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Historique
de l'Université Montpellier I


         Bientôt, les fondations de l'édifice universitaire allait être renforcées. La constitution apostolique "Quia Sapientia", fut adressée par le pape Nicolas IV, depuis Rome le 26 Octobre 1289, à tous les docteurs et étudiants de la ville de Montpellier.

         Texte bref et néanmoins précis, il nécessite une étude spécifique. Il comporte un préambule dans lequel la Sagesse - Sapientia - est entendue dans son sens médiéval, proche de celui des philosophes, comme un savoir ordonné à des fins spirituelles, au service du beau et du vrai. Elle est spécialement désignée comme une étape nécessaire sur le chemin des perfections humaines. La sagesse constitue, tant sur le plan personnel, que pour l'intérêt général une fin vers laquelle une multitude doit tendre, "illuminant le cœur des hommes et le façonnant à la vertu".

         La richesse de ce texte et son apport pour l'avenir consiste en la reconnaissance de Montpellier et des diverses écoles qui s'y sont développées en un siècle, comme "un lieu passant pour convenir merveilleusement à l'étude, dans lequel il y a lieu de promouvoir des foyers d'enseignements". La conséquence de cette affirmation, née de l'observation d'un siècle d'aventure pré-universitaire, ne pouvait dès lors qu'être l'érection perpétuelle d'un "Studium generale", c'est-à-dire d'une Université, dans laquelle à l'avenir "les maîtres auront le droit d'enseigner et les étudiants celui d'apprendre, en suivant les cours des facultés régulièrement établies."
         Notons à ce titre que loin de porter atteinte aux usages et aux anciens statuts des enseignements, Nicolas IV officialise et encadre des méthodes existantes, nées d'une heureuse pratique déjà centenaire, n'innovant en rien, il ne crée pas in abstrato ou ex nihilo des structures artificielles. Mais au contraire, il vivifie d'antiques et bons usages. Il pacifie, et par là même affermit les bases de l'Université balbutiante, en déterminant le régime des examens et les compétences respectives de chaque autorité en cette matière. Désormais les candidats seront examinés par leurs maîtres, après s'être présentés à l'Evêque de Maguelone ou son délégué qui devra les convoquer, afin de s'enquérir de leurs avis. A lui seul appartiendra d'approuver et admettre les candidats qu'il jugera dignes. Désormais, les conflits tels que ceux dont nous avons fait mention ne viendront plus troubler le fonctionnement de la vie universitaire.

         Enfin et il s'agit là, à n'en point douter, de l'apport le plus fondamental de cette constitution apostolique. Désormais les licences délivrées à Montpellier donneront au même titre que celle de Bologne ou de Paris, la possibilité d'enseigner et diriger "ubique terrarum" , c'est-à-dire en tous lieux. Nous voyons ici l'importance capitale de cette Bulle qui, pierre d'angle de la construction universitaire, émane de la seule autorité qui puisse ainsi disposer, à tous présents et avenir, sur la surface du monde chrétien.

         Les différentes écoles éparses, que le pape Nicolas IV appelle à se regrouper, ne répondront pas toutes de la même manière à cette invitation.  L'Ecole de médecine, prétextant de ses anciens statuts et pouvant se flatter d'appartenir au groupe très restreint des quatre ou cinq plus anciennes universités européennes, à l'instar de Bologne, Salerne, Paris ou Oxford, attacha beaucoup moins d'intérêt à un texte, qui à l'exception de la reconnaissance universelle de ses formations, ne faisait qu'entériner une situation totalement acquise. L'Université médicale poursuivit simplement son existence, sans qu'elle ne manifestât de réel désir de fusionner en "Studium generale" avec les juristes qui, quant à eux, prirent le chemin d'une seconde Université.

         Malgré l'évolution assez différente en fonction des disciplines considérées, Montpellier appartient à la première génération des universités médiévales. Désormais, l'arbre universitaire sera doté de racines suffisamment puissantes lui permettant avec son beau passé d'affronter tous les avenirs. Si l'œuvre unificatrice ne fut pas reçue, les deux universités n'en coexisteront pas moins jusqu'à leur suppression en 1792.

         Quelques autres tentatives d'unification sont à signaler, notamment celle du roi Louis XIV, dont la Cour des comptes de Montpellier enregistra des lettres patentes portant union de l'Université de Médecine aux autres Facultés. Cependant, "le Conseil et lettres patentes" du 20 janvier 1687 cassa cette union en ordonnant que les différentes universités "demeurassent séparées comme elles l'avaient toujours été".

 

         L'arrivée en Avignon de Clément V en mars 1309, fixant pour près d'un siècle la Curie Apostolique sur le bord du Rhône, intervint vingt ans après que la constitution apostolique eut doté l'Université de Montpellier de statuts spécifiques.
         La valeur et la réputation des enseignements, tant juridiques que médicaux, n'avaient pas attendu cette consécration, et l'Ecole de médecine abritait déjà nombre de maîtres renommés. Des liens privilégiés allaient rapidement se nouer entre la capitale de la Chrétienté et cette Université, qui déjà comptait parmi les centres les plus prestigieux de la science médicale.


         La promiscuité des praticiens et des Souverains Pontifes, n'allait pas être sans incidences. En effet, accédant au Pontificat après de brillantes carrières dans l'Eglise, les Papes d'Avignon furent globalement des hommes âgés, parfois même usés par les outrages du temps. Ils ont trouvé leur entourage habituel dans ce vivier de médecins et de juristes, en majorité issus de Montpellier. La présence de nos praticiens, au cœur d'un système international de relations, d'influence et d'échange, placé en rapport avec la quasi-totalité du monde connu, sera un vecteur de diffusion de la médecine, mais aussi et plus généralement encore de l'ensemble des disciplines enseignées dans la cité. Des échanges fructueux entre nos enseignants et les autres chercheurs de la chrétienté furent, pour l'Université de Montpellier, la source d'un enrichissement considérable. 

         L'apogée de la médecine en particulier, à laquelle nous assistons au XIVème siècle, tant par la qualité des maîtres qui professent que par les méthodes d'enseignement utilisées, doit considérablement à la proximité de Montpellier avec la Cour pontificale, tout autant que l'Université de Paris est redevable à sa proximité avec la Cour de France.

         Le départ de la papauté avignonnaise portera à Montpellier et à ses universités un coup fatal. L'Université des droits liée au parti Clémentin perdra son protecteur. "Lamentabilis desolatio"!
         Après le milieu du XVème siècle, la situation empire encore et, pour la dernière fois, huit docteurs siégeront à la collation de grade en 1467. Si la médecine se porte moins mal que les droits, elle compte moins d'étudiants qu'un siècle plus tôt. Malgré les efforts de la ville pour financer la création de quatre régences en 1510, le déclin se poursuit.

 

 

         L'arrivée des Protestants à la tête de la ville en 1562 s'accompagnera de la destruction complète de la tour Sainte-Eulalie, siège de l'Université des droits, qui disparaît momentanément pour ne renaître que sous Henri IV, avec le retour de la paix. Le règne du Bon roi laissera à Montpellier le sentiment d'une renaissance Universitaire.          Désormais l'Ecole de médecine sera dotée d'un Jardin des Plantes. Fruit de la volonté d'un roi et du travail d'un homme, il est tout autant l'œuvre d'Henri IV que celle du Professeur Pierre Richer de Belleval. Il est le premier Jardin Royal de France, antérieur à celui de Paris, et constitue aujourd'hui encore, l'une des plus belles richesses de l'Université de Montpellier.

         Le siège de la ville porta un nouveau coup à l'Université qui fut abandonnée au fur et à mesure que la guerre civile faisait rage. La restauration universitaire n'eût réellement jamais lieu durant les troubles 
qui l'affaiblirent considérablement.

 

 

         La médecine souffrit toutefois moins, durant cette période dans laquelle il était difficile de se passer de médecins. Cette crise ne fit cependant pas obstacle à l'émergence de plusieurs personnages illustres, médecins et juristes de renom. Les universités, malgré leurs nombreux déménagements virent sortir de leur rang plusieurs familles de praticiens, dont la vie marqua l'histoire de leur époque...

         Jean-Jacques Régis Cambacérès (Dessin ci-contre), Monpelliérain illustre, Second Consul, il participa à la rédaction  du Code civil,avant de devenir Prince Archi-chancelier de l'Empire.

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