de l’ESA français des services mobiles sans contact montre à quel point un ESA est potentiellement constitué d’un nombre important d’acteurs variés, issus de différents secteurs, qui définissent leur « stratégie écosystémique » à partir de leur vision propre. Cette représentation de ce qu’est l’ESA, de ce qu’il devrait être, des manières d’y faire des affaires évolue au cours du temps et peuvent s’avérer plus ou moins contradictoires. En cela, cette recherche enrichit les travaux antérieurs sur l’échec des ESA qui se limitent, généralement, à des relations bilatérales ou trilatérales. La méthode que nous avons mobilisée permet de développer une compréhension globale du phénomène et notamment d’intégrer à la réflexion la multilatéralité des relations qui ne peuvent être réduites à une agréation de relations bilatérales, tout comme l’ensemble des éléments constitutifs de la proposition de valeur.

Avaries démocratiques et hold-up managérial dans les nouvelles coopératives de salariés ; une approche pratique

Les connaissances sur les pratiques mises en œuvre par des salariés pour construire et maintenir une gouvernance démocratique suite à une reprise d’entreprise sous la forme d’une coopérative sont peu développées. Cette problématique est abordée dans le cadre de cette recherche à travers une l’étude de cinq coopératives de salariés nouvellement créées pendant trois années. Nous détaillons en particulier les pratiques qui conduisent les cadres de la nouvelle coopérative à concentrer les capacités de décision dans leurs mains et à bénéficier de manière privilégiée de la valeur économique collectivement créée. Cette recherche participe aux développements des travaux sur la gouvernance des coopératives de salariés en documentant les pratiques qui conduisent à un hold-up de la part des cadres qui disposent d’un capital humain spécifique. Elle offre également des perspectives managériales en détaillant les pratiques qui empêchent ou freinent le déploiement d’une gouvernance démocratique dans une organisation à but lucratif. Cette recherche suggère que la compréhension des schémas de gouvernance démocratique dans les entreprises pourrait être substantiellement améliorée en menant des recherches portant sur les pratiques et expériences quotidiennes des acteurs.

Banque de réseau coopérative et sociétariat : une approche de la relation bancaire par les théories de la proximité

Confrontées depuis plusieurs années à des mutations à la fois sociétales, technologiques, concurrentielles et juridiques, les banques de réseau se voient dans la nécessité de revoir le modèle de la relation bancaire traditionnelle. Cette dernière est en effet complètement remise en question par la banalisation des services à distance, la démocratisation des banques en ligne ou encore l’émergence des FinTech, conduisant de fait tous les établissements bancaires à s’interroger sur le modèle de l’agence de demain. Les banques coopératives sont particulièrement concernées par ce défi en ceci qu’elles ont construit leur modèle organisationnel sur un vaste réseau de caisses locales profondément enraciné dans les territoires. Touchées par un phénomène de banalisation résultant de l’hybridation progressive de leur modèle, elles aspirent aujourd’hui à reconquérir leur identité en inscrivant les sociétaires au cœur d’une relation bancaire articulant ancrage territorial et modernité. Comment s’expriment alors les relations de proximité entre une banque de réseau coopérative et les jeunes sociétaires porteurs du modèle de la caisse locale de demain ? En nous servant de cette question centrale comme fil directeur, la présente recherche ambitionne de réaliser un état des lieux des relations de proximité en contexte bancaire coopératif tout en prodiguant au management des pistes de réflexion relatives à la conception de la « caisse locale 2.0 ». Nous nous appuyons pour ce faire sur les travaux des économistes de la proximité qui nous amènent à retenir quatre dimensions de la relation bancaire mutualiste (socio-économique, spatio-temporelle, institutionnelle et cognitive) que nous associons à sept modalités de la proximité (sociale, économique, géographique, technologique, axiologique, politique et cognitive). Dans une perspective à la fois exploratoire et interprétative, ces dernières sont ensuite confrontées à la réalité du terrain par administration d’un questionnaire à 982 jeunes sociétaires du Crédit Mutuel de Bretagne. Les données obtenues, traitées sous le logiciel SPSS, font l’objet d’un certain nombre d’analyses (tris à plat, tris croisés, ACP, analyses typologique et discriminante). Nos résultats mettent en avant le fait que ce sont les dimensions institutionnelle et spatio-temporelle de la relation bancaire qui semblent le plus diviser les jeunes sociétaires. Il en résulte l’identification de trois typologies de répondants : les sociétaires « traditionalistes », « conformistes » et « disruptifs ». Dans le même temps, il semblerait que la banque de réseau coopérative fasse l’objet d’un sentiment de banalisation prononcé tant du point de vue de l’image du conseiller bancaire que de ses tentatives de modernisation. Nos travaux nous amènent en ce sens à défendre l’idée selon laquelle les banques coopératives ont encore du chemin à parcourir afin de repenser la relation de proximité avec le sociétariat sans s’enfermer dans une logique d’isomorphisme institutionnel qui semble malgré tout être déjà bien amorcée. Bien que souvent floues aux yeux de la génération Y, les valeurs coopératives font néanmoins l’objet d’attentes de la part des répondants, ce qui nous laisse à penser que les réseaux bancaires coopératifs ont dès lors une carte à jouer sur ce plan afin de se démarquer de la concurrence.

De la résilience individuelle à la réussite entrepreneuriale : Le cas de Steve Jobs

Les travaux de la littérature ont montré que la résilience individuelle favorise la réussite entrepreneuriale. Ces travaux sont pour la plupart quantitatifs et ne permettent pas de comprendre les facteurs explicatifs de cette relation. Pour pallier cette faiblesse, nous avons adopté une méthodologie qualitative basée sur la démarche de l’étude de cas. Le cas choisi est celui de Steve Jobs. Notre recherche montre que la construction d’une capacité de résilience induit quatre effets : l’acquisition de ressources psychologiques, l’aptitude à être plus fort face à un événement traumatisant, la création d’un sentiment d’être différent des autres et l’endurcissement et le renforcement du caractère et de la personnalité. Ces quatre effets interviennent dans toute la trajectoire de vie de l’entrepreneur. Ils permettent de réduire l’impact de nouveaux événements traumatisants, favorisent le passage à l’acte d’entreprendre et renforcent l’audace. Notre étude montre également que la résilience individuelle favorise l’innovation dans le contexte d’entreprise établie et permet de contourner le dilemme de l’innovateur.

Rôles de l’éducation et de la communauté dans la création et le développement des petites entreprises du secteur informel de la réparation automobile au Sénégal

Il s’agit dans cette communication de montrer le rôle important de l’éducation reçue mais aussi de l’appartenance à une communauté (sociale ou religieuse) dans la création et le développement des entreprises du secteur informel de la réparation automobile.
En effet, l’importance du secteur informel a été montrée par plusieurs études aussi bien dans les pays développés que dans les pays en voie de développement. Au Sénégal la dernière étude sur les unités de production industrielles montrent que 97% des entreprises sont dans le secteur informel. Dès lors nous avons estimé qu’il serait important de comprendre la façon dont les entreprises du secteur informel de la réparation automobile sont créées et se développent et en nous appuyant sur une approche de terrain basée sur les récits de vie. Nous avons utilisé la méthode de la grounded theory pour d’une part faire émerger les concepts et comprendre la façon dont les propriétaires dirigeants ont obtenus les ressources financières nécessaires à la création de leur entité mais aussi la façon dont ces entités se développent en s’appuyant des choix de modalités de financement du PD basées sur son éducation et sa communauté d’appartenance. L’apport de ce travail c’est qu’il permet de montrer que même dans le secteur informel les entrepreneurs sont capables de mettre en place des stratégies ingénieuses qui leur permettent de créer et de développer leur entreprise. Aussi, cette étude permet de montrer aux dirigeants et bailleurs de fonds que les variables sur les traits de personnalités comme l’éducation et la vie en communauté sont importantes et qu’ils devraient les intégrer dans leur modèle d’octroi de financement en vue d’accompagner ces micros entreprises.

Impact de la gestion des connaissances et de l’apprentissage organisationnel sur la capacité d’absorption et l’innovation : proposition d’un modèle intégrateur

L’objectif de cette recherche est d’évaluer l’impact combiné des pratiques de gestion des connaissances et des pratiques d’apprentissage organisationnel sur la capacité d’absorption et sur l’innovation des organisations, en proposant un modèle de recherche intégrateur. En effet, les approches actuelles sont limitées pour comprendre finement le lien entre la gestion des connaissances et l’apprentissage organisationnel, notamment en raison des différentes conceptualisations parfois antagonistes de la capacité d’absorption. Les résultats, basés sur l’analyse de données empiriques quantitatives collectées auprès de 71 personnes, révèlent d’abord une relation forte entre la gestion des connaissances et l’apprentissage organisationnel. De plus, nous montrons qu’une gestion des connaissances efficace et un apprentissage organisationnel plus développé permettent une meilleure capacité d’absorption et une activité d’innovation plus intense et plus radicale au sein de l’organisation. Ce travail exploratoire contribue ainsi à mieux comprendre les effets d’interaction entre la gestion des connaissances et l’apprentissage organisationnel sur l’innovation.

Bridging the gap: A practice-based analysis of the joint collaboration between strategists and non-strategists in open strategy processes

L’inclusion d’un nombre important de participants dans les processus stratégiques de l’entreprise peut être rendue difficile par l’hétérogénéité en termes de compétences et de légitimité qu’elle induit. Notre papier cherche à explorer comment des groupes hétérogènes collaborent au cours de processus d’« open-strategy ». Nous adoptons une approche pratique et proposons une analyse longitudinale d’une entreprise engagée dans un tel processus, qui nous permet de qualifier les différences entre les participants et les tactiques qu’ils utilisent pour les dépasser. Nous conceptualisons les participants comme stratèges ou non-stratèges selon perception de la stratégie, leurs connaissances et compétences en stratégie, et leur légitimité perçue à intervenir dans un processus stratégique. Nous discutons la manière dont les stratèges utilisent, selon les phases du processus, des tactiques visant à faciliter ou à contrarier la participation des non-stratèges, en s’appuyant sur leur maîtrise des pratiques stratégiques et sur leur légitimité organisationnelle. Nous discutons également comment les non-stratèges répondent à ces tactiques en s’appuyant sur les règles organisationnelles et sur leur légitimité fonctionnelle. Cette recherche nous permet de contribuer aux travaux sur l’open-strategy en proposant une explication aux difficultés rencontrées lors de processus stratégiques ouverts et en suggérant des moyens de les dépasser.

Gérer les paradoxes organisationnels en construisant du sens lors d’une conduite paradoxale du changement

Cette communication interroge les modalités de gestion des paradoxes organisationnels qui se manifestent dans le cadre d’une conduite de changement. Pour approfondir cette relation, nous articulons la littérature sur les paradoxes organisationnels (Smith et Lewis, 2011 ; Jarzabkoski, Lê et Van de Ven, 2013), avec celle sur la conduite du changement (Hargrave et Van de Ven, 2016 ; Lüsher et Lewis (2011) et la construction du sens (Weick, 1995). La mobilisation d’une recherche-intervention durant six années destinée à accompagner le déploiement de la norme ISO 26000 dans une entreprise de taille intermédiaire du secteur de l’agro-alimentaire, nous permet alors d’appréhender les paradoxes qui se cristallisent à cette occasion et d’observer les modalités de leur régulation. L’analyse des données (entretiens semi-directifs, observations participantes et non participantes, questionnaires, documents internes et externes) mobilise une démarche inductive, inspirée de Gioia et ses collègues (Corley et Gioia, 2004, Gioia, Corley et Hamilton, 2013, Langley et Abdallah, 2011). Notre analyse se déploie en trois temps. La première phase consiste à repérer les tensions organisationnelles à l’œuvre et à les qualifier dans le prolongement des travaux de Smith et Lewis (2011). Dans une deuxième phase, nous montrons comment ces paradoxes sont gérés à travers différents dispositifs de sensemaking et de sensegiving dont l’agencement permet une prise en charge globale des paradoxes organisationnels. Le troisième temps vise à proposer un modèle intégré et paradoxal de conduite du changement permettant l’association des paradoxes organisationnels dans un système global de management articulant une dynamique de changement prescrit et construit, ainsi qu’une construction prospective et rétrospective du sens. La discussion de ces résultats souligne la triple contribution de cet article. La première invite à dépasser une approche séquentielle et une prise en charge isolée de chaque paradoxe organisationnel, en proposant un modèle qui permet de manager l’ensemble des paradoxes simultanément. La seconde dépasse les clivages entre changement construit et changement prescrit en proposant une conduite du changement elle-même paradoxale, reposant sur différentes séquences de sensemaking et de sensegiving. La dernière, enfin, s’efforce de qualifier les dispositifs de sensemaking et de sensegiving venant en appui de cette conduite de changement paradoxale.

Les normes managériales et les dispositions d’agent dans le secteur sanitaire : une approche dialectique

Le but de cette communication est d’éclairer les professionnels de santé et les gestionnaires qui se trouvent face à un dilemme portant sur les bienfaits du Nouveau Management Public. Pour cela, nous analysons la littérature portant sur les établissements d’hospitalisation en utilisant les principes développés par l’approche du Réalisme Critique, qualifiée par Baskar (1995) de dialectique, entre structure et « agency ». Nous justifions la traduction de ce dernier terme comme une disposition d’agent favorisant la transformation des normes sociales. Nous dépassons la présentation de Reed (2001) en développant davantage la littérature sur le secteur sanitaire, intégrant dans l’analyse les apports de la Théorie de la régulation sociale et des Théories Néo-institutionnalistes. Nous en déduisons un modèle général des régulations intégrant les mécanismes de la contrainte des normes managériales sur les acteurs organisationnels et ceux exprimant leur transformation. Nous discutons cet apport théorique et terminons notre propos par des recommandations sur les risques d’appliquer les normes managériales issues du secteur marchand sans discernement et sur la nécessaire reconnaissance réciproques entre professionnels de santé et gestionnaires des contributions et limites de chacun dans ce type d’organisation.

Évolution de la stratégie de deux organisations patronales françaises : le cas de la Fédérations des pharmaciens d’officine de France et de Syntec numérique

Au regard des nombreux changements auxquels doivent faire face les organisations patronales, il est communément admis que celles-ci doivent faire face à un environnement en pleine transformation. Au travers de la réorientation de leur stratégie, celles-ci tentent de s’adapter ou d’influencer leur environnement dans le but de pérenniser leur action. Cependant, selon la Théorie de la dépendance aux ressources, les stratégies employées ne s’expliquent pas uniquement par les menaces qui pèsent sur ces organisations mais découlent par ailleurs des interdépendances avec leur environnement et des liens qui créent ses interdépendances. Par ailleurs, cette approche permettrait de mettre en lumière des dynamiques de pouvoir émergentes. S'appuyant sur deux études de cas, l’analyse de la stratégie aboutit à trois types d'observations : certaines menaces ont influencé l’évolution de la stratégie, de façon différenciée, dans des organisations pourtant soumises aux mêmes types de menaces. Ces évolutions ont influencé la structure organisationnelle et notamment la composition de la gouvernance, et de nouvelles dynamiques de pouvoir apparaissent. Effectivement influencées par la réorganisation interne, l'évolution de la stratégie, la redistribution des rôles des acteurs et du répertoire d’action de l’organisation patronale, ont ainsi permis de mettre à jour les processus au travers desquels l’organisation patronale se renouvelle pour assurer sa pérennité et servir les attentes de ses membres.

Organizational antecedents of exploration and exploitation in SMEs: The role of structural and resource attributes

Several studies have recognized that both structural attributes (in terms of formal hierarchical structure) and resource attributes (in terms of slack resources) are at the core of the SMEs’ specific issues to attain ambidexterity. Surprisingly, there is a lack of empirical studies in SMEs aiming at analyzing the extent to which these attributes are associated with exploration and exploitation. To fil this gap, this paper thus proposes to examine the effects of two structural attributes (formalization and structural empowerment) and two resource attributes (financial slack and human resource slack) on exploration and exploitation in SMEs. To this end, data were gathered from a survey administered to the chief executive officers of 530 French SMEs. Our research hypotheses were then tested using seemingly unrelated regressions. Results show that the influences of structural attributes are greater on exploitation than exploration, whereas the influences of resources attributes are greater on exploration than exploitation. Moreover, they reveal that structural empowerment and financial slack may be conducive to both exploration and exploitation, thus in favour of ambidexterity. On the other hand, formalization and human resource slack have a significant effect only on one of these two variables: the former may be a powerful lever for exploitation, while the latter may be a powerful lever for exploration. This study thus allowed us to discuss the varying impacts that several organizational antecedents have on exploration and exploitation in the specific context of SMEs. It opens the way for further studies on exploration and exploitation in SMEs to examine how such antecedents may interact and complement each other.

Trade-offs with Economy: How Creative Workers engage with Market-based Roles

This paper departs from the research literature that underlines the on-going debate arising
within creative companies, between creative rationales on the one hand and economic
rationales on the other hand (De Fillippi et al., 2007; Hesmondhalgh, 2013; Lampel et al.,
2000; Linstead, 2010). Most creative actors have to operate both within and through
economic rules and boundaries to effect creative propositions. Creative industries represent an
iconic field for investigating such paradoxes and tensions creative actors have to deal with
(De Fillippi et al., 2007). Known as "particular for the need to appease art and business"
(Jones et al., 2005), those industries are organized around the production and circulation of
"non-material goods directed at a public of consumers for whom they generally serve an
aesthetic or expressive, rather than clearly utilitarian function" (Hirsch, 1972: 641). The
conflicts and tensions between the imperative of a relentless creation of new genres, formats
and products on the one hand, and economic viability on the other hand occur within the
creative economy in a most striking fashion (De Fillippi et al., 2007).
In this context, scholars have noted that so-called creative individuals of those
industries tend to resist or disregard economic preoccupation (Caves, 2000; Jones et al., 2016;
Linstead, 2010). Yet research that explains interactions and ways of working within creative
contexts as consequences of these conflicting tensions is still scarce (Austin, Hjorth & Hessel,
2017). In the paper we describe our effort to address some of the shortcomings of existing
theory by taking up the following research question: How do actors involved into the creative
process deal with market-based activities? We explore the unlikely conversation between
profit maximization and creative forces (Austin, Hjorth & Hessel, 2017; Eikhof &
Haunschild, 2007; Lampel et al, 2000), how those supposedly opposing forces play out in the
daily life of creative actors.
We structure our paper as follows. First, we describe how current research deals with
the organization of conflict between economic and creative influences. We then present the
research setting and describe the everyday doings at Maria Maliusi, the fashion house that
provided the occasion for our study. We follow that with a description of our research
approach, and then present our key findings. We arrive at findings that describe an asymmetry
in market-based roles, with creative workers engaging with the buyer role while dis-engaging
from the seller role. In this asymmetry, we highlight how economic practices are shaped by
both commercial and capitalistic logics of practice, lived as resourceful in the buyer role but
constraining in the seller role. We end up by suggesting the concept of anti-hero
entrepreneur, a creative entrepreneur who deals with economy through trade-offs. Avoiding
the systematic accumulation of capital, the anti-hero entrepreneur only seeks its sole
reproduction to allow survival of creation. Nuanced implications about creative work within
economic interests then arise; we return to the literature to describe how our findings and
theorizing open the discussion on the economic actions and attitudes of creative agents.

Déconstruire les paradoxes pragmatiques en stratégie : propositions pour une approche réaliste critique

L’objet de cet article est de faire un pont entre l’utilisation du paradoxe en stratégie et le réalisme critique. Il s’agit notamment de montrer que certains paradoxes peuvent être analysés comme des phénomènes dans lesquels plusieurs mécanismes causaux sont activés rendant ainsi les résultats observés particulièrement difficiles à décrypter. Dans ces situations, la « méthode » proposée par le réalisme critique peut s’avérer particulièrement pertinente dans la mesure où elle permet de mettre au jour des mécanismes et de repérer les caractéristiques des contextes dans lesquels ces mêmes mécanismes sont activés (ou non). Nous rejoignons en cela l’intuition de Tsoukas (1989) pour qui, dans cette approche, un paradoxe peut être appréhendé comme la relation contingente qui existe entre plusieurs mécanismes causaux.

Comment les relations avec les entreprises sont-elles intégrées à la stratégie des laboratoires de recherche publique ?

Les laboratoires de recherche publique français, comme dans beaucoup d’autres pays, sont poussés à développer leurs relations avec les entreprises pour que leurs découvertes et inventions irriguent de manière plus directe le monde économique. Cette forme d’injonction peut être intégrée assez naturellement par certaines équipes et se heurter à une certaine résistance dans d’autres, si elle vient heurter certains de leurs principes de fonctionnement. Dès lors, comment la direction d’un organisme de recherche peut-elle faire en sorte que les directeurs d’unité intègrent effectivement cette dimension dans la stratégie de leurs équipes ? Ce papier présente les résultats d’une étude exploratoire auprès d’un de ces organismes publics, croisant analyse de rapports d’activité et entretiens semi-directifs et utilisant une grille de lecture issue du courant « strategy-as-practice ».

L'impact du leadership distribué sur l'engagement organisationnel:rôle modérateur de la confiance

Les recherches sur le leadership distribué s’amplifient. Cependant, les investigations sur terrain sont rares et les insuffisances empiriques marquent la littérature.
L’objectif de cette étude est de tester l’impact des pratiques du leadership distribué sur l’engagement organisationnel des ingénieurs tunisiens travaillant dans les entreprises du secteur IT sous l’effet modérateur de la confiance.
Les résultats indiquent que les pratiques du leadership distribué à savoir, la participation à la prise de décision et la coopération au sein de l’équipe leader exercent une influence positive sur l’engagement des employés. Un degré élevé de la confiance renforce cette relation.

Articuler la valeur sociale aux business models de l’entreprise : vers une logique de portefeuille.

La recherche sur les business models (BM) s’appuie essentiellement sur une conception économique et financière de la performance. Pourtant, de nombreux types d’organisations intègrent la dimension sociale dans leurs logiques de création et de captation de valeur, y compris les entreprises. Si certaines recherches ont permis d’appréhender l’articulation de la valeur sociale au BM, elles négligent le cas des entreprises diversifiées qui s’inscrivent dans des logiques de portefeuille. A partir d’une étude de cas enracinée menée au sein d’une grande entreprise, nous identifions différentes modalités d’articulation de la valeur sociale aux BM, ainsi que des rapports de complémentarité entre ces BM. A partir de nos résultats, nous formalisons une typologie de BM intégrant la valeur sociale, et proposons des pistes d’analyse des interrelations à l’œuvre au sein du portefeuille de BM pour optimiser le lien entre performances économique et sociale.

Processus d’engagement communautaire en situation d’incertitude: Une lecture par les stratégies de légitimation

Les recherches antérieures révèlent que l’engagement communautaire permet d’accroître la légitimité organisationnelle sans pour autant expliquer les modalités de légitimation. Cette recherche examine selon quelle stratégie de légitimation, l’engagement communautaire est-il adopté dans les entreprises en situation d’incertitude. L’objectif est de décrire et de comprendre le processus d’engagement communautaire en tant que stratégie de légitimation.
En mobilisant une approche contextualiste, ce travail a mis en évidence une articulation entre les concepts d’engagement communautaire, de stratégie de légitimation et de légitimité organisationnelle, tout en se basant sur la théorie néo-institutionnelle et la théorie de la dépendance envers les ressources.
L’étude empirique a été procédée par une étude de cas unique longitudinale d’une entreprise pétrolière tunisienne. Elle cherche à appréhender à travers le temps la façon dont cette entreprise cherche à rétablir sa légitimité après les évènements du 14 janvier 2011, à travers l’engagement communautaire. Les conclusions de la recherche ont permis d’analyser le processus d’engagement communautaire en tant que stratégie de légitimation sous l’effet de son échec. Deux principaux résultats se dégagent. Les résultats montrent d’une part l’importance de la légitimité morale pour les industries extractives dans les pays en voie de développement et d’autre part, l’impact du leadership et des caractéristiques de l’entreprise publique sur le processus d’engagement communautaire en tant que stratégie de légitimation.

L’innovation en contexte traditionnel : une revue de littérature systématique

Cet article vise à comprendre le rôle joué par les traditions – individuelles, inter-individuelles, organisationnelles ou inter-organisationnelles – sur l’innovation d’acteurs qui y sont confrontés. Nous posons ainsi la question de recherche suivante : Comment les acteurs évoluant en milieu traditionnel peuvent-ils innover ? et, Comment les caractériser ? Notre objectif est d’aboutir à une typologie adaptable à tous les types de tradition et à tous les niveaux d’analyse. Cette typologie est envisagée dans une perspective dynamique et cherche à décrire des profils, mais tout en étant conscients que ceux-ci ne sont pas toujours statiques, et qu’ils sont issus de trajectoires que nous cherchons également à identifier. Ces profils visent à intéresser la communauté scientifique en management de l’innovation et en entrepreneuriat en proposant un état des lieux des travaux réalisés sur le sujet et des gaps théoriques qui pourraient profitablement être explorés. Ils intéresseront également les praticiens exerçant dans ces milieux et les institutions les régissant, en leur permettant de comprendre comment ils se positionnent et quels leviers ils pourraient développer pour s’engager dans de nouvelles trajectoires. Le concept central mobilisé dans ce travail de recherche est celui de la tradition, issu des travaux en sciences de gestion portant sur l’artisanat, les entreprises familiales, les PME, l’agroalimentaire, le tourisme et les districts industriels. La tradition est généralement mobilisée en tant que contexte d’étude, plutôt que comme objet d’étude, et il apparaît encore plus rare qu’elle soit traitée comme un cadre théorique à part entière, comme nous le faisons dans le présent travail. Ce travail est une recherche à caractère conceptuel qui s’appuie sur une revue de littérature systématique. Le choix de cette méthodologie se justifie par le besoin pour la recherche en innovation/entrepreneuriat d’avoir un regard global sur la recherche générée sur le sujet, depuis un peu moins de 20 ans, permettant d’éclairer les mécanismes d’innovation largement observés dans les contextes traditionnels. Cette étude nous permet de décrire une typologie dynamique croisant innovation/entrepreneuriat et tradition, prenant en considération les trajectoires des acteurs. Elle met en évidence 8 profils : (1) l’innovateur volontaire qui possède une orientation très entrepreneuriale et une culture d’innovation, (2) l’innovateur apostate qui est devenu innovateur par abandon de sa tradition, (3) l’innovateur syncrétiste qui devient innovateur en combinant les traditions de différentes origines, (4) le conservateur patrimonial qui est attaché à sa tradition d’origine et la conserve fidèlement, (5) le conservateur d’assimilation qui est devenu conservateur après l’acquisition d’une tradition, (6) le conservateur de renforcement qui renforce la conservation de la tradition par rapport à ses prédécesseurs, (7) le traditiovateur de traditionalisation qui est un innovateur qui découvre et utilise une tradition comme une source d’innovation, (8) le traditiovateur de libéralisation qui exploite sa propre tradition tout en innovant. Ces profils dépendent de la tradition dont ils sont issus, leur manière d’innover, et la trajectoire qu’ils décrivent. Un agenda de recherche permet de donner de nombreuses voies de recherche pour poursuivre à contribuer dans la continuité de ces travaux.

The liminal team-based approach to improve the conduct of organizational ethnography

L’ethnographie organisationnelle est cruciale pour comprendre la complexité des organisations contemporaines. Afin de dépasser les limites de l’ethnographie « traditionnelle », de nouvelles méthodes s’appuyant sur un fonctionnement en équipe ont vu le jour. Capitalisant sur les approches « chercheur-praticien » (scholar-practitioner) et « recherche en équipe » (scholars team-based), cette recherche propose une nouvelle approche – appelée « approche de recherche liminale en équipe » (liminal team-based approach). Elle se fonde sur trois caractéristiques : un chercheur interne à l’organisation (insider) adoptant un positionnement liminal, sa collaboration avec un chercheur externe à l’organisation (outsider) et la réalisation systématique d’échanges post-observations (peer-debriefing).
Fondé sur l’expérience d’une recherche s’intéressant à l’intégration post-acquisition au sein d’un cabinet de conseil en management, nous discutons les apports de « l’approche de recherche liminale en équipe » aux principaux enjeux de l’ethnographie organisationnelle. Cette communication contribue ainsi aux méthodes de recherche qualitatives par la proposition d’une méthode innovante. Elle positionne également la configuration chercheur interne/externe de manière centrale dans le dispositif méthodologique et suggère l’adoption de pratiques de recherche pour l’ethnographie en équipe.

Clandestine legitimacy work: when accepting is discreetly reshaping. The case of the World Equestrian Games

In this paper, we develop the concept of clandestine legitimacy work as an extension of organizational legitimacy analysis. Mobilizing the recent developments of legitimacy studies, especially on legitimacy judgment and legitimacy work, we suggest that actors are setting up an on-going dialogue on the validity and the propriety of a given legitimacy objects. We also demonstrate the role of the social and the symbolic dimensions and of the day-to-day activities have on this work. We draw on a case study built from ethnographic data collected during the World Equestrian Games in 2014. We particularly focused our analysis on the roles performed by actors, who had different positions but shared something in common: passion of the sport horse. This allowed us to highlight the processes throughout which the rules imposed by actors are reworked. This confrontation led to a clandestine legitimacy work through which actors defined a consensus emerging over the prescriptions of the status.

Repli ou relance : quelle stratégie face à la crise ? Le cas d’un équipementier du secteur de l’énergie.

La violence et l’ampleur de la récente crise économique et financière, et ses séquelles persistantes, appellent à s’intéresser de plus près au comportement des organisations qui sont confrontées à ce contexte. La littérature s’est largement intéressée à cette problématique pour proposer des modèles permettant d’expliquer les stratégies de sortie de crise en analysant les processus à l’œuvre, les variables déterminantes et le rôle des différents acteurs. En particulier, Robbins et Pearce (1992) ont proposé un modèle qui a joué un rôle catalyseur dans l’évolution des travaux de recherche. Les auteurs insistent sur la dimension dynamique en analysant l’enchaînement de phases traversées par les entreprises. Ils ont identifié tout d’abord une phase de repli (retranchement) puis de relance (recovery). Ensuite, de nombreux travaux en se positionnant par rapport à cette approche fondatrice viennent soit la remettre en cause en ce qui concerne par exemple, l’enchaînement des phases proposées, soit la compléter, en intégrant d’autres préoccupations. Dans cette perspective, cette recherche déploie une méthodologie d’étude de cas reposant sur une étude longitudinale réalisée à partir d’une entreprise industrielle confrontée à une crise sans précédent. A la lumière de cette étude de cas, il apparait tout d’abord que l’enchainement des étapes (retrenchment/recovery) est marqué par une certaine ambiguïté. De plus, le cas observé montre que l’articulation de l’action des/envers les stakeholders par l’impact qu’elle occasionne sur les ressources permet de donner des pistes d’explication de l’ambiguïté observée précédemment. Enfin, l’analyse en profondeur permise par la méthode de l’étude de cas incite à proposer des conjectures visant à identifier des critères de contingence permettant la contextualisation au sens de Pettigrew (1985).

Approfondir les approches pragmatistes de la gestion des parties prenantes : l'apport de l'intertextualité

Bien que la recherche sur la gestion des parties prenantes a maintenant plus de 30 ans, la littérature n’a que peu d’éléments concernant la manière dont les professionnels peuvent conduire et mettre en action la gestion des parties prenantes. Cela est particulièrement important pour les organisations à haute fiabilité, pour qui la gouvernance des risques est une nouvelle difficulté à dépasser afin de maintenir leur niveau de fiabilité. Nous cherchons à apporter des éléments de réflexion à ce sujet, en nous appuyant sur le contexte de la gouvernance des risques nucléaires en France et plus particulièrement sur la relation contrôleur / contrôlé entre les exploitants et l’IRSN.
Afin d’adopter une approche enracinée dans l’action, nous nous inscrivons dans la continuité des approches pragmatistes de la gestion des parties prenantes, en particulier fondées sur les travaux de Rorty. Elles pensent la gestion des parties prenantes comme une conversation à maintenir afin de dépasser trois contingences de l’organisation : son langage, son soi et sa communauté. Afin de donner à voir la manière dont les acteurs de terrain dépassent ces contingences, nous nous appuyons sur trois conceptions de l’intertextualité : comme formant un cadre d’interprétation, les relations formelles entre textes, et comme formant la volonté d’écrire des textes.
Nous étudions un cas d’évaluation d’une démonstration de sûreté par l’IRSN de 2010 à 2011, pour lequel nous avons procédé à une collecte de documents complétée d’entretiens. Nous avons collecté 357 documents (9099p.) ; par exemple des mails, courriers, comptes-rendus de réunion, documents de travail… Nous avons réalisé 3 entretiens (5h05, 102p.), qui nous ont servi à préciser notre lecture du corpus de documents. Nous avons analysé le corpus à l’aide du logiciel Cytoscape, qui nous a permis de répertorier les relations entre textes pour les analyser ensuite au cas par cas.
Nos résultats montrent comment l’utilisation des différentes formes d’intertextualité permet aux acteurs de dépasser les contingences de leur organisation. Les relations "classiques" entre textes sont déclinées en catégories représentatives pour le terrain (pièce jointe, version, suite…). Les relations formelles entre textes contribuent au dépassement des trois contingences identifiées par Rorty (1993 (1989)). L’intertextualité formant un cadre d’interprétation contribue au dépassement de la contingence du soi, et l’intertextualité formant la volonté d’écrire des textes aide à dépasser la contingence de la communauté.

Les trajectoires de croissance sur une période de 5 ans des jeunes entreprises innovantes accompagnées par le Ministère français de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation – un retour d’efficacité du dispositif ?

Dans le contexte de crise économique que nous connaissons actuellement, le développement de start-up constitue un des leviers pouvant permettre de renouer avec la croissance. Différents dispositifs ont été mis en place par le gouvernement français pour faciliter la création et la croissance de telles entreprises.
Cette recherche a pour objectif d’étudier la trajectoire de croissance d’une population d’entreprises qui a été accompagnée par le Ministère français de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), soit dans le cadre du Concours national d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes appelé I-Lab aujourd’hui, soit dans le cadre d’incubateurs académiques issus de la loi d’innovation de 1999. Contrairement à beaucoup de recherches antérieures qui se focalisent sur l’activité économique (avec les ventes et le chiffre d’affaires) et les créations d’emploi pour caractériser les trajectoires de croissance des entreprises, cette étude prend en compte la complexité du phénomène de croissance et s’appuie sur une grande diversité de variables qualitatives et quantitatives. Les résultats amènent à s’interroger sur l’efficacité du dispositif de soutien mis en place par les pouvoirs publics français dont peuvent bénéficier les start-up françaises.

LE TERRITOIRE : UN TERRAIN DE JEU POUR L’INNOVATION

Si un questionnement clé en recherche sur le management de l’innovation porte aujourd’hui sur les enjeux de la dimension territoriale, peu de travaux ont étudié en profondeur l’intérêt de l’ancrage territorial et de la localisation des équipes d’innovation au plus près des clients utilisateurs. Cet article se propose donc, à travers l’étude du cas Décathlon, de mieux cerner le rôle joué par le territoire sur les différentes phases du processus d’innovation. En effet, Décathlon a fait le choix de localiser ses équipes d’innovation pour ses différentes marques au plus près des « terrains de jeu » des pratiquants sportifs. L’objectif de cette recherche est double : (1) identifier l’intérêt mais aussi les obstacles de l’ancrage territorial lors des différentes phases du processus d’innovation et (2) identifier les leviers en termes de proximités aussi bien organisationnelle, qu’institutionnelle, cognitive, sociale et électronique mis en œuvre pour pallier les difficultés liées à la localisation des équipes d’innovation sur le territoire spécifique à la marque concernée. Nos résultats montrent notamment que l’ancrage territorial a une influence positive mais d’intensité variable en fonction des étapes du processus d’innovation. Des facilitateurs d’ordre organisationnels, cognitifs, sociaux et électroniques interviennent alors et, par le jeu de leur complémentarité, permettent de pallier et dépasser les freins de l’ancrage territorial observés sur certaines phases.

DIFFUSION OF A MANAGERIAL INNOVATION: NOTHING IS EVER PLAYED The case of the diffusion of mindfulness in the workplace

Forces that influence managerial innovation (MI) diffusion are still unclear. This paper aims to shed more lights on the factors and actors influencing the diffusion of an emergent MI by studying the case of mindfulness programs and techniques. The research design is based on a qualitative methodology. Two main primary sources of data were mobilized and allowed to analyze the two communication channels identified in the diffusion literature: the interpersonal network and the press media. The results show that among the attributes traditionally studied to explain the diffusion of an MI, elements regarding its origins and its capacity to be transposed and adapted should be taken into account. Furthermore, while opinion leaders are considered as key players in both the rational and "fad and fashion" perspectives of the diffusion of an innovation, our results lead us to a much more nuanced analysis.

Capacité d’innovation et pratiques de coopération des PME : le rôle de l’appartenance à un groupe

L’objectif de la recherche est d’analyser les effets de l’appartenance des PME à un groupe sur leur innovation. Cette analyse porte à la fois sur les effets attendus en termes de capacité d’innovation et de pratiques de coopération dans les processus d’innovation. Si le groupe semble constituer une ressource naturelle pour l’innovation des PME qui en dépendent, cela se vérifie-t-il et avec quelle intensité ? Nous nous appuyons sur une approche basée sur les ressources pour spécifier la capacité d’innovation des PME et pour interroger leur intérêt à coopérer avec des partenaires externes. L’accès aux ressources soulève également la question de l’horizon géographique mobilisé par les PME pour innover. Des travaux démontrent l’intérêt pour la PME de combiner les sources qui émanent du local avec celles qui se situent au-delà, notamment au niveau international. Nous nous interrogeons donc sur l’échelle spatiale des coopérations mises en œuvre dans les processus d’innovation des PME. En considérant différent statuts pour la PME (indépendante, appartenance à un groupe national, appartenance à un groupe international), trois hypothèses de recherche sont posées. Nous nous appuyons sur une enquête réalisée en 2015 auprès de 1469 PME de la région Bretagne, dont 1052 sont indépendantes, 260 relèvent de groupes de dimension nationale et 157 de dimension internationale. Des tests statistiques et des modèles économétriques (Logit binomial) sont mis en œuvre afin de mesurer l’impact de l’appartenance à un groupe national et international sur la capacité d’innovation et de coopération des PME, ainsi que sur l’échelle spatiale de mobilisation de deux types de ressources pour l’innovation : les sources d’idées et les coopérations. Le premier résultat est que l’appartenance à un groupe augmente la probabilité d’innover des PME mais uniquement lorsqu’elles appartiennent à un groupe de dimension internationale. Que l’on considère simplement la probabilité à coopérer ou plus spécifiquement la variété des partenaires de coopération (clients, fournisseurs, Universités et laboratoires de recherche publique, laboratoires de recherche privés…), aucun effet du statut de la PME n’apparaît dans les résultats des modèles. Enfin, nos travaux mettent en évidence, le rôle du statut de la PME, sur l’échelle spatiale des ressources externes mobilisées pour l’innovation. Un marqueur fort est celui de la dimension internationale du groupe qui, pour la PME, élargit l’horizon géographique des sources d’idées pour l’innovation et ouvre le champ des coopérations.

Mieux comprendre les relations complexes entre innovation et tradition : un essai de conceptualisation

Innovation et tradition semblent a priori être deux termes antagonistes. Plusieurs travaux en management de l’innovation, s’ils ne portent pas directement sur le concept de tradition, vont d’ailleurs dans ce sens en mettant l’accent sur l’importance des connaissances nouvelles et sur les effets de myopie susceptibles de résulter de l’ancrage de cadres de pensée et de routines organisationnelles. Pour autant, un certain nombre de travaux récents critiquent ce biais en faveur des connaissances récentes et montrent qu’une base de connaissances anciennes peut aussi aboutir à des innovations.
Ce papier propose un modèle intégrateur visant à concilier ces deux approches. Le cœur de notre proposition est que ces relations ne s’annulent pas et peuvent donc être présentes simultanément. Il ne s’agit alors plus de savoir si les relations d’opposition l’emportent sur les relations de complémentarités mais bien de mieux comprendre comment ces dernières s’articulent. Nous proposons un premier pas en ce sens en montrant que ces relations de sens contraire reposent sur un certain nombre de facteurs communs. On aboutit ainsi à une grille d’analyse susceptible d’éclairer des investigations empiriques approfondies qui restent à ce stade nécessaires.

Observer la matérialité

Les recherches sur la matérialité se sont fortement développées au cours des 10 dernières années, montrant l'effet des artefacts et espaces physiques sur les organisations qui avait été occulté par la prédominance des approches discursives. Ces recherches enrichissent notre compréhension des organisations dans de nombreux domaines : décision, routines, identité, pouvoir, institutions... Pourtant le chercheur qui souhaite s'engager dans une étude sur la matérialité se trouve parfois démuni. Les chercheurs en management et théorie des organisations sont en effet peu explicites sur leur recueil des données dans ce domaine. Pourtant, la matérialisé pose des questions méthodologiques spécifiques du fait que les artefacts et espaces physiques ne parlent pas et peuvent avoir une influence qui ne se traduit pas par un mouvement. Notre essai propose des éléments de questionnements et des pistes de réponses aux chercheurs qui s'interrogent sur l'observation de la matérialité. Une première partie rappelle les principales dimensions des artefacts et espaces physiques qui peuvent être considérés pour préparer l'observation. Une deuxième se focalise sur l'accessibilité à l'influence du monde physique. Une troisième partie répertorie les principales techniques d'observation illustrées par des études en sociologie. Enfin, une dernière partie invite à compléter le recueil de données en faisant réaliser des observations par les participants.

PROCESSES AND SOCIO-MATERIAL PRESENCE IN PERFORMING LEADERSHIP : THE CASE OF UBISOFT

How does a leader perform, i.e. shape, her organization? Communicative Constitution of Organizing (CCO) approaches describe leadership either as a combination of microprocesses and influential acts, or as human and nonhuman agency, that give shape to organizations. This paper seeks to bridge the gap between these two approaches to provide a comprehensive understanding of leadership as a necessary coupling of processes and socio-material devices. Based on a longitudinal case study of a video game developer, this paper explores the emergence of a singular leader’s vision. We study the operational translation and deployment of this vision in the organization through three stages of performativity, both successes and failures. We contribute to debates on CCO and leadership by showing the role of translators and trainers in coupling the leader’s vision to its socio-material presence, as well as the importance of device density.

Contextualisation et territorialisation du faire stratégique : praxis, pratiques, praticiens et pragmatique

La recherche vise à étudier l’ouverture du « faire stratégique » des territoires dans l’élaboration des stratégies d’attractivité territoriale. En effet, les réformes récentes issues de l’Acte III de la décentralisation tendent à accorder plus de pouvoir aux métropoles et aux régions dans le champ de l’attractivité territoriale. Face à un contexte concurrentiel, ces territoires sont positionnés comme des échelles territoriales pertinentes pour le développement économique. Sur chaque territoire, le cadre légal institutionnalise le couple métropole-région qui monte en puissance et oblige les managers territoriaux à construire des stratégies d’attractivité territoriale concertées. Dès lors, les métropoles et les régions se voient impliquées dans l’élaboration conjointe de ces stratégies d’attractivité. Ainsi, les processus stratégiques s’ouvrent à la fois en interne, dans un contexte de gouvernance territoriale impliquant la société civile et le monde des affaires, mais aussi en externe puisque le territoire pertinent nécessite de collaborer avec d’autres institutions territoriales. Malgré un environnement institutionnel commun à tous les territoires, ces derniers témoignent de degrés d’ouverture différenciés supposant alors des pratiques distinctes. Comment expliquer ce différentiel d’ouverture d’une stratégie territoriale à l’autre dans le cadre de l’élaboration des stratégies d’attractivité ? La littérature récente reste silencieuse en la matière et qui plus est dans le contexte territorial et public. Pour y répondre, nous mobilisons le cadre théorique de la strategy-as-practice. À travers l’analyse qualitative de quatre cas de stratégies d’attractivité (29 entretiens semi-directifs), la recherche met en lumière la praxis, les pratiques et la diversité des praticiens engagés dans ces stratégies. Aussi, aux dimensions traditionnelles du faire stratégique, vient s’ajouter la dimension « pragmatique » que nous proposons afin de révéler les éléments de contexte du faire stratégique. En effet, comme le souligne Seidl et Whittington (2014), cette dimension reste souvent négligée dans les travaux académiques de la strategy-as-practice. Par ailleurs, les résultats permettent également d’identifier les rôles du territoire dans chaque dimension du faire stratégique à travers les travaux récents de Lawrence et Dover (2015). Ce faisant, la recherche menée invite à proposer une version « contextualisée » et « territorialisée » de la strategy-as-practice.

D’où vient l’influence des entreprises sur les politiques publiques en France ? Le rôle des middle managers dans la construction de la politique des pôles de compétitivité

Cette communication propose de déplacer la focale adoptée dans les études sur les actions politiques des entreprises, en étudiant les mécanismes en jeu dans l’élaboration d’une politique publique. En s’appuyant sur le processus de définition de la politique des pôles de compétitivité en France, nous montrons que l’influence des entreprises sur les politiques publiques passe par un réseau interpersonnel, où les cadres intermédiaires des entreprises et de l’Etat interagissent autour de projets et convergent autour des normes secondaires d’application de la politique.

Autonomie dans le travail, autonomie du travail : Une analyse sous l'angle du travail non subordonné

Cet article examine les liens entre autonomie et travail en se plaçant sous le prisme encore peu exploré du travail non subordonné. Le travail non subordonné renvoie à un ensemble de travailleurs qui souhaitent vivre de leur savoir-faire et de leurs compétences sans passer par le cadre salarial traditionnel. Il est parfois appelé « travail freelance » et, de plus en plus, « travail autonome ». Ce rapprochement fréquent entre le travail non subordonné et l'autonomie est le point de départ de cette contribution. Si les significations et les limites de l'autonomie ont largement été étudiées dans le salariat traditionnel, elles l'ont été beaucoup moins dans le travail non subordonné. Cette recherche s'articule donc autour de trois questions : Quelles significations recouvre l'autonomie dans le travail non subordonné ? Quelles sont ses limites ? Est-ce que cette autonomie est plus importante que dans le travail subordonné ?

Pour ce faire, cet article s'appuie sur des entretiens avec des salariés-entrepreneurs d'une coopérative d'activité et d'emploi (CAE). Une CAE est une entreprise coopérative dont les salariés développent leur propre activité individuelle. Ils facturent via la coopérative qui transforme leur chiffre d'affaires en salaire, ce qui leur évite de passer par le statut indépendant. L'enquête s'est articulée entre une observation participante de deux ans, 35 entretiens semi-directifs et de nombreux échanges informels.

Dans la première partie, la revue de littérature distingue et détaille deux formes d'autonomie. L'autonomie la plus couramment étudiée est l'autonomie dans le travail, qui désigne la marge de manœuvre dont disposent les travailleurs entre le travail prescrit par l'organisation et le travail « réel », effectivement réalisé. La seconde forme d'autonomie est l'autonomie du travail. Elle implique la participation active des salariés à la gestion de l'entreprise, voire la propriété collective des moyens de production.

La seconde partie présente les données de l'enquête, et plus spécifiquement les discours des entrepreneurs-salariés sur leurs situations de travail. Elle reprend la distinction entre autonomie dans le travail et autonomie du travail pour examiner les significations que peut avoir l'autonomie dans les situations de travail non subordonné, ainsi que ses limites.

A partir de ces limites, la troisième partie questionne la pertinence du lien entre non subordination et autonomie. Dans une perspective critique, ce lien est illusoire et les discours sur l'autonomie permettent surtout de susciter l'adhésion des travailleurs à leur auto-exploitation. Cette posture est quelque peu réductrice. Les travailleurs non subordonnés ont bien conscience des limites qui encadrent leur activité professionnelle. Mais ils trouvent dans leurs situations de travail des zones d'autonomie qu'ils considèrent comme fondamentales (le pouvoir de dire « non », la recherche de sens dans le travail, la disponibilité pour ses proches...) et qui leur permettent de faire l'expérience de micro-émancipations.

L'article s'achève en proposant de penser l'autonomie au-delà de la distinction entre subordination et non subordination : l'autonomie désigne un rapport de force entre le travailleur et ses donneurs d'ordre, qu'ils soient clients ou employeurs. Les travailleurs qui bénéficient d'une certaine autonomie sont ceux qui s'inscrivent dans un rapport de force en leur faveur, et qui dépend de deux facteurs : leur secteur d'activité et leurs compétences individuelles en termes de savoir-faire et de démarche commerciale. Ce rapport de force leur permet de négocier au mieux leurs conditions de travail, qu'il soit subordonné ou non subordonné.

Retour vers le futur ? Les empreintes (imprint) du passé dans un secteur industriel. Le cas de l'édition française

Cette communication cherche à approfondir le concept d'imprinting, régulièrement utilisé en théorie des organisations pour tenter de mesurer le poids du passé sur le présent. A ce titre, elle relève d'une approche historique. La notion d'imprinting est ici utilisée au niveau d'une industrie dans son ensemble, ce qui été relativement peu fait depuis le chapitre séminal de Stinchcombe. Une étude empirique du secteur de l'édition française en deux parties permet (1) grâce à l'utilisation des résultats des historiens du livre, de retracer les grandes évolutions du secteur, sur un temps très long, en posant la question des origines, et (2)relève quelques éléments clés, constitutifs du secteur de l'édition d'aujourd'hui, dont les empreintes sont détectées dans ce passé. Les dynamiques de quelques unes de ces empreintes au fil du temps sont analysées. Les résultats permettent notamment d'affiner la notion de « période sensible » spécifique à l'imprinting et de mettre au jour le rôle des prémisses et de la gestation d'une industrie dans sa constitution ultérieure.

Sept patterns de Stratégies Cognitives de Créativité (SCC)

Ce papier vise à comprendre comment les professionnels de la créativité (les architectes dans notre observation) réussissent à stimuler leur créativité à travers des dispositifs fondés sur l'anticipation de leur cognition future -démarches que nous appelons Stratégies Cognitives de Créativité (SCC).
L'élaboration d'une méthodologie inspirée d'une formulation enactiviste-cognitiviste du sensemaking permet d'en chroniquer le déroulé sur le terrain, puis de les réunir sous 7 patterns type de SCC, dont nous discutons les principaux enseignements.
Ceux-ci dressent un premier panorama pour l'élaboration d'outils, stratégiques dans une économie toujours plus exigeante en terme de rythme d'innovation.

Making Sense of Expatriate Adjustment: Context Matters

Over the past 40 years, in response to the global expansion in the number of companies using expatriates, a range of scholars have investigated various aspects of expatriate adjustment. Rarely, has this scholarship focused on the role of specific national and organisational cultural contexts or the adjustment process. This conceptual paper aims to address these limitations in order to enhance understanding of how the cultural context of expatriation influences how expatriates make sense of the new cultural situations they encounter as part of the process of their adjustment. To this end, we develop a conceptual framework that links national and organisational culture to Weick's inter-subjective, generic-subjective and extra-subjective levels of sensemaking. We then use these concepts to explore the way culture influences how expatriates notice, interpret and act upon new and surprising situations and events in their new workplaces. We argue that the concept of sensemaking enables a deeper and contextualised understanding of the expatriate adjustment process in organisations.

Veille stratégique : du concept à la pratique Cas de groupes d’entreprises tunisiennes

Ce travail de recherche offre un cadre d’analyse permettant une meilleure compréhension du concept de veille stratégique, dans le contexte spécifique d’un pays émergeant.
La démarche méthodologique adoptée repose sur une étude qualitative basée sur des entretiens semi-directifs menés auprès de responsables au sein de trois groupes d’entreprises tunisiennes. Les résultats obtenus supportent la pertinence de quatre dimensions fondamentales de la veille stratégique relatives aux acteurs, aux cibles, aux sources et aux méthodes de gestion d’information. Ces dimensions traduisant le caractère praxéologique du concept, éclairent l’entreprise sur la manière avec laquelle elle peut mettre en pratique sa démarche de veille stratégique.

Concours et concurrence de régulations. Le cas instructif des projets de valorisation des algues

Résumé : Cette contribution mobilise la Théorie de la régulation sociale de J.-D. Reynaud sur le terrain d’un univers d’activités en émergence en même temps que confronté à des inerties, celui des projets de valorisation des algues en Bretagne. Dans cet univers fondé sur la science, interprété comme l’expression du jeu de multiples sources de régulations, les interprétations proposées et discutées, en mobilisant les problématiques de la Théorie de la régulation sociale (TRS), conduisent à envisager les questions des frontières de l’entreprise et de sa gouvernance dans des termes renouvelés.
Les fondamentaux de la Théorie de la régulation sociale sont rappelés avant que ne soit présenté le terrain des projets de valorisation des algues. Celui-ci est illustré par le cas de l’entreprise Olmix, dont le développement est porté par des innovations majeures dans l’exploitation des algues en matière de nutrition-santé. Les interprétations proposées dans les termes de la TRS sont ensuite discutés en trois temps. D’abord, en opérant la distinction entre conjonction de régulations et régulation conjointe, il est montré que la transformation des règles du jeu concurrentiel peut prendre la voie des jeux de pouvoir ou celle de la négociation officielle des règles. En envisageant ensuite la question des frontières sur la base d’une compréhension de l’entreprise comme projet, s’affirme une position épistémologique et théorique forte : l’action collective engage la perspective d’un monde commun, se constitue comme communauté de projet comprise comme communauté de règles vécues, communauté d’apprentissage et capacité d’action commune. Enfin, cette compréhension de l’action collective conditionne celle de la gouvernance qui se pose à l’échelle de l’entreprise en même temps qu’à celle des collectifs d’acteurs impliqués dans l’univers concurrentiel. A l’échelle micro de l’entreprise, il est défendu la nécessité de distinguer l’entreprise réelle ou organisation productive de l’institution ou société financière. A l’échelle méso des réseaux d’acteurs potentiellement impliqués dans l’exploitation de la ressource commune qu’est l’algue, le lien s’établit aisément avec les perspectives d’auto-gouvernance suggérées par les travaux d’E. Ostrom. Les conflits d’usage de la ressource algale peuvent-ils se résoudre dans une possibilité de démocratie d’appropriation à l’échelle régionale ? La ressource commune peut-elle être envisagée comme bien commun ?
L’objectif global de cette contribution est de montrer la pertinence et l’intérêt de la Théorie de la régulation sociale de façon générale et notamment pour saisir les concours et concurrence de régulation. Il est aussi de sensibiliser aux questions vitales de nutrition-santé en lien avec les processus d’innovation et donc de transformation des filières agroalimentaires.

L'influence des accréditations sur l'évolution du Business Model des écoles de management: le cas de Burgundy School of Business

Mesurer l'influence d'une variable environnementale sur les différentes composantes du modèle RCOV à partir d'une étude de cas.
Les accréditations EQUIS et AASCB modifient le BM de Burgundy School of Business

Au-delà des frontières du réseau : la coopétition réticulaire globale comme source de performance en innovation

La littérature sur la coopétition dans une perspective de réseau est abondante. En revanche, à l’exception d’un nombre limité de travaux, la dynamique de coopétition entre des réseaux est peu étudiée. Ces quelques travaux ayant exploré la dimension inter-réseaux de la coopétition n’ont pas démontré dans quelle mesure une telle stratégie qui transcende les frontières réticulaire et sectorielles pourrait être performante en termes d’innovation. C’est cette question que la présente recherche s’efforce de traiter à travers une analyse quantitative et longitudinale (2000-2015) menée sur un échantillon global de 650 observations relatives à 61 entreprises encastrées dans 47 réseaux stratégiques globaux. A l’issue de permet de faire ressortir deux résultats majeurs : (1) la coopétition réticulaire (inter-réseaux) a un effet significativement positif sur l’innovation des firmes membres; (2) la coopétition globale (entre réseaux diversifiés) émerge comme une stratégie performante en matière d’innovation. Ces résultats contribuent à enrichir la littérature sur la coopétition envisagée dans une perspective de réseau et d’embeddedness. Enfin, la présente recherche vient enrichir les recherches antérieures sur la coopétition en explorant un niveau d’analyse additionnel, celui de la coopétition inter-réseaux.

L’important c’est de participer ? Les compétences des participants en question dans l’élaboration de la stratégie

L’objectif de cet article est de poursuivre, à travers une étude de cas, la réflexion engagée en sciences de gestion sur la participation à l’élaboration et la prise de décision stratégique dans l’organisation (Laine et Vaara, 2015). Considérant que les compétences et capacités des acteurs participants, en lien avec l’acquisition des savoirs, constituent à la fois des éléments critiques du fonctionnement participatif et des points aveugles de la littérature, c’est sous cet angle que le cas est exploré, à travers l’analyse des perceptions et représentations des acteurs concernés. Il s’agit de se demander, en particulier, sur la base de quel modèle mettre en œuvre un dispositif participatif à l’élaboration et à la prise de décision stratégique et quels sont les rôles des acteurs tiers (ie. non-participants) dans un tel exercice.

Envisioning risks: the attentional cycle of risk framing

In an increasingly complex and uncertain environment, envisioning risk has become a critical managerial ability. However, determining ex ante which issues are relevant “risk” is challenging, since it requires organizational attention, which is a scare resource. This paper explores the process “risk framing”, i.e. the process through which risk is constructed as a frame that both shapes and reflects managerial attention. By examining the processes through which twelve organizations from various sectors determine their risks, we reveal four modes of risk framing: capture, revelation, incorporation and assimilation. Each mode relies on distinct attentional mechanisms, and results in particular frames of risk. Findings suggest that each mode constitutes a stage of an attentional cycle, through which organizations build their own representations of risks, which become, in turn, a structure that drives managerial attention. Those findings provide a better understanding of what organizations call a “risk”. This study sheds light on the mechanisms through which managers envision risk, by constructing collective representations of their environment.

Le désinvestissement face au risque de défaillance en contexte PME. Une approche exploratoire.

La littérature récente sur le désinvestissement s’attache à étudier ses effets sur la performance des entreprises. Le désinvestissement est ainsi vu comme un choix rationnel permettant une réallocation des ressources dans un but d’amélioration des performances. Or, les résultats de ces études sont mitigés et le désinvestissement ne semble pas systématiquement synonyme de performances améliorées. Parallèlement, les travaux sur les causes de ce désinvestissement sont rares et se bornent à mettre en avant le déclin des performance et le risque de faillite encouru. Nous proposons en conséquence de mener une étude exploratoire des facteurs favorisant le désinvestissement dans des PME française. Nous développons une série d’hypothèses à partir d’une approche en termes de ressources et d’inertie décisionnelle. Ces hypothèses en tenant compte de désinvestissement en personnel et en immobilisations. Nous montrons que la brutalité de la dégradation de la situation a clairement un impact, plus nettement perceptible pour le désinvestissement en personnel que sur celui en terme d’innovation. La volatilité du risque de défaillance dans le secteur est également un facteur accroissant la probabilité de désinvestissement. Symétriquement, l’appartenance à un secteur de où la connaissance est importante diminue la probabilité de désinvestissement, notamment en personnel.

Spécificités et enjeux des innovations stratégiques vertes

Les innovations stratégiques ont longtemps opposé deux profils d’entreprises ; les firmes établies et les nouveaux entrants. L’innovation stratégique à longtemps été présentée comme l’apanage des nouveaux entrants (Christensen, 1997 ; Schlegelmilch et al., 2003). Cependant des auteurs ont mis en évidence des cas de firmes établies ayant réussi à redéfinir les règles de leur secteur à leur avantage (Chandy et Tellis, 2000 ; Danneels, 2004 ; Roy, 2007 ; Obal, 2013). La modification des positions concurrentielles de ces firmes peut s’exercer au sein d'un marché préexistant (Christensen, 1997 ; Markides, 1999) ou bien sur un marché nouvellement créé (Kim et Mauborgne, 2014). Le but étant d’améliorer de manière significative la performance de l’entreprise (Christensen 1997 ; Markides 1997 ; Hamel 1998 ; Roy, 2010). Cependant, peu de travaux ont porté sur les innovations stratégiques vertes (Grandval et Soparnot, 2005 ; Asselineau et Piré-Lechalard ; 2009 ; Hardman et al., 2013) et les spécificités qui les entourent. Dans cette optique, la question de recherche à laquelle notre contribution entend approfondir est la suivante : « Quelles sont les spécificités du processus propres à ces innovations stratégiques vertes ? » Notre papier ambitionne alors d’apporter un nouvel éclairage sur cette forme d’innovation stratégique et d’en préciser les spécificités, au moyen d’une étude qualitative multi-sectorielle. Nos premiers résultats montre que la réflexion écologique apparaît dans certains cas comme un déterminant essentiel, tandis que dans d’autres cas elle n’est qu’une conséquence d’une démarche orientée vers l’innovation. Ces innovations stratégiques vertes semblent affecter principalement les entreprises déjà établies. Notre recherche en cours nous a également permis d’envisager trois formes de modèles empiriques impulsées par une démarche environnementale. Le premier modèle, dit collaboratif, consiste pour les entreprises à mettre en place des plateformes où l'utilisation des biens est mutualisée. Le second modèle, qualifié de circulaire, intègre une réflexion sur le processus de production et d'utilisation des biens afin de limiter la production de déchets en favorisant le recyclage. Le dernier modèle – serviciel – consiste pour une entreprise à proposer une valeur d'usage à ses consommateurs au lieu d'un bien ou service. La première partie du papier passera en revue la littérature concernant les innovations stratégiques, nous aborderons plus précisément le processus de développement de ces dernières (1). Après avoir présenté la méthodologie qualitative adoptée pour conduire notre travail de recherche (2), nous décrirons nos résultats et mettrons en évidence comment les entreprises développent des innovations stratégiques vertes (3). Enfin, nous discuterons nos résultats sur les innovations stratégiques vertes par rapport à la littérature existence (4).

Application du paradigme centré sur le développement pour renforcer l'apprentissage du leadership complexe

Pour être efficace, l'économie du savoir nécessite un meilleur lien entre le monde universitaire, les entreprises et l'Industrie. Pour garantir l'adéquation du contenu éducatif avec les besoins en ressources humaines en constante évolution, un lien étroit doit être établi entre ces acteurs. Pour atteindre un tel objectif, l'Université de Bangkok, au travers son Institut pour la Connaissance et l'Innovation, a conçu et lancé un nouveau programme: le Master in Business Innovation (MBI). Le programme MBI ambitionne de former les gestionnaires du 21ème siècle en leur fournissant des connaissances et des compétences adaptées pour faire face aux environnements complexes en évolution rapide des entreprises d'aujourd'hui. Pour ce faire, le paradigme centré sur le développement (DCP) a été mis en œuvre. Ce cadre pédagogique novateur favorise la formation d'individus matures fonctionnels grâce à l'acquisition et à l'application de connaissances favorables au renforcement des compétences douces. Les connaissances sont acquises en ligne à l'aide de cours privés (Small Private Online Courses – SPOCs) et appliquées lors des séances en face-à-face à l'aide d'une pédagogie d'apprentissage par résolution de problèmes (Problem Based Learning – PBL). Chaque cours enseigné implique une entreprise partenaire qui présente une étude de cas réelle adaptée à la thématique du cours. Pour élaborer des solutions aux cas proposées, les étudiants travaillent par équipe de cinq. Afin d'optimiser la capacité d'une équipe à fournir des solutions adaptées aux problèmes proposés, un test cognitif individuel (TIPS) est réalisé. TIPS est une méthode innovante de profilage conçue pour révéler les styles personnels de pensée, de travail, d'interaction et d'innovation. Préalablement aux enseignements, le profil cognitif de chaque élève est réalisé et les équipes sont assemblées en combinant des profils complémentaires. Les résultats préliminaires démontrent que l'utilisation de TIPS dans la construction d'équipes d'étudiants classiques et issues d'entreprises améliore l'agilité des équipes et renforce l'efficacité de la pédagogie DCP. de plus, la complémentation des profils cognitifs renforce le développement des compétences douces des étudiants lorsqu'ils doivent résoudre des problèmes concrets. Ces compétences étant des éléments nécessaires à l'apprentissage du leadership complexe, leur renforcement participe à un meilleur développement de cette compétence de plus en plus demandée par les entreprises. Cette nouvelle combinaison d'outils pédagogiques améliorant le développement des compétences douces fournie une solution pédagogique transposable pour mieux adapter le contenu éducatif aux besoins changeants de l'entreprise.